25/09/2017

Dix Indiens pour 70 ans d'histoire

téléchargement.jpgQuelle gageure ! Résumer 70 ans d’histoire de l’Inde en 10 grands témoins, cela paraît impossible, utopique, bref irréalisable. C’est pourtant le principe de la collection Métaphormoses  dirigée par Christian Lequesne du CERI de Sciences-Po Paris. Et le défi qu’a relevé le correspondant de la Tribune de Genève à New Delhi, Emmanuel Derville. Il a rencontré ces dix témoins ou acteurs de la longue histoire de la plus grande démocratie du monde. Et rédigé les témoignages à la première personne. Autre gageure.

Le premier est un journaliste qui a vécu la partition de l’Inde en 1947 et  la création du Pakistan. Il est musulman contraint à l’exil, doit quitter la ville où il est né. Pour lui et pour d’autres Indiens, le Pakistan est un fruit pourri de la décolonisation britannique. Le choc de la partition explique, écrit l’auteur, la rivalité des deux puissances nucléaires voisines.

Le second est un général en retraite. Il a vécu, lui, la guerre de frontières de 1962 entre l’Inde et la Chine. Ce sous-officier va vivre la cuisante défaite infligée par Pékin. Depuis, New Delhi voit en la Chine une puissance expansionniste, qui arme de surcroît, l’ennemi pakistanais.

Le troisième est un officier de police chargé de surveiller les activités des militants du mouvement Naxalite, l’insurrection maoïste des paysans du Bengale.

Le quatrième est un professeur qui fut le premier à dénoncer le programme de stérilisation forcée décidé par Indira Gandhi qui donne les pleins pouvoir à son fils, Sanjay, pour mener cette campagne. L’Inde qui comptait 361 millions d’habitants en 1951 en compte 548 millions, vingt ans plus tard. Les victimes de cette campagne le feront payer à Indira en la chassant du pouvoir aux législatives de 1977. Depuis les mentalités ont changé et la natalité n’est plus vue comme un problème mais comme une opportunité par le gouvernement indien.

Cinquième témoin, une écologiste qui promeut l’agriculture biologique est chargée d’une étude pour les Nations Unies.  La révolution verte des années 80 (semences et pesticides achetées aux multinationales) fait bondir les prix à la production. Et quand les prix à la consommation baissent, les agriculteurs se retrouvent pris à la gorge par les créanciers.

Le sixième témoin est un haut-fonctionnaire chargé de mettre en place la discrimination positive pour aider les basses castes dans cette société bloquée par une hiérarchie sociale pesante. Il raconte comment les hautes castes ont tenté de bloquer le processus et comment des partis de Dalits ont permis à une coalition de parvenir au pouvoir pour les défendre. Beaucoup de leurs militants ont aujourd’hui  rejoint le BJP, le parti de la droite nationaliste hindoue. Et des Dalits dirigent des Etats indiens. Mais le rapport Mandal sur les basses castes reste d’actualité.

Le septième est un économiste engagé en politique. Il raconte les réformes nécessitées par une pénurie d’empli qui frappa l’Inde dans les années 2000 2010. Les pénuries des années 90 ont disparu. Les classes moyennes  grandissent mais la pauvreté et les inégalités demeurent.

Le huitième grand témoin est un brillant physicien qui témoigne de l’ambition indienne de devenir une grande puissance. Le programme nucléaire indien en est une illustration. Pour lui, l’arme de dissuasion a permis d’éviter le conflit avec le Pakistan en 1999.

La neuvième voix est celle d’une militante des droits de l’homme. L’occasion d’aborder les terribles pogroms menés par les hindouistes contre les musulmans. En 2002, 2000 musulmans sont massacrés dans l’Etat du Gujurat. Loin de freiner l’ardeur des fondamentalistes hindouistes, cette violence va permettre l’arrivée au pouvoir du chef de l’Etat du Gujurat qui deviendra premier ministre.

Le livre se termine avec un patron, celui d’Infosys, l’une des plus grandes entreprises d’informatique au monde. A travers lui, c’est le boom de l’économie numérique en Inde qui est passé aux cribles. Milliardaire, c’est aussi lui qui a conçu une carte biométrique d’identité désormais détenue par 9 Indiens sur dix et qui leur permet de percevoir les aides sociales en évitant les intermédiaires véreux.

Des histoires humaines qui sont le reflet de la grande histoire et qui forment un tableau de l’Inde, dans son histoire, sa démographie, sa politique, et sa sociologie. Une gageure, vraiment. Et une réussite

Métamorphoses de l’Inde depuis 1947. 10 grands témoins racontent », par Emmanuel Derville, aux éditions Ateliers Henry Dougier, 2017,154 pages.  

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13/09/2017

Sur la piste du Che

images.jpgAussi touffu que la jungle d’épineux d’où Che Guevara mena sa « guérilla du Nancahuazu », le livre de Frédéric Faux, ancien correspondant de La Tribune de Genève, mêle son reportage sur la route Guevara à des éléments historiques tirés des journaux de guérilleros et les récits tirés de ses rencontres avec les derniers témoins de cette épopée révolutionnaire. Dans « Les derniers jours de Che Guevara », on prend vite la mesure du gouffre qui sépare le mythe de la réalité. On constate l’aveuglement d’un chef révolutionnaire qui n’a pas réussi à entraîner à sa suite des paysans apeurés et des communistes boliviens méfiants. On découvre la modestie de l’entreprise de ce groupe d’une quarantaine de combattants, affamés, amaigris, malades avant même de se battre.

C’est au pied des Andes que Ramon ou Fernando, ses noms de guerre, a voulu embraser l’Amérique du Sud. Au fil des pages, on comprend comment il a choisi la Bolivie, autant par défaut que parce qu’il y avait des contacts dans ce pays avant d’enfiler sa tenue du guérillero. Le récit s’ouvre sur une place de La Paz, où une statue de sept mètres glorifie le guerrier héroïque, le fusil à la main, écrasant l’aigle américain. Sa photo orne encore un mur du bureau d’Evo Morales, le président indien de Bolivie, dont le programme s’est inspiré des quelques mesures que Guevara envisageait après la prise de pouvoir.


Lorsqu’il arrive en Bolivie, rappelle Frédéric Faux, el commandante est déjà une légende, le héros de la bataille décisive de Santa Clara à Cuba. Mais il est aussi pour ses détracteurs, celui qui créa le premier camp de travail cubain à Guanahacabibes. En avril 1964, il s’adresse à l’assemblée générale de l’ONU à Genève et donne une interview en français à la RTS. C’est cette année-là que le Genevois Jean Ziegler rencontre Che Guevara, à qui il a servi de chauffeur..images (2).jpg

C’est à La Paz en 1967 que la guérilla au sud du pays va s’organiser. Le Che y a fait un voyage de jeunesse en 1953. Le jeune homme a déjà parcouru l’Amérique du Sud, y a rencontré les « damnés de la terre », l’année précédente. Le pays est en ébullition, un an après la prise du pouvoir par le MNR et son leader Victor Paz Estenssoro, qui sept ans avant la révolution cubaine, prend le pouvoir par l’insurrection ouvrière et mène une politique socialiste. C’est à ce moment-là qu’Ernesto devient « révolutionnaire ». La Bolivie ne sera qu’un second choix, quand l’armée aura repris le pouvoir. Sa première option, c’est son pays, l’Argentine. Son engagement auprès de Castro est d'ailleurs conditionné à un départ pour l’Argentine après la victoire à Cuba. Mais la défaite de l’Armée guérillera du peuple argentin avant qu’il ne la rejoigne, lui fait changer ses plans. La Bolivie, une idée de Fidel Castro ? Frédéric Faux ne tranche pas. Mais la Bolivie, carrefour du sous-continent, loin de l’œil de Washington, sera le pays de son dernier combat.

Le parti communiste bolivien ne croit pas en une révolution dans les campagnes, mais à une insurrection dans la capitale. Son leader veut la direction politique et se méfie des Cubains. Frédéric Faux a rencontré Carlos Soria, 73 ans, qui conserva le journal de Bolivie écrit par Ernesto Che Guevara. Le destin de ce texte, c'est toute une histoire digne d’un roman d’espionnage que Frédéric Faux nous raconte.

A ce point du récit, la guérilla s’est organisée et les combattants vont partir sur leur théâtre d'opération. Ce sera les rives du Nancahuazu, un site suggéré par les communistes boliviens qui lui montrent ainsi la route de l’Argentine. ils l’expédient dans une zone peu peuplée où les paysans du coin ne parlent que guarani. Ce qui ne simplifiera pas la tâche du petit groupe de guérilleros. A Lagunillas, Frédéric Faux rencontre encore d’autres témoins qui prenaient ces hommes pour des trafiquants de cocaïne. Il constate que la mémoire du Che s’est éteinte chez les jeunes, quand les vieux imaginent tous l’avoir vu ou lui avoir parlé.

« Une nouvelle étape commence », écrit le Che dans son journal à la date du 7 novembre 1966. L’auteur des « Derniers jours de Che Guevara » suit la route de la « Finca de calmina », la vitrine légale de la guérilla. Ernesto devient Ramon et prend le maquis. Le premier campement de la guérilla est en place et les combattants s’installent. Frédéric Faux raconte leur vie quotidienne, décrite dans les différents journaux des guérilleros. Scène surréaliste : dans une sorte d’amphi aménagé au coeur du campement, le Che donne des cours presque quotidiens et insiste sur l’importance des mathématiques, supérieures à toutes les autres matières. Il parle de la révolution et se donne dix ans pour réussir. Il a fait porter sa bibliothèque itinérante par les hommes. Chacun a dans son sac à dos un ou deux ouvrages qu’il doit lire et passer ensuite aux autres.

En décembre 1966, la condamnation à mort de cette guérilla est signée. Le premier secrétaire du parti communiste bolivien, Mario Monje veut prendre la direction de cette guérilla. C'est aux Boliviens de se libérer. Mais le Che refuse. Le parti va donc retirer son appui logistique au groupe, qui se retrouve un peu plus isolé. Guevara entame alors une expédition pour reconnaître le terrain, où il aura à affronter les militaires. Cela tourne vite au cauchemar dans cet environnement hostile. Le groupe perd deux hommes, des sacs, des munitions, avant qu’un seul coup de feu ne soit tiré.

Pourtant, le premier accrochage qui suivra, sera une victoire : pas de perte côté guérilleros, des soldats tués, prisonniers, des armes récupérés. Le Che sort un cigare. Les embuscades se succèdent avec succès. Le premier à tomber les armes à la main est un Cubain. El commandante décide de scinder le petit groupe en deux. Erreur. L’arrière garde sera défaite.

Frédéric Faux raconte ensuite la violence des combats et la peur des paysans, fuyant les guérilleros et collaborant avec l’armée, grâce à de nombreux témoins de l’époque. La guérilla est de plus en plus isolée. Le contact radio avec Cuba est rompu, le Français Régis Debray, exfiltré au sud, est arrêté. Mais pourquoi douter ? Puisque « des 82 hommes à bord du Granma, 22 seulement sont arrivés dans la Sierra Maestra, d’où les révolutionnaires cubains ont renversé le dictateur Batista ». Les combattants sont moins optimistes. Beaucoup souffrent des conditions de vie dans la forêt.

L’auteur rencontre aussi Gary Prado, l’officier qui va arrêter le Che. Il a été formé à la contre-insurrection par l’Ecole des Amériques, le centre de formation des forces spéciales américaines pour les officiers d’Amérique du Sud. Mais Washington n’aura vent de la présence de Che Guevara en Bolivie qu’en 1967. Dans les villages, le Che, qui a une formation de médecin, est surnommé sacamuelas , « l’arracheur de dents ». Mais il ne recrute pas pour autant. Le guérillero souffre de plus en plus de son asthme et l’hiver austral commence. La troupe se réduit au fil des combats.

images (1).jpgL’arrestation d’une recrue qui n’est pas un pur et dur de la révolution communiste va sceller le destin de cette guérilla. Il parle à l’armée bolivienne. Et un agent de la CIA, cubain anticastriste, flaire que ce témoin sera capital. En deux semaines d'interrogatoire, il comprend que la troupe est petite, contrairement aux rumeurs qui parle de mille hommes, qu’elle est scindée en deux, désorganisée et faible. Castro apprend lui aussi que le Che est dans une situation désespérée. Mais il n’entreprend aucune opération de sauvetage, comme il aurait pu en décider. « Le Che martyr en Bolivie, servait mieux la cause de la révolution que le Che vivant, abattu et mélancolique à La Havane ».


« Les derniers jours du Che », arrêté, exécuté, puis enterré avant que des ossements (les siens ? Pas sûr) ne soient transférés à Cuba, commencent. Il reste 40 pages à lire...


« Les derniers jours de Che Guevara » par Frédéric Faux, Editions l’Archipel, 2017, 227 pages.

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28/06/2017

Scarface sur le Vieux-Port

« Riviera Nostra ». Sur fond rouge, le titre du livre reprend la typographie  de l’affiche du «Parrain» de Coppola avec cette main tenant une croix d’attelle de marionnettiste. Correspondant de la Tribune de Genève à Marseille, Jean-Michel Verne connaît bien les affaires de cette Riviera qu’il a couvertes pour plusieurs titres de la presse française. Il leur a déjà consacré des ouvrages, sur l’assassinat de la député Yann Piat ou sur les scandales de la fin de règne  de Rainier III dans la Principauté de Monaco. Dans les deux cas, un parfum de mafia flottait, écrit-il dans ce nouvel opus. 

Pour raconter l’emprise de la mafia italienne dans le Sud-Est de la France, Jean-Michel Verne a bénéficié d’un témoin de premier plan, Luc Febrarro, un avocat d’Aix-en-Provence, qui s’est occupé de la défense de quelques pointures de la mafia arrêtées en France. Réalisant un documentaire sur le même sujet (diffusé sur France 3 en avril), il est parti avec Franco Zechinn, un photographe qui est la mémoire de la grande guerre de la mafia en Sicile. Il a aussi rencontré à Naples, Rosario Crocetta,  un citoyen parti en lutte contre la mafia locale et Piero Angeloni le patron de squadra mobile de Palerme.

 

Le livre montre au fil des pages que c’est la mafia calabraise, la ’Ndrangheta, qui a pris pied en Provence, dominant aujourd’hui, comme en Italie, la Sicilienne Cosa Nostra, la Camorra napolitaine ou la moins connue Sacra Corona Unita des Pouilles . Cette saga des mafieux italiens en France commence à Vintimille, point de passage des migrants remontant l’Italie vers le nord de l’Europe. On croise ensuite dans les Alpes-Maritimes, Lucio Gelli, le grand maître de la loge P2, le personnage qui était au cœur du scandale de la banque du Vatican, avant d’être écroué puis de s’évader de la prison de Champ-Dollon à Genève. Car l’auteur explique en partie l’implantation de la mafia calabraise dans le Sud de la France par le biais de loges maçonniques, dites déviantes, un bon moyen de pénétrer le milieu économique en fricotant avec les loges affairistes comme la GNLF.

 

Les Calabrais ont pris l’ascendant sur les Corleone et les erreurs de Toto Riina, le capo di tutti capi. Ils se sont implantés en Ligurie pour déborder depuis Vintimille (où 80% de la population est calabraise) sur le Sud de la France.  A Vintimille, toujours, un rapport fait état de la présence de Denaro, un tueur sanguinaire surnommé le "Diabolik", successeur de Riina et Provenzano. Vintimille, plaque-tournante de la mafia sur la Riviera.

 

L’auteur fait état d’un rapport parlementaire français sur la mafia en France et s’étonne que les députés puissent penser que leur pays soit épargné par la criminalité mafieuse de premier niveau (racket drogue et prostitution). Il approuve cependant leur conclusion faisant de la France un lieu attractif pour le blanchiment et les investissements légaux de la criminalité italienne.

 

Puis l’avocat, une vieille connaissance de l'auteur, entre en scène et l’on sourit de l’entendre parler de ces mafieux mal dégrossis «ignorants utiles» d’une structure à l’intelligence collective. L’un des clients de l’Aixois n’est autre que Zaza, dit "le fou", qui circulait en voiture de luxe sur la promenade des Anglais à Cannes. Le roi du trafic de cigarettes a été le premier camorriste à intégrer la Coupole, le gouvernement de Cosa Nostra. La justice française le pense aussi au cœur d’un carrousel de la drogue et l’enquête les mènera aux portes des casinos de la Riviera mais aussi de Chamonix, qui faisaient du blanchiment pour la mafia jusqu’en 1991.

 

Luc Febrarro rencontrera même le chef de la ‘Ndrangheta, venu le consulter « pour un ami ». L’homme recherché par toutes les polices d’Italie vivait à Marseille depuis deux ans. Libri, c’est son nom, a tout d’un tranquille retraité de Marseille. Verne raconte dans ce chapitre l’initiation quasi maçonnique de la mafia calabraise, une organisation criminelle qui s’organise par les liens familiaux, au contraire des recrutements essentiellement extérieurs de Cosa Nostra. Il aurait été au départ de l’implantation de la première "locale", la cellule de base de la mafia, sur le sol français dans les années 80. Arrêté en 92, l’année de l’assassinat  des juges Falcone et Borsellino, le mafieux sera extradé en Italie. Auparavant, la justice française, faute de texte adapté, aura du mal à gagner contre ces parrains présents dans le sud.

 

Retour dans la région de Marseille, où le successeur de Toto Riina, le Sicilien Provenzano est admis dans une clinique d’Aubagne pour  une opération de la prostate. Au cours de son séjour dans le sud, il ira manger au « Don Corleone »,  un restaurant sicilien pas loin du Vieux Port… ça ne s’invente pas ! Le numéro 2 de Cosa Nostra est lui un habitué de Marseille. Il s’est fait refaire le visage et passe pour un pur Marseillais d’origine italienne. Il se fera pincer en se connectant sur un site qui donne des nouvelles sur les actualités mafieuses d’Agrigente !

 

Chapitre obligé des liens entre les mafias et le milieu corso-marseillais, la French connection est aussi abordée par l’auteur. Il évoque notamment l’assassinat du juge Michel. L’ombre de la mafia plane aussi sur cette exécution. Le conducteur de la moto est Altieri, qui jouera les chimistes dans un labo de Phoenix en Arizona mais aussi en Suisse en 1986 (l’affaire du labo des Paccots), une affaire qui donnera lieu à une cascade de révélations sur la mort du juge marseillais.

 

On assiste ensuite aux obsèques de Fargette, des funérailles « dignes du parrain », écrit Jean-Michel Verne. Fargette est un caïd du Var, un département où la député Yann Piat sera exécutée et où règne Maurice Arreckx, un élu qui sera condamné pour des malversations, des prévarications et qui avait des comptes en Suisse.  L’auteur suspecte que Fargette était lié à la mafia. Il sera arrêté par deux fois en Italie et ne sera pas extradé. Pourquoi ?

 

L e tour de la Riviera se poursuit à Monaco, avec les affaires immobilières qui ont entaché la fin de règne de Rainier III. On apprend notamment que le Prince avait un bon ami, italien comme les Grimaldi, recherché dans le cadre de l’enquête Mani pulite (Mains propres). Dans un des scandales immobiliers de la Principauté est impliqué un médecin palermitain de « la bourgeoisie mafieuse ». Ce Sangiorgi va participer à l’assassinat du cousin de son beau-père qui a eu le tort d’entrer en conflit avec Toto Riina. C’est lui qui ira récupérer en Suisse une somme de 4,5 milliards de lires pour le Capo di tutti capi. L’auteur nous amène ensuite à Nice, base arrière de la Camorra… Et enfin à Marseille. C’est sans doute l’élément le plus dérangeant du livre. Jean-Michel Verne y apporte avec une journaliste italienne, des éléments qui tendent à montrer qu’il y a un pacte entre la mafia et  le milieu marseillais des cités et plus précisément entre  la  ’Ndrangheta , la malavita calabraise, et les Algériens qui ont main sur le port et sur le trafic de drogues avec les jeunes français ou maghrébins des quartiers nord.

La conclusion est que la justice et la police française n’ont sans doute pas pris la mesure de cette implantation mafieuse dans le Sud, malgré les nombreuses arrestations de gros bonnets en Provence-Cotes d’Azur.

Un bon polar qui rappelle quelques grosses affaires pour tous les amateurs d’histoires de mafia.

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"Riviera Nostra" de Jean-Michel Verne, éditions Nouveau Monde , juin 2017, 234 pages. 

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16/05/2017

A propos de la campagne de Jean-Luc Mélenchon

En campant le second tour Le Pen-Macron  comme l’affrontement de l’extrême droite et de l’extrême finance, Jean-Luc Mélenchon a rompu avec un des fondements idéologiques de la gauche, qui faisait primer l’antifascisme sur l’anticapitalisme. En mettant ces deux comportements politiques sur le même plan sans donner de consigne de vote, il fait la critique des socio-démocrates, « traitres à la classe ouvrière », selon la vieille formule communiste. Le paradoxe, c’est qu’aujourd’hui, le malaise créé par son attitude s’est fortement exprimé dans les rangs du PCF, allié des Insoumis.

Pour Mélenchon, François Hollande a trahi la gauche et le peuple. Il a, c’est vrai, trahi ses promesses.  Mais ce message politique de circonstance se double d’un discours anti-élite et d’une mystique du peuple, qui forme un corpus idéologique plus inquiétant. En dénonçant l’oligarchie au nom du peuple, on peut penser qu’il renoue avec la lutte des classes et avec le marxisme qui a toujours plus influencé les socialistes français que les partis frères en Europe. On peut aussi y voir une tentation populiste, qui fut celle d’une partie de la gauche dans les années 30. Il s’agissait déjà de rejeter une élite mondialisée et d’exalter la nation, de marier le socialisme au nationalisme. L’Europe est pour lui, ce que l’impérialisme américain ou le lobby judéo-maçonnique représentaient entre les deux-guerres. C'est en tout cas l'étranger. 

On peut penser que ses coups de gueule contre les journalistes s’inspirent de l’idée développée dans le livre « Les nouveaux chiens de garde » de Serge Halimi. Les médias ne seraient que des instruments du système et non l’expression de la première des libertés et l’une des conditions de la démocratie. La critique radicale peut s’appliquer sans doute au monde parisien des éditorialistes, accusés de partager une pensée unique. Mais le pluralisme des titres fragilise cette thèse. Reste que, dans le monde, le respect de la liberté de la presse, demeure bel et bien le premier indice de santé démocratique. Son discours comme ceux de Marine Le Pen et de François Fillon durant la campagne ont diffusé  l’idée que la presse serait la principale responsable de leur défaite électorale. Cela a provoqué chez les militants des attitudes haineuses, allant parfois jusqu’aux violences physiques, contre ces trouble-fête qui posent des questions dérangeantes  et sont au final perçus comme des ennemis. De même, sur les réseaux sociaux, toute critique à l’égard des Insoumis déclenchait des vagues d’insultes.

Enfin, faire du candidat qui a gagné la présidentielle, le candidat des banques flirte avec le complotisme des extrêmes. Est-on le candidat des banques, parce que l’on a été banquier ? Je ne le crois pas. On l’est si son programme favorise des intérêts financiers. On pourrait dire par exemple que Fillon était le candidat des assurances privées, parce que ses propositions de privatisation partielle de la Sécurité sociale servait objectivement les intérêts de ce secteur. Mais ce n’est pas cela qui était mis en avant par le candidat des Insoumis. Le fait qu’un candidat ait été banquier suffit. C’est donc une haine sociale plus qu’une critique politique qui s’exprime dans cette stigmatisation. Ce racisme de classe n’a pas été absent des révolutions léniniste et maoiste. On sait ce qu’il advint de ces « privilégiés ».

PS : Ces critiques n’enlèvent rien à l’intérêt qu’on peut avoir pour son programme. Elles ne s’intéressent qu’au comportement politique d’un leader et à ses discours.

 

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13/04/2017

Egypte, la révolution confisquée

b_1_q_0_p_0 (1).jpgCorrespondant de La Tribune de Genève au Caire entre octobre 2011 et janvier 2016, Farid Omeir a vécu et couvert la révolution du Nil en Egypte, l’accession au pouvoir des Frères musulmans lors de la première élection démocratique du pays et la contre-révolution de l’armée, qui a mené au pouvoir le général Abdel Fattah al Sissi. Dans un livre intitulé « Main basse sur l’Egypte », sous-titré « Comment l’ancien régime a mené à bien sa contre-révolution », Farid Omeir en historien du passé récent, fait le récit clinique de l’histoire chahutée et sanglante qui a suivi la chute d’Hosni Moubarak.  En observateur avisé, l’auteur raconte comment la volonté du peuple égyptien s’est heurtée à l’Etat profond. L’armée est la principale structure de ce cœur du pouvoir égyptien. Et c’est elle, qui depuis la fin de la monarchie en 1952 s’est assuré que tous les présidents du pays soient issus de leurs rangs. En Egypte, les militaires ne sont pas seulement les garants de l’indépendance nationale, ils tiennent aussi des pans entiers de l’activité économique, pour 30% environ des activités. Face à l’armée, à l’heure du printemps arabe, la seule force organisée était celle des Frères musulmans. Les Libéraux et les jeunes révolutionnaires de la place Tahrir n’ont ni les mêmes forces, ni une organisation déjà bien implantée dans le pays.  Les islamistes gagneront donc logiquement la première élection démocratique du pays.

 

Dans la période de transition, comme correspondant étranger, Farid Omeir va couvrir tous les épisodes qui mèneront à une répression sanglante de tous ceux qui manifestent ou s’opposent à la restauration du régime dictatorial, en passant par le renversement d’un président islamiste issu des urnes jusqu’à la présidence du Général Sissi, qui se révélera plus dure encore que celle de Moubarak, le président déchu par les manifestants de la place Tahrir.

 

Dans ce récit, il souligne comment l’armée qui, contrairement à la police, bénéficiait d’une bonne image dans la population,, va se mettre à réprimer sauvagement, faisant des milliers de morts et n’hésitant pas à torturer. Comment les juges vont tout faire pour délégitimer la démocratie en cassant des procédures ou en obtenant la dissolution du parlement, afin de conserver leurs pouvoirs. Comment les milieux d’affaires vont obtenir du nouveau pouvoir qu’il les exonère de tout effort, alors que la misère s’étend avec les dégâts provoqués sur le tourisme et l’économie par l’instabilité et l’insécurité durant ces années.

 

Il explique aussi comment les Frères musulmans, pressés de parvenir au pouvoir par les urnes, vont se précipiter et commettre des fautes qui causeront leur perte. Et comment leur tentative de s’attribuer tous les pouvoirs pour en finir avec l’Etat profond va justifier la contre-révolution des militaires qui n’attendaient que cela. L’auteur révèle d’ailleurs que le plan de remise en main par l’armée n’était pas une improvisation. Que tout ce qui ne fonctionnait plus, à commencer par le maintien de l’ordre ou l’électricité, s’est mis tout à coup à marcher, lors de la prise du pouvoir par Sissi.

 

Sans le soutien du nombre à l’appel des Frères musulmans, les révolutionnaires de la place Tahrir n’auraient sans doute pas réussi à exister aussi fortement. Mais ce ralliement des islamistes va rapidement montrer qu’il ne poursuit pas les mêmes objectifs que ceux des jeunes révolutionnaires. De même, les libéraux, vont selon l’auteur, faire de la lutte contre les islamistes leur priorité, quitte à se compromettre avec les militaires et les « feloul » (les vestiges de l’ancien régime).

 

S’il minimise parfois les visées hégémoniques des Frères musulmans, notamment quand Mohamed Morsi va tenter d’islamiser la constitution et d’écarter les autres composantes de la société égyptienne, l’auteur n’omet pas de dire que l’absence de résultat économique de cette courte présidence ne l’a pas servi. Mais il montre surtout, par les faits, la détermination des militaires à conserver les rênes de l’Etat et à chasser les islamistes du pouvoir, à interdire la confrérie puis à arrêter ses militants, voire à les exécuter après des procès de masse, totalement iniques. Il critique aussi le rôle des médias de propagande qui n’ont cessé, selon lui, de se faire les procureurs des islamistes et les avocats des militaires.

 

Le journaliste qui connaît bien l’Egypte, sait que les Frères musulmans ne sont pas une « excroissance », un corps étranger de la société égyptienne. Comme le démontrent d’ailleurs leurs résultats électoraux et la persistance de l’activisme militant d’une confrérie pourtant poussée dans ses derniers retranchements. Il ne manque pas de montrer comment l’Occident et la Russie vont hésiter à parle de coup d’Etat militaire concernant Sissi et vont se satisfaire d’un régime dictatorial, par méconnaissance et peur de l’islamisme politique des Frères. Et de lister les victimes de la contre-révolution : les gazaouis désormais sans porte de sortie égyptienne, les libéraux et bientôt les parlementaires et la presse qui ne restent pas aux ordres. Ils détaillent aussi les conséquences de cette contre-révolution, une montée du djihadisme, notamment dans le Sinaï, des projets et des achats coûteux (l’élargissement du canal, l’achat de Rafales à la France), tandis que le peuple manque de tout.  

 

Dans les dernières pages du livre, Farid Omeir se
 demande si une nouvelle révolution est encore possible, si islamistes, jeunes et libéraux seront en mesure de combattre l’Etat profond, de réformer la justice pour la rendre indépendante, adopter des mesures sociales sans se mettre à dos les hommes d’affaires, assurer le maintien de la sécurité et sanctionner les abus sans démobiliser les forces de l’ordre, comment s’attaquer aux privilèges de l’armée sans risquer un nouveau coup d’Etat militaire ? Difficile. « Main basse sur l’Egypte » et un livre qui raconte comment l’Egypte a raté sa révolution et comment la contre-révolution a restauré un pouvoir qui se révèle plus sanguinaire et autoritaire que celui de Moubarak. A lire et à consulter pour comprendre et tirer les leçons. 

« Main basse sur l’Egypte » par Farid Omeir, Editions L’Harmattan, février 2017, 224 pages.

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09/04/2017

Le Front national, brun et or

b_1_q_0_p_0.jpg«Ne qualifiez plus le Front national de parti d’extrême droite.» Dans sa tentative de dédiabolisation du FN, Marine Le Pen menaçait de poursuivre la presse qualifiant ainsi son parti. Avec la sortie de l’enquête de deux journalistes de Mediapart et Marianne, Marine Turchi et Mathias Destal, dans leur livre « Marine est au courant de tout », cette campagne fait définitivement pschitt. Fruit d’un an d’enquête, il met en lumière un système financier profitant des deniers publics, l’argent secret de Jean-Marie Le Pen en Suisse et, surtout, les hommes de l’ombre sulfureux qui entourent aujourd’hui, Marine, la fille du fondateur du parti.

Parmi les plus proches de la candidate à la présidentielle, Marine Le Pen, ils sont un certain nombre à sentir le souffre. Par ordre d’apparition dans le livre, il y a Philippe Péninque, un ancien avocat fiscaliste, qui avait fait parler de lui pour avoir aidé Jérôme Cahuzac, alors ministre des finances, pour son compte bancaire caché à Genève. Il joue le rôle de l’éminence grise. Surnommé « Voldemort », le personnage maléfique d’Harry Potter, Péninque est le «parrain des anciens du Groupe Union Défense (GUD)". On apprend ainsi dans le livre qu’en 2007, c’est lui qui a rédigé les statuts d’ «Egalité et Réconciliation», le mouvement identitaire porté par Alain Soral. 

Pour les plus jeunes, le Gud, c’est un groupe d’action radicale d’extrême droite qui cassait du soixante-huitard, du communiste et du syndicaliste à Paris. Leur emblème: la croix celtique. Viennent ensuite Axel Loustau, catapulté par Marine à la présidence de la Fédération FN des Hauts-de-Seine, est un gudard, lui aussi. Nicolas Crochet est l’expert-comptable de cette véritable «équipe bis» de Marine, en marge de la structure officielle du parti. Chargé des finances, il est «un ami des gudards», écrivent les auteurs. Frédéric  Chatillon est un des piliers du système mis en place par Marine. Qualifié de néonazi dans un livre, il avait « poursuivi l’auteur pour diffamation et a perdu son procès », précise Mathias Destal, dans une interview accordée à la Tribune de Genève. En 1990, il se signale en faisant le salut hitlérien lors d’une commémoration de la guerre d’Algérie. Il est aussi fier dêtre allé rendre hommage au Waffen SS belge, Léon Degrelle à Madrid, en compagnie d’Axel Loustau.  Chatillon tient aussi la caisse d’Ogmios, une librairie parisienne qui diffuse les textes négationnistes, antisémites et néonazis. Dans les années 90, c'est lui qui organise une fête chaque 20 avril, date de naissance du Führer, que la plupart des membres de la bande, appellent «Tonton». Ces gudards vont créer des dizaines de sociétés qui feront des affaires avec le FN : Riwal qui fera la campagne de 2007 de Marine Le Pen, Taliesin qui lance un magazine Cigale, un gratuit attrape pubs distribué dans les boulangeries et  surnommé dans le milieu « Sig Heil ». Cigale fera la promotion des amis du clan et publiera un « Spécial Damas ».  C’est aussi avec ses amis de 25 ans, que Marine aime faire la fête mais évite d’être prise en photo. C’est à eux qu’elle confie les clés de son microparti de financement de campagne « Jeanne », et à Riwal, le kit surfacturé des candidats FN, remboursé par l’argent public alloués aux partis. Dix personnes sont mises en examen dans cette affaire. « Malgré les enquêtes judiciaires qui s’accumulent, Marine Le Pen ne blâme pas les gudards, mais accorde des promotions à tout le groupe », écrivent les deux journalistes.

Les gros sous 

« Chez les Le Pen, comme dans l’histoire du Front national, l’argent est au centre de tout », écrivent les auteurs. Bruno Mégret ne dit pas autre chose: « Le FN a une dimension patrimoniale pour les Le Pen, c’est leur chose ».  Les Mégrétistes qui ont fait scission raillent d'ailleurs « Les Grimaldi de Montretout » en référence à la famille régnante de Monaco et à la propriété des Le Pen en banlieue parisienne. Marine est poursuivie pour sous-évaluation de son patrimoine immobilier, constitué de quatre propriétés. La Suisse et son secret bancaire ont longtemps mis à l’abri la fortune du père, Jean-Marie. Son majordome qui cachait en Suisse 50 kilos d’or, est soupçonné d’en être le prête-nom. De l’or, la police en a saisi aussi à Montretout, la propriété héritée de l’industriel Lambert qui a fait la fortune de Jean-Marie. Marine aussi, aime l’or et a déclaré posséder 3000 euros en Napoléon. Comme son père, Marine réclame le retour à l’étalon or pour les monnaies... Elle est aussi pingre comme son père. « Marine ne paye jamais », témoigne un proche.  Dans le livre, le majordome  de Jean-Marie Le Pen raconte les voyages en Suisse, en passant par les petites routes, par Geix pour rejoindre un hôtel à Attalens ou le Mirador au Mont-pèlerin, tenu par un ami, où Le Pen s’enregistre sous les noms de Lagardère Domrémy ou Mirandole. Puis, il y a les sorties « business » de Le Pen, dont témoignent plusieurs proches dont Jean-Claude Sanchez, retraité du service de sécurité du FN, le DPS. Il a depuis créé une agence de sécurité et de détective à Genève. Jean-Marie rencontre aussi en Suisse, Jean-Pierre Aubert, un banquier proche du couple Le Pen , qui sera incarcéré pour blanchiment de narcodollars. Les auteurs révèlent aussi qu’un éditeur français résidant en Suisse lui a ouvert un premier compte à l’UBS en 1981. Mais Le Pen dément cette information.  C’est dans l’hebdo gratuit de Genève, le GHI  que sortent en 1987 les révélations de Pierrette Lalanne, la première épouse de Jean-Marie sur sa fortune en Suisse. Elle parle de 40 millions de francs de l’époque, dont 6 millions d’euros cachés en Suisse. Dans le magazine Rolling Stone, par la suite elle précise que cet argent est notamment à la Fondation Saint-Julien de Fribourg, puis à la banque Darier. C’est à ce banquier que JMLP demandait par téléphone de l’argent, des « petits nègres », qui signifiaient 10 000 francs. Le banquier dément lui aussi. En 2013, le parquet de Paris a ouvert une enquête sur le patrimoine de JMLP. En 2015, il s’intéresse au compte de son majordome et à une société offshore des îles Vierges britanniques, la Balerton Marketing limited, créée et gérée par l’avocat genevois Marc Bonnant, écrivent les auteurs. En 2015, nouvelle enquête pour blanchiment de fraude fiscale contre JMLP, sa femme et son homme à tout faire. L’enquête s’intéresse ensuite à Georges Paschos, ancien banquier et frère de Jany, l’épouse de JMLP, ancien bénéficiaire de Balerton. Jany avait, elle, un compte au Crédit suisse, clôturée en 2008, des avoirs gérés par la société Prium finances à Genève.

Le clan des profiteurs

Le livre souligne aussi le népotisme du parti : les trois filles de Jean-Marie ont été rémunérées par le parti. Cinq maris aussi. Tout le monde connaît la nièce, Marion, intégrée en 2012 avant d'être légitimée par le suffrage. Le beau-frère, Philippe Olivier est moins connu.  Les Mégrétistes dénonçaient à l’époque « le FN canal alimentaire ». Jean-Claude Martinez, lepéniste de la première heure, affirme que la famille Le Pen a coûté au parti l’équivalent de 21 000 adhésions par an. Le financement public des partis en France, depuis 1990, est une manne pour le clan...  L’argent européen aussi : Catherine Griset, mise en cause pour un emploi fictif est l’ex-belle-sœur de la présidente du FN.

Affaires étrangères

Quant à la politique étrangère du parti, elle est aussi sous influence. Vis-à-vis de la Russie, on constate que de nombreuses prises de position prorusses coïncident avec la négociation des prêts de banques russes proches du Kremlin. Des votes au Parlement européen, une demande de levée des sanctions contre la Russie à l’Assemblée nationale, une prise de position de soutien au référendum de Crimée et même un voyage du directeur de cabinet de Marine Le Pen dans le Donbass, la région d’Ukraine enflammée par des séparatistes prorusses. En ce qui concerne la Syrie, Frédéric Chatillon, le patron de Riwal, qui s’occupe du matériel de campagne, fait depuis longtemps des affaires dans ce pays. Sa société a d’ailleurs un bureau à Damas. Il a créé en France un site de propagande pour le régime intitulé Infosyrie, avec des articles en français. Il s’est aussi occupé d’une campagne de communication pour le tourisme en Syrie. Il a également organisé un voyage à Damas avec le négationniste Alain Soral et l’antisémite Dieudonné. Il en a ramené des traductions de Mein Kampf en arabe

« Marine est au courant de tout » de Mathias Destal et Marine Turchi, éditions Flammarion enquête mars 2016,  380 pages

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08/03/2017

Mélenchon, le lutteur rêveur

téléchargement.jpgPendant six mois, la journaliste Marion Lagardère a suivi Jean-Luc Mélenchon en campagne. De la question que lui posait ses proches, elle a fait le titre de son livre : « Il est comment Mélenchon en vrai ? » . Et c’est bien à cette question qu’elle tente de répondre à force de parler avec lui, de voir ses réactions, d’entendre ses discours. Objectif atteint, avec de plus, une qualité rare dans les essais et biographies politiques : un style d’écriture assez littéraire et nerveux.


Mélenchon, c’est d’abord un « trop d’énergie » et un « trop d’idées ». Epuisant, écrit Marion Lagardère. C’est aussi une colère personnelle, tendue en miroir des colères de ses électeurs. Il y a de la passion, de l’émotion chez lui, qui s’expliquent aussi par une urgence de vivre, de penser, de faire avancer la cause. L’homme a 65 ans. Plus le temps d’attendre, de se retenir, ou de modérer son propos. Tout au long de ces pages, l’auteur cherche les passerelles entre la personne et le personnage. Et il y en a.
Etre à la tribune, c’est le rôle de sa vie. Il parle politique, bien sûr. Fort. Mais pas seulement, l’histoire et la poésie sont aussi au rendez-vous, lors de ses prises de parole en meeting. Cet intellectuel aime les grands discours, les biographies historiques. Un tribunitien érudit. C’est aussi cela qui fait son succès. Il y a aussi ce côté brut de décoffrage: pas d’autocensure, quand il s’agit de brocarder tel ou tel adversaire politique, la presse «qui bourre le crâne des gens» ou les puissants de la finance. Pas commun en politique.

 

 

Mélenchon, c’est aussi l’anxieux, l’inquiet, l’homme parfois dépressif, comme après la défaite de Jospin éliminé au premier tour de la présidentielle de 2002. Quand il traverse une foule, il ne peut s’empêcher de penser à l’agression, à l’insulte qui fuse, à l’œuf qui vole. Il est aussi mal à l’aise quand ses supporters le touchent ou veulent faire un selfie avec lui. Ce solitaire qui aime le peuple, n’aime pas la familiarité. Ce qu’il aime, c’est parler avec eux et écrire pour eux. Et quand une série d’articles rappelle sa présence à la Légion d’honneur du sulfureux droitier Buisson, son dîner avec l’autre conseiller de Sarkozy, Henri Guaino, il ne peut s’empêcher de penser « complot ». Le « pistolero de l’Essonne » sait que la politique, c’est donner des coups, mais aussi en encaisser. Oui, il s’emporte. Oui, il est excessif. Et alors ? Gueulard ? Sur le divan de Fogiel, début d’explication : une surdité qui « conditionne sa relation au monde ». Cela le rend agressif, éruptif quand il est pris de court, approché de trop près. Une excuse ? Plutôt un « amplificateur de caractère », écrit la journaliste.


Mélenchon, c’est aussi une carrière politique, presque sans faute. En trois ans, il devient conseiller municipal, conseiller général et sénateur, un palmarès que d’autres acquièrent en 30 ans. Puis ministre de Mitterrand qu’il admire et député européen. Mais il n’a pas fait l’ENA… Dans le Jura, le jeune Mélenchon a fait de petits métiers et a écrit pour La dépêche du Jura. Puis il est devenu un politique professionnel au Parti socialiste… avant de le quitter et de créer son Parti de gauche « pour faire la révolution ». Mélenchon, c’est aussi un athée préoccupé par « les forces de l’esprit » comme le disait Mitterrand. Un intellectuel qui a donc logiquement été attiré par la Franc-maçonnerie, dont il n’aime pas parler. Pas plus que de sa vie privée ou intime, d’ailleurs. Une forme de pudeur.

Le leader des insoumis, parfois détesté, a bel et bien renoncé à vouloir convaincre ceux qui le traitent d’autoritaire, d’ami de Poutine, de zélateur de Chavez. Lui, c’est un convaincu, un admirateur honteux des pouvoirs forts, et suffisamment anti-américain pour défendre la révolution vénézuélienne sans rougir. Lui, l’ancien trotskiste n’a jamais versé dans la social-démocratie, à l’inverse de pas mal de ses anciens camarades. Sauf peut-être sur l’Europe, en votant le traité de Maastricht. Mais depuis, il a bien changé sur ce sujet. Mais au fond, ce qu’il déteste surtout de l’Europe, c’est son Atlantisme. L’anti-américanisme encore.

L’homme à la cravate rouge admire toujours Marx et les révolutionnaires d’Amérique du Sud. Il n’aime pas l’argent pour l’argent. Ce qu’il aime ? Les « belles personnes » selon le mot de Victor Hugo. Les humbles, surtout. Les symboles de la République, le bleu blanc rouge, aussi. Patriote sans doute et presque gêné de reconnaître une forme de respect des institutions. Il aime aussi la science-fiction, une façon de rêver et de critiquer le monde en littérature. Asimov, qui l’a marqué, mais aussi et surtout Philip K Dick.
Gueuler, lutter, rêver. En trois verbes, voilà comment il est, en vrai, Mélenchon. Un Sisyphe, remontant la boule de pierre le long de la pente, sans jamais atteindre le sommet, le mythe exploré par Camus, pied-noir comme lui. Mélenchon ne sera pas président. Il le sait. Mais il se sera battu. Cela lui vaut 10% d’intention de vote aujourd’hui.

"Il est comment Mélenchon, en vrai?" de Marion Lagardère, Editions Grasset, 229 pages, janvier 2017.

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10/01/2017

Enquête sur un crime d'Etat

Ce pourrait être une enquête sur un simple faits-divers, le triple assassinat, au 147 rue Lafayette à Paris, de trois militantes kurdes, le 9 janvier 2013. Mais c’est aussi un livre passionnant, qui parle de la Turquie d’aujourd’hui et donne de nombreuses clés pour comprendre ce qu’il s’y passe. Dans un style très agréable à lire, Laure Marchand, ex-correspondante de La Tribune de Genève et de 24heures en Turquie, mène l’enquête sur les victimes, membres du PKK, et surtout sur le suspect de ces assassinats et sur l’implication des services secrets turcs dans cette affaire.

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Le livre s’ouvre sur la scène de crime. Puis, l’auteur s’intéresse aux trois femmes retrouvées mortes dans un local en plein Paris: Sakine, Fidan et Leyla. La première est une combattante en exil en Europe, nostalgique des montagnes du Dersim, une région rebelle depuis des siècles. L’Empire ottaman ne parvenait pas à y prélever l’impôts. A la fin des années 30, l’armée turque la bombarda au gaz moutarde. Sakine est une alevie, une branche hétérodoxe du chiisme qui donne aux femmes une place que le sunnisme leur refuse. C’est une cheffe de la guérilla kurde contre le pouvoir turc pour qui le mot kurde « proviendrait du bruit des pas des Turcs dans la neige ». Pour eux, le Kurde est au mieux un Turc arriéré des montagnes.


Sakine est une des deux femmes présentes en 1978 au congrès fondateur du PKK, le parti marxiste de libération kurde dirigé par Abdullah Öcalan , dont elle est proche, une organisation classée terroriste par la Turquie, mais aussi par l'Europe. Arrêtée, elle est emprisonnée à Diyarbakir et torturée. La maire de la ville, arrêtée en 2016, avait partagé sa cellule à l’époque avec elle. Il témoigne des « mutilations sur la poitrine de Sakine ». Pour les Kurdes, c’est une héroïne de la résistance, une du premier cercle « d’Apo » (oncle en kurde), le nom que les militants du PKK donne à leur chef Öcalan, qui voit aussi dans l’organisation, un outil de libération de la femme kurde. Fidan et Leyla sont des militantes de la génération suivante, la relève, et ont des responsabilités dans la représentation du PKK en Europe.


2013, c’est l’année où un espoir de paix émergeait en Turquie. Aux obsèques des trois femmes assassinées, un député kurde est présent, un des deux à avoir été autorisé pour la première fois à rompre l’isolement d’Öcalan, emprisonné sur une île. Le signe que des négociations secrètes de paix entre Ankara et le PKK ont été ouvertes. Öcalan, littéralement, celui qui se venge, est autorisé à venir à la table des négociations, alors qu’Erdogan, premier ministre et chef de l’AKP, le parti islamo-conservateur, lui promettait la corde quelques mois plus tôt. L’AKP accorde des droits culturels aux Kurdes, l’interdiction de le parler est lévée. Erdogan lui-même souhaitera en 2009 «Bonne année» en kurde à la télévision.


Tout le monde est las d’une guerre commencée en 1984, qui ne trouve pas de solution militaire. Dans les années 90, 3000 villages kurdes ont été rasés. Des commandos de la mort sont soupçonnés de la disparition de 17000 personnes. Cette guerre a fait d’Öcalan, malgré sa cruauté envers tout dissident, le « saint » de la cause d’un peuple opprimé. Depuis la guerre a repris, impitoyable.


C’est dans le contexte de cette année capitale pour la paix, que se déroule le triple meurtre du 147 rue Lafayette. S’agit-il de torpiller les pourparlers ? Qui est derrière ? Pour les manifestants qui se sont rendus devant le 147, il n’y a aucun doute. Ils le crient : « Turquie, assassin ». Ce qu’ils ne savent pas, c’est que l’unique suspect dans cette affaire est dans la foule. Il s’agit d’un homme de 30 ans, Ömer Güney, qui débarque dans la communauté kurde de Paris en 2011. Il se dit turc, aux origines kurdes que son père aurait reniées. Crédible. Mais on lui trouve une tête de Turc, pas de Kurde…
Cependant le PKK recrute sur des critères idéologiques et non ethnique. Ömer va donc se faire une place dans la communauté, toujours prêt à rendre service. Il parle français et participe même à la Kampanya, la collecte pour financer le PKK.


Sur son passeport des années passées en Allemagne, il a une moustache. Une moustache qui en dit long, explique Laure Marchand: les islamistes l’aiment très courte et fine, ourlant la lèvre supérieure ; les gauchistes la préfèrent broussailleuse ; et les membres de l’organisation d’extrême droite, les Loups gris, la portent fine et tombante de part et d’autre de la bouche. Celle d’Ömer ressemblait à cette dernière avant sa conversion kurde… Ses amis de l’époque, rencontrés par la journaliste, montre le poing, index et petit doigt levés, le signe de ralliement des Loups gris, pour parler de lui. Loup gris, un nom qui fait référence au mythe de l’enfant des Turcs célestes de la légendaire vallée d’Ergenekon, nourri comme Romulus et Remus, par une louve. Ömer est aussi originaire de la région de Sivas, la « tannière » dont sont issus nombre de Bozkurt, les « Loups gris », ce groupe paramilitaire responsable de nombreux crimes que l’Etat turc ne semble pas pressé de réprimer. Les "Loups gris" sont au départ la branche jeunesse d’un parti fasciste pour une Turquie ethniquement pure, le MHP , fondé par un général putschiste des années 60. Ömer est aussi un fan d’une série télévisée turque « La vallée des loups », un mafieux qui joue les sauveurs de l’Etat turc où il est aussi question du « péril kurde », une série "pousse-au-crime" diffusé depuis 2007. Le plus célèbre des Loups gris est Ali Agça, l’homme qui a tenté de tué le pape Jen-Paul II. Dans la prison de Fresnes, le suspect du triple assassinat mettra un photo de loup sur son mur. Sa tenue le trahit aussi, des costumes noirs comme le héros de la série "La vallée des loupes", quand les militants du PKK sont en jean et veste kaki. Certains militants le trouvent suspect. L'un d'entre eux s'étonne qu'il insiste pour avoir l'adresse du numero 2 du PKK . Mais les soupçons s'arrêteront là. L'homme attire la compassion, car il souffre d’une tumeur au cerveau et semble bien inoffensif.

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Durant l’enquête, un vieux téléphone va révéler un autre visage du personnage : on y trouve les fiches des membres de l’association de Villiers-le-Bel où Sakine, Fidan et Leyla, travaillaient. Omer était un espion. Dans son répertoire, un numéro du MIT, les services secrets turcs, à Erzurum, le centre névralgique de la contre-guérilla contre les Kurdes. Dans un journal de la communauté kurde de Zurich, un ancien agent du MIT, le service de renseignement turc, balance: "Ömer était un des nôtres". Des enregistrements, probablement rendus publics par des partisans de Fethullah Gülen, l’ancien allié islamiste de l’AKP, contre qui Erdogan s’acharne aujourd’hui, confirment cette piste. Des allers-retours discrets à Ankara d’Ömer aussi. Le MIT est sous la responsabilité d’un proche d’Erdogan, qu’il surnomme « sa boîte noire ». On est au cœur de l’Etat profond turc. Depuis une récente loi turque, les juges d’instruction ne peuvent plus y mettre leur nez et entendre les agents des services.

Erem Erden, ancien journaliste et jeune député, s’intéresse beaucoup au MIT. On lui doit la révélation des livraisons d’armes et de gaz sarin à des djihadistes syriens par une ONG proche du pouvoir. Ömer était-il un agent de cellule dormante réactivée du MIT? Il le pense.


Le livre se termine sur les rapports de la France aux Kurdes du PKK. Longtemps soutenus par Danièle Mitterrand, surnommée la « Mère des Kurdes » par la communauté, tolérés par les services de l’Etat, ils ne le sont plus depuis une tentative de rapprochement de Paris avec Ankara. Des arrestations ont lieu.


L’enquête française aboutira à l’inculpation pour assassinats d’Ömer Güney, coupable "d’avoir commis un acte terroriste en relation et à la demande d’individus en Turquie et possiblement liés aux services de renseignement turc". L’inculpé est mort avant son procès. L'affaire est classée. Fin de l'histoire? De cette histoire, peut-être, mais pas de celle que nous raconte Laure Marchand tout au long de ce livre, celle de la Turquie, aujourd'hui.

« Triple assassinat au 147 rue La Fayette » Laure Marchand Editions Solin Actes Sud, 186 pages janvier 2017. 

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14/12/2016

Arnaud Montebourg, chevalier gris

Montebourg.jpgArnaud Montebourg, le séduisant avocat prêt à toutes les conquêtes, est-il le chevalier blanc de la politique française, fier et solitaire? Est-il l'inventeur de la VIe République qu’il appelle de ses vœux? Incarne-t-il cet homme de conviction, qui saura rassembler le PS? Dans une enquête intitulée «Arnaud Montebourg l’homme girouette», le journaliste Frédéric Charpier, met le mythe Montebourg à la dissection des faits. Et à la fin du livre, le personnage semble moins grand qu’il n’y paraît. Moins entier. Assez seul. N’hésitant pas à tirer la couverture à lui dans chacune des entreprises communes.


Se présentant comme le petit-fils d’un Algérien partisan du FLN, que son grand-père n’était pas, selon Fabrice Charpier, Arnaud Montebourg est aussi apparenté à la famille royale du Maroc. Né à Glux-en-Glenne, un village du Morvan, terre mitterrandienne, il fera ses débuts en politique dans les grèves des universités de 1980 et adhérera au PS. Elève à Sciences-Po, il rate l’ENA et prend le chemin du Droit pour devenir un « grand avocat ». Son éloquence l’amènera à rejoindre l’aristocratie des plaideurs, en décrochant la première place de la Conférence du stage. Sa carrière est lancée et commence par  un échec : la condamnation de l’assassin du collaborateur ami de Mitterrand, René Bousquet. Après quelques flèches judiciaires contre les figures de TF1, il connaîtra la gloire en s’attaquant à Alain Juppé, puis à Jacques Chirac.


Mais selon cette enquête, Montebourg n’est pas tout à fait le corsaire ou le chevalier blanc, mais plutôt le porte-flingue du PS - dont certains comme Jospin, n’aiment d’ailleurs pas ses méthodes, qui consistent à attaquer des adversaires politiques au tribunal (durant sa première campagne législatives en Saône-et-Loire, on lui reprochera aussi ce genre d'attaque). Il voudra aussi faire juger Jacques Chirac par la Haute Cour de justice de la République. Il sera alors baptisé « Récuperator », car le vrai héros de ce combat, Pierre-François Divier, est resté dans l’ombre. Ce dernier l’affublera du surnom de «La mouche»... du coche, sans doute. Dans son combat contre la corruption, Arnaud Montebourg est encore sur le devant de la scène, quand son ami Pierre-Antoine Lorenzi, du Service Central de Prévention de la Corruption, mis en place par Pierre Bérégovoy, est la discrète cheville ouvrière de cette cause.

L’autre thèse du livre qui fait son titre, c’est que Montebourg n’a pas de vraie conviction et qu’il est passé d’un camp à l’autre au sein du PS, par ambition. Il s'alliera aussi bien avec DSK qu'avec Martine Aubry. Il restera néanmoins proche de ses amis des premiers jours, les jeunes Fabusiens. Son histoire politique n'en fait pas non plus un homme capable de rassembler, comme l'expérience de la convention pour la Ve République, puis celle du Nouveau Parti socialiste (NPS), le montreront.

Dans ces deux aventures, Arnaud Montebourg a voulu tenir le premier rôle, au risque de faire fuir ceux qui travaillaient avec lui. Deux candidats de la primaire 2017 ont été ses compagnons de route: Vincent Peillon, déjà son acolyte dans le combat du blanchissement d’argent et des paradis fiscaux et Benoît Hamon. Ils sont désormais ses concurrents de la primaire de la gauche.

Le livre fait aussi un large part aux réseaux d’Arnaud Montebourg, qui fréquente plus les élites économiques et administratives parisiennes que les syndicalistes, fussent-ils de Florange. Son combat perdu lorsqu’il était ministre du Redressement industriel de François Hollande. Le médiatique ministre s’appropriera ensuite l’étiquette du Made in France et fera un joli coup de pub avec la marinière d’Armor Lux. Cependant, tout en prônant la nationalisation des hauts-fourneaux, il défendra le groupe Bolloré en Afrique ou Martin Bouygues. Bien que classé très à gauche au PS, Arnaud Montebourg a autant de relations dans le monde des affaires qu'Emmanuel Macron. Il est fier d'avoir trouvé une place dans le privé, chez Habitat, où il a fait son « expérience de l’entreprise » comme consultant (utilisant son carnet d'adresses) plus que comme dirigeant.

Mais avant cela - et cela lui vaudra son portefeuille - Arnaud Montebourg a créé la surprise en obtenant 17% à la primaire socialiste de 2011, quand Manuel Valls se situe à 5,6%. Peut-il réitérer en 2017 et l’emporter? Réponse en janvier.

"Arnaud Montebourg, l'homme girouette" par Frédéric Charpier, Editions La découverte, 2016, 215 pages.

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22/11/2016

Une biographie de Renzi pour comprendre Macron

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Le 4 décembre prochain, Matteo Renzi, le président du Conseil italien, va jouer sa carrière politique lors d'un référendum constitutionnel. Ce n'est pas son premier coup de poker, à lire le livre que lui consacre Giuliano Da Empoli sous le titre «Le Florentin». L'ancien conseiller politique et directeur du Think Tank Volta à Milan raconte comment un trublion de la vie politique conquiert, à 39 ans, le fauteuil de chef de gouvernement jusqu'ici réservé aux vieux caciques. «Gouverner les Italiens, ce n'est pas impossible, c'est inutile», disait Mussolini. Les Italiens suivent la politique comme un match de football, en s'amusant et en se désespérant, écrit l'auteur de cette biographie éclairante sur l'ascension fulgurante du jeune maire de Florence.

Comment expliquer que la gauche marginalisée durant la période Berlusconi, prisonnière du dogme de la Diversita, a pu reprendre le pouvoir? Quand Berlusconi tendait un miroir aux Italiens, avec leurs vices et leurs qualités, cette vieille gauche prétendait leur être supérieure. Erreur. Dès ses premiers pas, Matteo Renzi va casser cette image. Il va sur le plateau de la «Roue de la fortune» de la télé berlusconienne. Il reste à l'écran sur cinq émissions et remporte 48 millions de lires, près de 30 000 francs. Celui qui a grandi dans le catholicisme toscan (son père est le représentant locale de la Démocratie chrétienne) et prépare son droit, fait une première apparition remarquée. Comme Obama, il affectionne la rhétorique mystique, lyrique, messianique entendue dans les églises. Sauf qu'il est Florentin, et cela implique de l'irrévérence, qui fera aussi son style. Le militant fait campagne pour Prodi et devient le bras droit d'un député catholique, puis devient le secrétaire de la fédération florentine du Parti Populaire, issu de l'implosion de la Démocratie chrétienne. C'est comme cela qu'il prend la direction de la province de Florence à 29 ans.

 

Matteo s'est choisi des modèles qui ne sont pas ceux d'un enfant de chœur, des personnages historiques subversifs: Robert Kennedy, le second est le secrétaire général de l'ONU et Prix Nobel de la Paix, créateur des casques bleus, Dag Hammarskjöld et le troisième est un moine soldat qui a gouverné Florence, Giorgio La Pira. Des hommes de foi qui ont rué dans les brancards. Il fera de même. Première occasion lors d'une réunion politique alors qu'il est chahuté par un militant qui a lu «La Casta» (La caste) un livre qui dénonce les privilèges et méfaits de la classe politique italienne. Euréka. Depuis lors, le coût de la politique et le ras-le-bol à l'égard des élites feront son beurre, quand dans son camp, on ne veut pas dire ces choses qui font le succès de la Ligue du Nord. Lui, n'a pas ces scrupules. D'ailleurs, il le pense. Il faut nettoyer les écuries d'Augias. Il se présente à la mairie de Florence et dit tout de go, que s'il échoue, il quitte la politique. Une prise de risque qui est synonyme de sincérité en politique. Il ne mâche pas ses mots, brisent les tabous, envoie balader la vieille garde et l'emporte.

Giuliano Da Empoli, féru d'histoire, a trouvé le personnage historique qui ressemble au président du Conseil italien: le cardinal de Retz, qui est un Gondi, une des illustres familles de banquiers de Florence. Il fera carrière à Paris et initiera, machinera et commentera la Fronde, contre le cardinal Mazarin, forcé à l'exil. «Audacieux, ambitieux, dépourvu de scrupules, lyrique et inventif, le Florentin Gondi est le personne le plus semblable à Matteo Renzi», écrit l'auteur.

«Comme Gondi, Renzi est avant tout un joueur», poursuit Giuliano Da Empoli. Pour gagner Florence, il se positionne contre le «système». Il attire des volontaires par son programme décoiffant pour la ville et monte des shows pour mettre en scène sa candidature, bousculant les usages des autres candidats à la primaire. On pense évidemment à ce qu'Emmanuel Macron est en train de tenter en France. Pour Retz, la classe moyenne est l'arbitre du jeu politique. Renzi va cibler cet électorat. Macron aussi. Da Empoli, explique qu'en Italie, où l'Etat tardera à naître, le vrai pouvoir reste aux villes. Etre maire de Florence, c'est avoir le vrai pouvoir. Et Renzi va l'utiliser pour changer la ville musée. Sa méthode: faire une annonce et fixer un calendrier. «Dans un pays où la bureaucratie devient facilement kafkaïenne, une approche de ce genre est révolutionnaire», écrit l'auteur. Et ça marche. La ville change. En 2010, il inaugure les «Cent lieux», cent projets pour transformé des coins désaffectés de la ville. Il convoque cent assemblées de citoyens pour discuter des projets. Les Florentins ronchonnent et finissent par adhérer en masse.

A Florence, il a pris le pouvoir en s'opposant à la vieille garde de gauche, qui gère la ville depuis des décennies. Et il pilonne tous les pouvoirs institués: syndicats, fonctionnaires du ministère de la Culture, gérants de cafés, employés de la commune et même Eglise, pour imposer ses réformes. C'est la première fois qu'un homme de gauche abandonne l'habitude de s'agréger les catégories (syndicats, enseignants, artisans...à) pour obtenir le soutien des citoyens lambda. Un «anathème» pour le Parti démocrate. On pense encore à Macron.

Il traite l'élite qui gouverne la gauche de «vieilles bagnoles à mettre à la casse». Depuis ce jour, il devient pour les Italiens, «Il Rottamatore», le briseur d'idoles. Et met en pratique une politique répondant à l'appel du réalisateur Nanni Moretti, devenu célèbre: «Avec ces dirigeants à gauche, nous ne gagnerons jamais». Il va donc attirer les projecteurs sur des acteurs de la vie italienne bien différents, hommes d'entreprise, de culture, qu'il invite à La Leopolda. Son axiome: «Ce qui marche est juste, même si cela contredit tous les dogmes.» Il défend la primauté de l'expérience d'en bas, dans les communes et les PME. «Il y a là, dehors un pays qui a profondément changé, mais qui n'est pas foncièrement de droite, ni nécessairement condamné au déclin économique et civil. Les progressistes ont les cartes en main pour sortir de leur mouroir et commencer à donner une voix à l'Italie vivante.» Là encore, on croirait qu'Emmanuel Macron s'en est inspiré. Lors des primaires de 2012, le Renzisme devient un mouvement de masse, agrégeant ceux qu'on appelle les «neutres», jusqu'ici rétifs à tout engagement politique.

C'est ainsi qu'il parvient à se débarrasser de Bersani, qui voulait lui barrer la route, en manœuvrant pour la présidence italienne. Renzi démonte la candidature Marini à la télévision et parvient à ce que le Parlement supplie Napolitano, le vieux sage, de rempiler. Il ne fera pas d'ombre au Florentin qui, après un gouvernement Letta d'un an, prend le parti puis la présidence du Conseil. A Rome, Renzi ne sort pas de son bureau et travaille. Les Romains n'en reviennent pas. Il décide de limiter les salaires de fonctionnaires à celui du président de la République, introduit la possibilité de licencier des fonctionnaires, abolit le conseil de l'Economie et du Travail qui distribue les rentes, réduit les congés des magistrats, installe une haute autorité contre la corruption, élimine les provinces et pousse les communes à fusionner les entreprises publiques. La réforme est en marche. Pour lui, cette cure d'amaigrissement infligée à la caste est la condition pour rétablir la confiance de l'opinion. Et de battre les populistes. Macron n'aurait pas dit mieux lors de son premier discours programme. Puis le président du Conseil réduit les impôts des entreprises et des particuliers, et impose 80 euros par mois aux revenus les plus modestes, sur leur bulletin de salaires en six semaines! Puis il crée 221 000 emplois en créant un contrat de travail unique, malgré les protestations syndicales.... 300 lois et décrets approuvés en deux ans: du jamais vu en Italie.

«Le Florentin, l'art de gouverner selon Matteo Renzi», par Giuliano Da Empoli, Editions Grasset, 210 pages, septembre 2016

 

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29/09/2016

Mr Tweet et Mrs Big Data

trump.jpgDans un livre publié chez Slatkine, Stéphane Bussard et Philippe Mottaz racontent avec talent l’ascension du candidat Donald Trump vers la candidature à la présidence des Etats-Unis. Si l’investiture de ce magnat de l’immobilier a pu vous paraître inouïe, déconnectée, incompréhensible, elle vous apparaîtra, une fois le livre fermé, comme prévisible, issue d’une tradition politique américaine et totalement en phase avec l’époque.

Les deux journalistes qui furent en poste à Washington et New York connaissent bien ce pays immense et divers, qui paraît si exotique aux Européens. Ce sont aussi des lecteurs, qui nourrissent leurs analyses des meilleurs essais sociologiques. On comprend mieux à les lire, l’émergence de « The Donald » et les raisons profondes qui font son succès.

Ce qui court au fil des pages, presqu’entre les lignes, c’est que ce candidat hors norme est l’enfant de l’élection Obama. Il en est la revanche, la figure en négatif. Celle d’une présidence Obama, que l’Amérique fondée par des migrants, mais taraudée par la question raciale, n’a toujours pas digérée. Son premier fonds de commerce n’a-t-il pas été le mouvement des Birthers, contestant à Barack Obama, son lieu de naissance et sa nationalité, même après la publication de l’acte de naissance à Hawaï.

«The Donald» est aussi le candidat du rejet de la mondialisation et des élites qui en profitent. Un héraut paradoxal, puisqu’il profite lui-même des opportunités offertes par les traités de commerce qu’il rejette dans ses discours. L’homme qui fait fabriquer ses costumes sur mesure en Chine dénonce le pays qui vole les emplois à l’Amérique depuis dix ans. So what? N’en déplaise « à la connivence des discoureurs », déjà épinglée par Raymond Aron dans les années 70, Donald Trump n’est pas simplement un provocateur, un bonimenteur voire une baudruche. Il est charismatique, a quelque chose de la candidature Reagan et mouline des thèmes développés par Pat Buchanan, qui fut la plume de Nixon, puis de Reagan et candidat à la primaire.

Mais l’aspect le plus original du livre concerne la stratégie de communication du candidat Trump, qui s’est formatée sur la technologie de son époque et se trouve en adéquation avec l’air du temps. Trump parle comme il twitte. Et il a basé sa campagne sur ce réseau « antisocial », où l’insulte est banalisée, le vocabulaire, basique et la diffusion, immédiate, réflexe, reptilienne, brutale.

Ce positionnement est d’autant plus intéressant que la campagne d’Hillary Clinton est, elle, basée sur le ciblage des électeurs, grâce aux données, au Big Data. Pour la candidate démocrate, aussi, le discours est en phase avec la technologie. Hillary parle en connaissance de cause, en nuances, avec une vocabulaire plus riche qui fait appel à la raison, et s’appuie sur des données réelles.

Bussard et Mottaz pointent enfin que ce candidat a fait campagne sur le déclin de l’Amérique et l’abandon du peuple en se présentant comme l’homme à poigne, seul capable de redresser le pays et de redonner leur fierté aux Américains. Admirateur de Poutine, voire de Mussolini, Trump est-il fascisant?, s’interrogent les auteurs.

Ce rejet de l’establishment, l’affirmation d’une souveraineté protectionniste dans un monde interconnecté, un racisme assumé, ne sont pas une particularité trumpiste. L’Europe aussi est travaillée par cet air du temps, qui ressemble, écrivent les auteurs, à l’Allemagne de Weimar. On connaît la suite.

"#Trump, De la démagogie en Amérique", par Stéphane Bussard et Philippe Mottaz, Editions Slatkine, sept 2016, 222 pages.

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25/04/2016

Quelques minutes de futilité

téléchargement.jpgAh les coulisses de la politique! On aimerait y être et tout entendre, savoir ce qui dirige les choix, comment nait un projet de loi, quelles confrontations se préparent. D'Anna Cabana, journaliste politique au Point et habile portraitiste, on pouvait s'attendre à un livre qui serait du Philippe Meyer dans la ciselure du portrait et du Christophe Barbier, dans la pertinence de l'analyse. Las. La promesse de quelques minutes de vérité -le titre de l'ouvrage- est vite déçue.

 

On assiste aux aventures banales d'une journaliste qui rate son enregistrement lors d'un entretien, qui se fait virer par un interlocuteur à qui elle pose les questions qui fâchent, qui renonce à écrire un chapitre (non sans tartiner des mots vides sur l'épisode) pour ne pas trahir la confession trop lourde d'un sujet. La journaliste se montre aussi satisfaite et quelque peu impressionnée d'être quelques minutes avec ceux qui font l'actualité: l'éditeur n'a d'ailleurs pas trouvé mieux pour le bandeau de promo: une liste de noms pour allécher le lecteur.

Qu'apprend-t-on de plus? Que Fabius a eu une relation avec Carla Bruni avant Sarkozy, que Vincent Peillon fait un complexe de supériorité, que Villepin ne bande pas comme Sarkozy derrière un pupitre de meeting, que Xavier Bertrand revendique d'être un plouc, que Jean-Louis Debré a de la sympathie pour Hollande et que beaucoup de politiques ont de la haine pour leurs pairs. La belle affaire. Au bout de quelques minutes de lecture (une heure à peine pour arriver à la dernière page), on se dit qu'on aurait pu se passer de ces quelques minutes de futilité. 

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19/04/2016

Géopolitiquement incorrect

Le terrorisme en Europe n'est pas une fatalité. Dans un livre très documenté et plein de révélations, Jacques Baud - qui est aussi l'auteur d'une encyclopédie du renseignement et des services secrets - dénonce sans détour la responsabilité des gouvernements occidentaux dans la vague d'attentats djihadistes qui ont frappé les Etats-Unis et l'Europe. Les djihadistes n'en veulent pas à ce que nous sommes, contrairement à ce que déclare le premier ministre français Manuel Valls. Ils «résistent» dans une guerre asymétrique aux interventions militaires des puissances qui tuent de façon illégitime et illégale des musulmans. Voilà pour la thèse principale du livre. Mais cette étude, pleine de renvois de bas de page et de QR code d'interviews vidéos des acteurs et de renvois à des sites officiels, nous livre bien d'autres «secrets».

Bouleversement programmé et mensonges

Dans les premières pages, l'analyste révèle que le bouleversement du Moyen-Orient avait été programmé par Washington. Sept pays sont cités, dont trois ont voulu remettre en cause le règlement en pétrodollars de leur or noir. Jacques Baud y voit un des facteurs de conflit en défense des intérêts américains pour trois pays, dont l'Irak et la Libye. L'auteur cite ensuite plusieurs mensonges de Washington (dont celui des armes de destruction massive) pour entraîner ses alliés dans la guerre.

Mauvaise traduction

Sur l'Iran, Jacques Baud est persuadé que les Occidentaux auraient pu s'en faire des alliés, comme ils le furent après les attentats du 11 septembre et la guerre d'Afghanistan. Mais c'était sans compter avec l'administration Bush qui inscrivit l'Iran dans les pays de l'Axe du mal, et se faisant, donnait l'avantage aux durs du régime sur les réformateurs alors en place. Il ajoute que l'Iran n'a jamais voulu «rayer Israël de la carte», comme cela a été régulièrement répété. La traduction juste selon lui des mots de Khomeiny cité par Ahmadinejab était «le régime qui occupe Jérusalem doit être effacé de la page du temps». Bien sûr, le pouvoir iranien est antisioniste, mais il s'agissait en l'occurrence d'une mise en cause du gouvernement d'Israël, pas de l'existence du pays.

Péché originel

Jacques Baud revient aussi sur le «péché originel» de l'Occident au Moyen-Orient, à savoir, la guerre du Koweït. Pour l'auteur, Bagdad avait quelques raisons d'en vouloir au Koweït qui en dépassant de 40% sa production de pétrole, puisé dans des champs pétrolifères communs avec l'Irak, empêchait ce pays de rembourser sa dette à son voisin et ancienne province. Pour justifier une intervention internationale, au-delà du fait que l'Irak s'attaquait à un pays souverain, les mensonges n'ont pas manqué. Le plus mémorable est la mise à sac d'une maternité, totalement scénarisée avec comme témoin une jeune fille, Nayrah, dont on apprit par la suite qu'elle était la fille de l'ambassadeur du Koweït aux Etats-Unis et qu'elle n'était pas au Koweït à la date invoquée...

L'organisation d'Al Qaida, un fantôme

Pour démontrer que les frappes occidentales déclenchent et ne font que multiplier les candidats terroristes, Jacques Baud remonte aux missiles envoyés sur l'Afghanistan et le Soudan en 1998 par l'administration Clinton. Sur la base de renseignements douteux concernant des installations terroristes, les missiles Tomawak tuaient des dizaines de milliers de civils. Jacques Baud souligne que les attentats du 11 septembre, ne sont pas «tombés du ciel», mais affirme-t-il, étaient une réponse aux missiles de croisière de 1998 (ce que l'on a appris depuis, précise-t-il). Il raconte ensuite les occasions offertes par les Afghans d'arrêter Ben Laden, auxquelles Washington ne donnera pas suite, et l'absence à ce jour d'implication directe de Ben Laden dans ces attentats. L'auteur souligne plus loin qu'Al Qaida n'est pas l'organisation structurée que l'on décrit habituellement. Ce que les documents et lettres de Ben Laden collectés à Abbottabab démontreront, l'émir apparaissant déconnecté d'actions de groupes se revendiquant d'Al Qaida, qu'il condamnait parfois.

Le mensonge de BHL

Concernant la Libye, Jacques souligne également une falsification largement médiatisée par Bernard-Henri Levy (BHL), justifiant l'intervention en Libye. Selon l'analyste suisse et des déclarations de l'opposant Abdul Jalil, le massacre de février à Benghazi n'était pas le fait des forces de Kadhafi mais de mercenaires islamistes, alliés aux groupes soutenus par l'Occident.

Des modérés en Syrie?

Jacques Baud s'intéresse ensuite à la Syrie, où les manifestations d'un «printemps syrien», n'ont pas été «pacifiques au début», comme l'affirment les opposants exilés. Il cite plusieurs témoignages en appui avec comme toujours renvoi sur des documents filmés ou des rapports en bas de page. Il met aussi en cause son caractère spontané, soulignant le fait que les puissances sunnites de la région ont poussé aux révolutions arabes, après le bouleversement stratégique que fut le passage de l'Irak aux mains des chiites, suite à l'intervention américaine. Sans cependant dédouaner Bachar de ses crimes. Concernant l'utilisation de chlore par le régime, elle n'aurait pas été confirmée par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques qui a, en revanche, documenté l'usage de gaz moutarde par des groupes rebelles.

Il moque aussi la distinction théorique faite par les Occidentaux entre des groupes dits «modérés» et ceux islamistes radicaux de Syrie. Pure fiction. Il qualifie l'intervention occidentale d'illégale et sans vue stratégique, au contraire de l'intervention russe, légale (à la demande de Damas) et dont la portée stratégique est claire. L'ex-agent suisse doute enfin de la responsabilité syrienne dans l'assassinat du leader chrétien libanais Rafic Hariri et note que la conséquence de l'intervention occidentale fut d'abord l'abandon des chrétiens de Syrie, protégés par le régime d'Assad.

Opérations de dissuasion

A propos de Daech, l'analyse de Jacques Baud est là aussi intéressante: il pense que les méthodes de l'Etat islamique ont plus à voir avec «l'apport» des djihadistes de l'Emirat du Caucase (Tchétchénie et Daguestan) qu'à la participation d'anciens officiers de l'armée irakienne.

Enfin, pour les attentats de janvier et novembre à Paris, il les inscrit, à contrario de «la rhétorique officielle et de nombreux experts» comme des attentats ayant toutes les caractéristiques des «opérations de dissuasion, qui ont pour objectif déclaré de former les régimes (faibles) à stopper leur frappe» et à les pousser à une répression qui suscite les «vocations» de nouveaux combattants. Selon lui, l'objectif des djihadistes est bel et bien le retrait des Occidentaux du Moyen-Orient et non l'islamisation de l'autre côté de la Méditerranée, plus sûrement réalisée, mais pas nécessairement voulue, par une immigration musulmane.

Djihad ouvert et islamisation de la radicalité

Enfin, dans la polémique «radicalisation de l'islam» (Gilles Kepel) et islamisation de la radicalité (Olivier Roy), Jacques Baud penche pour le second (la religion n'étant à ses yeux «que l'équivalent d'un système d'exploitation informatique»). Il cite à l'appui de cette thèse l'étude du Dr Marc Sageman, sociologue, psychiatre et ex de la CIA qui a étudié 500 cas de djihadistes pour arriver à cette conclusion. Il indique en fin d'ouvrage que les djihadistes «autonomes» sont le fruit d'une source doctrinale et non d'une irruption de folie: celle du «djihad ouvert», théorisé par Al Qaida dans la péninsule arabique (AQPA), une des «franchises» qui n'a jamais reçu l'approbation de Ben Laden. Cette doctrine est clairement celle d'une guerre assymétrique de résistance, indique Jacques Baud.

Erreur stratégique

De ce constat, l'auteur de «Terrorisme, mensonges politiques et stratégies fatales de l'Occident», tire la conclusion que les insuffisances d'analyse et de renseignements de nos gouvernements, le suivisme européen de la politique américaine à l'égard d'Israël et des pays arabes, les mensonges et manipulations justifiant les interventions armées, ont conduit «nonens volens» à alimenter le terrorisme et non à le réduire, à faire reculer les libertés démocratiques dans nos pays, dans une fuite en avant vertigineuse depuis trente ans.

Critique, radical, documenté, ce livre fournit une riche matière pour réfléchir sur la politique étrangère occidentale au Moyen-Orient et s'en faire une opinion.

«Terrorisme, mensonges politiques et stratégies fatales de l'Occident» par Jacques Baud, Editions du Rocher, 422 pages, avril 2016 (TDG)

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03/12/2015

Genève, ville d'espions

Ce qui se passe à Genève intéresse le monde secret des espions. C’est ici que l’agent Edward Snowden a écouté sur le toit de la mission américaine, à quelques encablures du Palais des Nations, le murmure diplomatique du monde, probablement pour le compte du F6, une agence hybride de la fameuse CIA et de l’indiscrète NSA. Ici encore que deux hôtels abritant les négociations sur le nucléaire iranien ont été espionnés électroniquement, cette année.

Dans le passé aussi, cette ville internationale d’une Suisse neutre était le lieu où chaque service d’espionnage pouvait collecter du renseignement par tous les moyens. Au bord du Léman se côtoient en effet des représentants de tous les pays du monde, les humanitaires des plus grosses agences des Nations Unies et d'ONG qui savent tout des terrains de conflit.

Durant les deux guerres mondiales, la guerre froide, les années de décolonisation et les révolutions islamiques, Genève a été le théâtre de confrontations feutrées mais aussi d’assassinats.

Des pianos rouges soviétiques à la taupe du Centre islamique, des fléchettes de la Main rouge aux tueurs des ayatollahs iraniens passant par l’affaire Barschel, trois quarts de siècle d’histoire secrète à Genève en cinq volets à l’encre visible.

A voir et lire sur:

Genève, ville d'espions, le webdoc

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01/12/2015

Poutine: faites ce que je dis, pas ce que je fais

Deux principes sont régulièrement mis en avant par la diplomatie russe: la politique de non intervention dans la politique intérieur d'un pays et l'inefficacité et l'inanité des politiques de sanctions contre des Etats. Vladimir Poutine condamne et contrecarre sur cette base la volonté occidentale de faire partir Bachar el-Assad du pouvoir en Syrie. Admettons qu'il y a là, une cohérence, Damas  ayant demandé le soutien à son allié (parrain) russe.

Mais quand Moscou envoie ses volontaires et arme des factieux dans une région d'un pays voisin, il y a d'évidence ingérence extérieure dans la politique intérieure d'un pays souverain. Après l'annexion de la Crimée, des sanctions internationales des Etats-Unis et de l'Europe ont été prises contre la Russie. Efficaces ou pas, elles ont été qualifiées d'injustes et d'inutiles par Moscou. Cela n'a pas empêché le président russe de prendre récemment des sanctions économiques contre la Turquie après que la chasse turque ait abattu un bombardier russe.

Les sanctions prises sur les échanges commerciaux mais aussi contre des personnes (comme l'a fait l'Europe vis à vis du pouvoir et de l'économie russe) puisque les autorités ont empêché l'entrée sur le territoire russe de businessmen turcs, sont tombées tout de suite. Le Kremlin a aussi invité les Russes à bouder la très prisée destination touristique turque. Bref, pour Vladimir Poutine, c'est "faites ce que je dis pas ce que fais", reprochant ingérence et sanctions aux autres et usant des deux procédés dans la foulée.

L'habillage de politique extérieure russe ne vaut pas mieux que celle des Etats-Unis prétextant en autres la défense des valeurs pour garantir l'approvisionnement en pétrole de son économie. La vérité est que les pays ont la politique extérieure de leurs intérêts nationaux. Alors, inutile de traiter de russophobes ou d'américanophobes, ceux qui pointent les contradictions des discours alibis avec la politique des Etats. La vérité est toujours nue et les faits parlent d'eux-mêmes.

                

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29/11/2015

Pauvre Michel Onfray qui sème le vent

Les philosophes, il vaut mieux qu'ils parlent philosophie. Dans ce domaine, Michel Onfray est brillant! Cultivé, redonnant une visibilité aux pensées héraclitéennes et hédonistes, démontant les montages freudiens, le penseur a acquis une notoriété méritée. Nombre de ses livres valent la peine d'être lus, du Manuel d'antiphilosophie à Cosmos.

Je n'aime pas les curées médiatiques. Mais comme dirait Onfray à propos des attentats de Paris, "qui sème le vent, récolte la tempête". Et du vent, il en a fait sur un sujet qu'il ne maîtrise apparemment pas aussi bien que la pensée nietzschéenne. Pas question ici de lui faire un de ces procès imbéciles de complicité avec Daech ou avant cela d'islamophobie...

Michel Onfray pense en athée. Mais il a lu les livres saints. Pour autant, que sait-il de l'islam et du monde arabe? Il affirme ainsi à la suite de Samuel Huntington qu'une guerre de civilisation oppose le monde occidental à l'Oumma, qu'il voit comme unie et déterminée (puisque des hommes sont prêts à mourrir pour elle). Sauf que l'Oumma n'existe pas autrement qu'en tant qu'utopie, voire de projet prophétique. Il suffit de lire les journaux pour voir que dans le monde musulman, qu'il soit arabe, perse ou asiatique, la religion n'est pas un facteur fédérateur à l'international mais juste un ciment national. Des musulmans, tout musulmans de l'Oumma qu'ils soient, se font la guerre partout et depuis longtemps. Comme des pays chrétiens l'ont fait.

En France, il n'y a pas d'islam français car chaque mosquée a son parrain, marocain, algérien, saoudien, qatari, inspirée de Frères musulmans égyptiens ou du Tabligh pakistanais. Et chacun n'a que méfiance et mépris pour l'autre. Les Habachis syriens ou libanais détestent les wahhabites saoudiens. Les Marocains se méfient des Algériens. Et les salafistes du Sahel n'ont que mépris pour les tombes des sages soufis du Mali. Bref, l'Oumma n'existe pas plus que l'alliance chrétienne.

La force de Daech serait de mobiliser des hommes prêts à mourir. Tandis que sous nos latitudes occidentales, personne ne serait prêt se faire tuer pour ses valeurs. Mais que fait Michel Onfray de ces jeunes, car ils sont jeunes, policiers et militaires qui risquent leurs vies au Mali ou à Paris. Que fait-il du nombre de jeunes encore, qui font la queue pour s'engager et défendre leur pays au nom de "valeurs" comme ils le disent souvent? L'argument est fallacieux.

Des images de Michel Onfray a eu le malheur d'apparaître dans un clip de Daech. Ses propos sur notre colonialisme guerrier ne sont pas tous infondés. Faut-il l'en blâmer? Non. Mais quand il argumente à côté, on est triste pour le philosophe.

    

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13/11/2015

Le discours viral de l'extrême droite

Dans le cadre de sa campagne des régionales en région Nord-Pas de Calais-Picardie, la cheffe du Front national, candidate dans cette région, a parlé d' "éradiquer la migration microbienne". Sur la fréquence nordique de Radio France, Marine Le Pen a fait semblant de se justifier sur le fond en évoquant une étude épidémiologique de l'Institut national de veille sanitaire.

 

L'auteur de l'étude en question a réfuté par la suite l'interprétation "sortie de son contexte" et l'utilisation idéologique (qu'elle ne partage pas) de son étude. Mais peu importe pour la leader du FN, car cette justification a posteriori n'est pas si importante que cela. L'important pour elle, c'est le vocabulaire, les mots choisis. Or, un des invariants de l'extrême droite est l'utilisation du vocabulaire médical et de références à des maladies du corps social.

 

Louis-Ferdinand Céline parlait des juifs comme des "microbes sociaux" dans ses pamphlets antisémites. L'extrême droite a toujours utilisé la peur de la maladie apportée par l'Autre et l'image idéalisée du corps sain (de l'Aryen, du blanc, du fasciste etc) dans ses discours. Dans les années Sida, les métaphores n'ont pas manqué à l'extrême droite de l'échiquier politique.

 

Lors de cette crise migratoire, qui n'est pas lieu de nier ici, les sites d'extrême droite s'excitent sur la drépanocytose, qui assimile une maladie aux migrants. Les décodeurs du Monde lui consacraient d'ailleurs une chronique. La contagion des immigrés, brandie par l’extrême droite dans un nombre croissant de discours vient aussi nourrir leur théorie du remplacement des populations "autochtones" par des "étrangers". On retrouve la mention de cette maladie sur de nombreux sites et commentaires ou messages sur les réseaux sociaux. 

 

La vision biologique de la société est partagée par l'extrême droite au travers de différentes périodes de l'histoire contemporaine. Le fantasme du corps sain et de la maladie invasive n'est pas prêt de disparaître du discours de l'ultradroite. C'est dans ses gênes. 

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05/11/2015

René Girard, philosophe du rituel et du désir

Le penseur français René Girard est mort. Celui qu'on appelle le Darwin des sciences-humaines passe pour n'être qu'un philosophe chrétien. Erreur, il est beaucoup plus que cela. C'est d'abord un penseur de la religion comme ritualisation et abstraction des violences humaines afin de rendre la vie en société plus paisible. Sa théorie du bouc émissaire n'est pas une croyance, elle explique comme les hommes ont inventé le sacrifice du Christ en croix pour éviter le sacrifice des vivants, fussent-ils des agneaux.

Le philosophe qui aimait tant la littérature, y puisant ce que les essais ont du mal à cerner des émotions humains, a aussi développé une théorie du désir mimétique, qui fait de l'homme un être jaloux. Plus qu'un philosophe de la croyance ou de la soumission à Dieu, il est le penseur du rituel comme nécessité du vivre ensemble et du désir comme moteur de l'homme, quand l'Eglise a passé son temps à vouloir le brider.

 

Très connu et étudié dans les universités américaines, il n'a pas toujours été lu par les étudiants français berés au structuralisme et au marxisme. Il fut cependant reconnu puisqu'il entrait à l'Académie française, temple de la langue française, qu'il pratique merveilleusement bien à l'écrit.

 

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29/09/2015

Avez-vous vu "A l'Elysée, un temps de président"?

 Six mois durant, Yves Jeuland a tourné un documentaire sur la présidence de la République, diffusé lundi soir sur la chaîne française France 3. François Hollande y apparaît en animal à sang-froid face aux épreuves (les attentats, le Mali) et en président sympa avec ses collaborateurs. Mais le doc de Jeuland n'a pas comme personnage principal, ce président normal, qui subit "un temps de chien" plutôt qu'un "temps de président".

 

Au cœur de ce film se trouve un jeune communiquant Gaspard Gantzer, chargé de presse du Hollandisme qui est le vrai "héros du film". C'est le clown blanc du grand cirque de la communication à l'Elysée. L'auguste, ce serait le secrétaire général de l'Elysée, Jean-Pierre Jouyet, dont les mimiques incroyables viennent trahir l'agacement ou le contentement. Le premier dicte à des journalistes porte-crayon ce qu'il faut retenir d'un Conseil des ministres ou de la composition d'un nouveau gouvernement. Le second est le porte-plume du président à la recherche du mot pour un discours à Jean d'Ormesson à qui sera remis la Grand croix de la Légion d’honneur. Avec pour les scènes de coupe sous les lambris dorés et les petites gens qui attendent, conduisent, font le ménage, une musique qui pourrait être celle d'une piste aux étoiles ou d'un film de Tati.

 

La présidence, en mal de récit d'un quinquennat mal commencé et d'un libéral-socialisme qui n'est assumé que par Emmanuel Macron, communique. Vœux de fin d'année: discussion sans fin sur le décor, le cadre, le bureau, d'un aréopage de conseillers en image. Effarant. Dans ce palais où les grandes portes ouvertes par des huissiers font passer des ombres, l'image avale toute la lumière. Quelques dialogues pourtant disent une part de vérité. "L'acte d'autorité, c'est Valls qui le récupère", souligne un conseiller du Château inquiet. Pointe de jalousie de l'inspecteur des finances Jouyet qui a su se vendre à Sarkozy avant de revenir à son copain Hollande, au téléphone avec Macron: "C'est toi le maître maintenant". Leçon à la bonne élève Fleur Pélerin, tout juste nommée au Ministère de la culture. "Il faut que tu ailles au spectacle tous les soirs et que tu dises que c'est bien". "Va voir Lang et surtout sa femme Monique". On a pitié d'elle qui ne bronche pas à ce conseil primaire et à un second ramenant la jeune ministre au glorieux ministère Lang.

 

On ne voit pas vraiment ce qu'une présidence implique de décision dans ce documentaire. Est-ce parce que les portes se ferment aux caméras quand il s'agit de décider ou parce que Hollande, comme Mitterrand; laisse les choses dérouler leur logique et les conseillers dérouler leurs arguments sans vraiment décider. Quand Mitterrand le Florentin tranchait, Hollande fait la synthèse.

 

Deux moments forts de ce quinquennat sortent de ce film: l'invitation à ces dizaines de chefs d’Etat qui défilèrent ensemble après l'attentat de Charlie, la décision presque intuitive du président d'engager les troupes françaises pour stopper les djihadistes au Mali, "le moment le plus fort, jusqu'ici" de ma présidence, dira Hollande.

 

Le temps du président est compté. Ce documentaire en montre les aléas, le vide parfois, rarement la réussite. Le bilan devra être tiré en 2017, répète Hollande. Il sera alors temps de confronter la communication au bilan.

 

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28/09/2015

Signez la charte, messieurs les Saoudiens

Un Etat qui n'a pas signé la charte des droits de l'homme peut-il siéger au Conseil qui les défend? La question se pose alors que l'Arabie saoudite vient d'obtenir la présidence d'une commission consultative au Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève. Le royaume wahhabite est en effet un des rares pays au monde à ne pas avoir signé le texte de 1948. Le représentant du seul pays au monde qui a pris le nom de la famille régnante a été préféré par le groupe Asie Pacifique au représentant du Chili. Cette élection en dit long sur les tractations qui se déroulent en coulisses dans cette institution internationale. 

La commission présidée par un Saoudien est celle qui décide de la nomination des commissions d'enquête placée sous l'autorité du Haut-Commissaire aux droits de l'homme. Ces commissions bénéficient ainsi de moyens pour enquêter sur les violations. On voit ainsi la place stratégique que l'Arabie saoudite occupe désormais. 

Peut-on se satisfaire de cette situation? Il n'y a visiblement pas dans les statuts du Conseil d'obligation d'avoir signé la charte des droits de l'homme pour siéger. Aberrant. Il est clair désormais qu'il faut réformer le Conseil est faire de cette signature une condition pour entrer dans cette assemblée. Le Conseil des droits de l'homme permet en effet de focaliser l'attention internationale sur les crimes les plus graves d'atteinte aux droits. Et peut déboucher sur des inculpations à la Cour pénale internationale. Alors que le Conseil de sécurité est verrouillé par les veto des membres permanents, le Conseil des droits de l'homme n'est pas entravé par de telles procédures. 

 S'il est trop tard pour empêcher le ridicule de cette nomination, il est plus que temps de réformer l'institution pour que cela ne se reproduise pas. 

08:53 Publié dans actualité | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook