13/04/2017

Egypte, la révolution confisquée

b_1_q_0_p_0 (1).jpgCorrespondant de La Tribune de Genève au Caire entre octobre 2011 et janvier 2016, Farid Omeir a vécu et couvert la révolution du Nil en Egypte, l’accession au pouvoir des Frères musulmans lors de la première élection démocratique du pays et la contre-révolution de l’armée, qui a mené au pouvoir le général Abdel Fattah al Sissi. Dans un livre intitulé « Main basse sur l’Egypte », sous-titré « Comment l’ancien régime a mené à bien sa contre-révolution », Farid Omeir en historien du passé récent, fait le récit clinique de l’histoire chahutée et sanglante qui a suivi la chute d’Hosni Moubarak.  En observateur avisé, l’auteur raconte comment la volonté du peuple égyptien s’est heurtée à l’Etat profond. L’armée est la principale structure de ce cœur du pouvoir égyptien. Et c’est elle, qui depuis la fin de la monarchie en 1952 s’est assuré que tous les présidents du pays soient issus de leurs rangs. En Egypte, les militaires ne sont pas seulement les garants de l’indépendance nationale, ils tiennent aussi des pans entiers de l’activité économique, pour 30% environ des activités. Face à l’armée, à l’heure du printemps arabe, la seule force organisée était celle des Frères musulmans. Les Libéraux et les jeunes révolutionnaires de la place Tahrir n’ont ni les mêmes forces, ni une organisation déjà bien implantée dans le pays.  Les islamistes gagneront donc logiquement la première élection démocratique du pays.

 

Dans la période de transition, comme correspondant étranger, Farid Omeir va couvrir tous les épisodes qui mèneront à une répression sanglante de tous ceux qui manifestent ou s’opposent à la restauration du régime dictatorial, en passant par le renversement d’un président islamiste issu des urnes jusqu’à la présidence du Général Sissi, qui se révélera plus dure encore que celle de Moubarak, le président déchu par les manifestants de la place Tahrir.

 

Dans ce récit, il souligne comment l’armée qui, contrairement à la police, bénéficiait d’une bonne image dans la population,, va se mettre à réprimer sauvagement, faisant des milliers de morts et n’hésitant pas à torturer. Comment les juges vont tout faire pour délégitimer la démocratie en cassant des procédures ou en obtenant la dissolution du parlement, afin de conserver leurs pouvoirs. Comment les milieux d’affaires vont obtenir du nouveau pouvoir qu’il les exonère de tout effort, alors que la misère s’étend avec les dégâts provoqués sur le tourisme et l’économie par l’instabilité et l’insécurité durant ces années.

 

Il explique aussi comment les Frères musulmans, pressés de parvenir au pouvoir par les urnes, vont se précipiter et commettre des fautes qui causeront leur perte. Et comment leur tentative de s’attribuer tous les pouvoirs pour en finir avec l’Etat profond va justifier la contre-révolution des militaires qui n’attendaient que cela. L’auteur révèle d’ailleurs que le plan de remise en main par l’armée n’était pas une improvisation. Que tout ce qui ne fonctionnait plus, à commencer par le maintien de l’ordre ou l’électricité, s’est mis tout à coup à marcher, lors de la prise du pouvoir par Sissi.

 

Sans le soutien du nombre à l’appel des Frères musulmans, les révolutionnaires de la place Tahrir n’auraient sans doute pas réussi à exister aussi fortement. Mais ce ralliement des islamistes va rapidement montrer qu’il ne poursuit pas les mêmes objectifs que ceux des jeunes révolutionnaires. De même, les libéraux, vont selon l’auteur, faire de la lutte contre les islamistes leur priorité, quitte à se compromettre avec les militaires et les « feloul » (les vestiges de l’ancien régime).

 

S’il minimise parfois les visées hégémoniques des Frères musulmans, notamment quand Mohamed Morsi va tenter d’islamiser la constitution et d’écarter les autres composantes de la société égyptienne, l’auteur n’omet pas de dire que l’absence de résultat économique de cette courte présidence ne l’a pas servi. Mais il montre surtout, par les faits, la détermination des militaires à conserver les rênes de l’Etat et à chasser les islamistes du pouvoir, à interdire la confrérie puis à arrêter ses militants, voire à les exécuter après des procès de masse, totalement iniques. Il critique aussi le rôle des médias de propagande qui n’ont cessé, selon lui, de se faire les procureurs des islamistes et les avocats des militaires.

 

Le journaliste qui connaît bien l’Egypte, sait que les Frères musulmans ne sont pas une « excroissance », un corps étranger de la société égyptienne. Comme le démontrent d’ailleurs leurs résultats électoraux et la persistance de l’activisme militant d’une confrérie pourtant poussée dans ses derniers retranchements. Il ne manque pas de montrer comment l’Occident et la Russie vont hésiter à parle de coup d’Etat militaire concernant Sissi et vont se satisfaire d’un régime dictatorial, par méconnaissance et peur de l’islamisme politique des Frères. Et de lister les victimes de la contre-révolution : les gazaouis désormais sans porte de sortie égyptienne, les libéraux et bientôt les parlementaires et la presse qui ne restent pas aux ordres. Ils détaillent aussi les conséquences de cette contre-révolution, une montée du djihadisme, notamment dans le Sinaï, des projets et des achats coûteux (l’élargissement du canal, l’achat de Rafales à la France), tandis que le peuple manque de tout.  

 

Dans les dernières pages du livre, Farid Omeir se
 demande si une nouvelle révolution est encore possible, si islamistes, jeunes et libéraux seront en mesure de combattre l’Etat profond, de réformer la justice pour la rendre indépendante, adopter des mesures sociales sans se mettre à dos les hommes d’affaires, assurer le maintien de la sécurité et sanctionner les abus sans démobiliser les forces de l’ordre, comment s’attaquer aux privilèges de l’armée sans risquer un nouveau coup d’Etat militaire ? Difficile. « Main basse sur l’Egypte » et un livre qui raconte comment l’Egypte a raté sa révolution et comment la contre-révolution a restauré un pouvoir qui se révèle plus sanguinaire et autoritaire que celui de Moubarak. A lire et à consulter pour comprendre et tirer les leçons. 

« Main basse sur l’Egypte » par Farid Omeir, Editions L’Harmattan, février 2017, 224 pages.

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09/04/2017

Le Front national, brun et or

b_1_q_0_p_0.jpg«Ne qualifiez plus le Front national de parti d’extrême droite.» Dans sa tentative de dédiabolisation du FN, Marine Le Pen menaçait de poursuivre la presse qualifiant ainsi son parti. Avec la sortie de l’enquête de deux journalistes de Mediapart et Marianne, Marine Turchi et Mathias Destal, dans leur livre « Marine est au courant de tout », cette campagne fait définitivement pschitt. Fruit d’un an d’enquête, il met en lumière un système financier profitant des deniers publics, l’argent secret de Jean-Marie Le Pen en Suisse et, surtout, les hommes de l’ombre sulfureux qui entourent aujourd’hui, Marine, la fille du fondateur du parti.

Parmi les plus proches de la candidate à la présidentielle, Marine Le Pen, ils sont un certain nombre à sentir le souffre. Par ordre d’apparition dans le livre, il y a Philippe Péninque, un ancien avocat fiscaliste, qui avait fait parler de lui pour avoir aidé Jérôme Cahuzac, alors ministre des finances, pour son compte bancaire caché à Genève. Il joue le rôle de l’éminence grise. Surnommé « Voldemort », le personnage maléfique d’Harry Potter, Péninque est le «parrain des anciens du Groupe Union Défense (GUD)". On apprend ainsi dans le livre qu’en 2007, c’est lui qui a rédigé les statuts d’ «Egalité et Réconciliation», le mouvement identitaire porté par Alain Soral. 

Pour les plus jeunes, le Gud, c’est un groupe d’action radicale d’extrême droite qui cassait du soixante-huitard, du communiste et du syndicaliste à Paris. Leur emblème: la croix celtique. Viennent ensuite Axel Loustau, catapulté par Marine à la présidence de la Fédération FN des Hauts-de-Seine, est un gudard, lui aussi. Nicolas Crochet est l’expert-comptable de cette véritable «équipe bis» de Marine, en marge de la structure officielle du parti. Chargé des finances, il est «un ami des gudards», écrivent les auteurs. Frédéric  Chatillon est un des piliers du système mis en place par Marine. Qualifié de néonazi dans un livre, il avait « poursuivi l’auteur pour diffamation et a perdu son procès », précise Mathias Destal, dans une interview accordée à la Tribune de Genève. En 1990, il se signale en faisant le salut hitlérien lors d’une commémoration de la guerre d’Algérie. Il est aussi fier dêtre allé rendre hommage au Waffen SS belge, Léon Degrelle à Madrid, en compagnie d’Axel Loustau.  Chatillon tient aussi la caisse d’Ogmios, une librairie parisienne qui diffuse les textes négationnistes, antisémites et néonazis. Dans les années 90, c'est lui qui organise une fête chaque 20 avril, date de naissance du Führer, que la plupart des membres de la bande, appellent «Tonton». Ces gudards vont créer des dizaines de sociétés qui feront des affaires avec le FN : Riwal qui fera la campagne de 2007 de Marine Le Pen, Taliesin qui lance un magazine Cigale, un gratuit attrape pubs distribué dans les boulangeries et  surnommé dans le milieu « Sig Heil ». Cigale fera la promotion des amis du clan et publiera un « Spécial Damas ».  C’est aussi avec ses amis de 25 ans, que Marine aime faire la fête mais évite d’être prise en photo. C’est à eux qu’elle confie les clés de son microparti de financement de campagne « Jeanne », et à Riwal, le kit surfacturé des candidats FN, remboursé par l’argent public alloués aux partis. Dix personnes sont mises en examen dans cette affaire. « Malgré les enquêtes judiciaires qui s’accumulent, Marine Le Pen ne blâme pas les gudards, mais accorde des promotions à tout le groupe », écrivent les deux journalistes.

Les gros sous 

« Chez les Le Pen, comme dans l’histoire du Front national, l’argent est au centre de tout », écrivent les auteurs. Bruno Mégret ne dit pas autre chose: « Le FN a une dimension patrimoniale pour les Le Pen, c’est leur chose ».  Les Mégrétistes qui ont fait scission raillent d'ailleurs « Les Grimaldi de Montretout » en référence à la famille régnante de Monaco et à la propriété des Le Pen en banlieue parisienne. Marine est poursuivie pour sous-évaluation de son patrimoine immobilier, constitué de quatre propriétés. La Suisse et son secret bancaire ont longtemps mis à l’abri la fortune du père, Jean-Marie. Son majordome qui cachait en Suisse 50 kilos d’or, est soupçonné d’en être le prête-nom. De l’or, la police en a saisi aussi à Montretout, la propriété héritée de l’industriel Lambert qui a fait la fortune de Jean-Marie. Marine aussi, aime l’or et a déclaré posséder 3000 euros en Napoléon. Comme son père, Marine réclame le retour à l’étalon or pour les monnaies... Elle est aussi pingre comme son père. « Marine ne paye jamais », témoigne un proche.  Dans le livre, le majordome  de Jean-Marie Le Pen raconte les voyages en Suisse, en passant par les petites routes, par Geix pour rejoindre un hôtel à Attalens ou le Mirador au Mont-pèlerin, tenu par un ami, où Le Pen s’enregistre sous les noms de Lagardère Domrémy ou Mirandole. Puis, il y a les sorties « business » de Le Pen, dont témoignent plusieurs proches dont Jean-Claude Sanchez, retraité du service de sécurité du FN, le DPS. Il a depuis créé une agence de sécurité et de détective à Genève. Jean-Marie rencontre aussi en Suisse, Jean-Pierre Aubert, un banquier proche du couple Le Pen , qui sera incarcéré pour blanchiment de narcodollars. Les auteurs révèlent aussi qu’un éditeur français résidant en Suisse lui a ouvert un premier compte à l’UBS en 1981. Mais Le Pen dément cette information.  C’est dans l’hebdo gratuit de Genève, le GHI  que sortent en 1987 les révélations de Pierrette Lalanne, la première épouse de Jean-Marie sur sa fortune en Suisse. Elle parle de 40 millions de francs de l’époque, dont 6 millions d’euros cachés en Suisse. Dans le magazine Rolling Stone, par la suite elle précise que cet argent est notamment à la Fondation Saint-Julien de Fribourg, puis à la banque Darier. C’est à ce banquier que JMLP demandait par téléphone de l’argent, des « petits nègres », qui signifiaient 10 000 francs. Le banquier dément lui aussi. En 2013, le parquet de Paris a ouvert une enquête sur le patrimoine de JMLP. En 2015, il s’intéresse au compte de son majordome et à une société offshore des îles Vierges britanniques, la Balerton Marketing limited, créée et gérée par l’avocat genevois Marc Bonnant, écrivent les auteurs. En 2015, nouvelle enquête pour blanchiment de fraude fiscale contre JMLP, sa femme et son homme à tout faire. L’enquête s’intéresse ensuite à Georges Paschos, ancien banquier et frère de Jany, l’épouse de JMLP, ancien bénéficiaire de Balerton. Jany avait, elle, un compte au Crédit suisse, clôturée en 2008, des avoirs gérés par la société Prium finances à Genève.

Le clan des profiteurs

Le livre souligne aussi le népotisme du parti : les trois filles de Jean-Marie ont été rémunérées par le parti. Cinq maris aussi. Tout le monde connaît la nièce, Marion, intégrée en 2012 avant d'être légitimée par le suffrage. Le beau-frère, Philippe Olivier est moins connu.  Les Mégrétistes dénonçaient à l’époque « le FN canal alimentaire ». Jean-Claude Martinez, lepéniste de la première heure, affirme que la famille Le Pen a coûté au parti l’équivalent de 21 000 adhésions par an. Le financement public des partis en France, depuis 1990, est une manne pour le clan...  L’argent européen aussi : Catherine Griset, mise en cause pour un emploi fictif est l’ex-belle-sœur de la présidente du FN.

Affaires étrangères

Quant à la politique étrangère du parti, elle est aussi sous influence. Vis-à-vis de la Russie, on constate que de nombreuses prises de position prorusses coïncident avec la négociation des prêts de banques russes proches du Kremlin. Des votes au Parlement européen, une demande de levée des sanctions contre la Russie à l’Assemblée nationale, une prise de position de soutien au référendum de Crimée et même un voyage du directeur de cabinet de Marine Le Pen dans le Donbass, la région d’Ukraine enflammée par des séparatistes prorusses. En ce qui concerne la Syrie, Frédéric Chatillon, le patron de Riwal, qui s’occupe du matériel de campagne, fait depuis longtemps des affaires dans ce pays. Sa société a d’ailleurs un bureau à Damas. Il a créé en France un site de propagande pour le régime intitulé Infosyrie, avec des articles en français. Il s’est aussi occupé d’une campagne de communication pour le tourisme en Syrie. Il a également organisé un voyage à Damas avec le négationniste Alain Soral et l’antisémite Dieudonné. Il en a ramené des traductions de Mein Kampf en arabe

« Marine est au courant de tout » de Mathias Destal et Marine Turchi, éditions Flammarion enquête mars 2016,  380 pages

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08/03/2017

Mélenchon, le lutteur rêveur

téléchargement.jpgPendant six mois, la journaliste Marion Lagardère a suivi Jean-Luc Mélenchon en campagne. De la question que lui posait ses proches, elle a fait le titre de son livre : « Il est comment Mélenchon en vrai ? » . Et c’est bien à cette question qu’elle tente de répondre à force de parler avec lui, de voir ses réactions, d’entendre ses discours. Objectif atteint, avec de plus, une qualité rare dans les essais et biographies politiques : un style d’écriture assez littéraire et nerveux.


Mélenchon, c’est d’abord un « trop d’énergie » et un « trop d’idées ». Epuisant, écrit Marion Lagardère. C’est aussi une colère personnelle, tendue en miroir des colères de ses électeurs. Il y a de la passion, de l’émotion chez lui, qui s’expliquent aussi par une urgence de vivre, de penser, de faire avancer la cause. L’homme a 65 ans. Plus le temps d’attendre, de se retenir, ou de modérer son propos. Tout au long de ces pages, l’auteur cherche les passerelles entre la personne et le personnage. Et il y en a.
Etre à la tribune, c’est le rôle de sa vie. Il parle politique, bien sûr. Fort. Mais pas seulement, l’histoire et la poésie sont aussi au rendez-vous, lors de ses prises de parole en meeting. Cet intellectuel aime les grands discours, les biographies historiques. Un tribunitien érudit. C’est aussi cela qui fait son succès. Il y a aussi ce côté brut de décoffrage: pas d’autocensure, quand il s’agit de brocarder tel ou tel adversaire politique, la presse «qui bourre le crâne des gens» ou les puissants de la finance. Pas commun en politique.

 

 

Mélenchon, c’est aussi l’anxieux, l’inquiet, l’homme parfois dépressif, comme après la défaite de Jospin éliminé au premier tour de la présidentielle de 2002. Quand il traverse une foule, il ne peut s’empêcher de penser à l’agression, à l’insulte qui fuse, à l’œuf qui vole. Il est aussi mal à l’aise quand ses supporters le touchent ou veulent faire un selfie avec lui. Ce solitaire qui aime le peuple, n’aime pas la familiarité. Ce qu’il aime, c’est parler avec eux et écrire pour eux. Et quand une série d’articles rappelle sa présence à la Légion d’honneur du sulfureux droitier Buisson, son dîner avec l’autre conseiller de Sarkozy, Henri Guaino, il ne peut s’empêcher de penser « complot ». Le « pistolero de l’Essonne » sait que la politique, c’est donner des coups, mais aussi en encaisser. Oui, il s’emporte. Oui, il est excessif. Et alors ? Gueulard ? Sur le divan de Fogiel, début d’explication : une surdité qui « conditionne sa relation au monde ». Cela le rend agressif, éruptif quand il est pris de court, approché de trop près. Une excuse ? Plutôt un « amplificateur de caractère », écrit la journaliste.


Mélenchon, c’est aussi une carrière politique, presque sans faute. En trois ans, il devient conseiller municipal, conseiller général et sénateur, un palmarès que d’autres acquièrent en 30 ans. Puis ministre de Mitterrand qu’il admire et député européen. Mais il n’a pas fait l’ENA… Dans le Jura, le jeune Mélenchon a fait de petits métiers et a écrit pour La dépêche du Jura. Puis il est devenu un politique professionnel au Parti socialiste… avant de le quitter et de créer son Parti de gauche « pour faire la révolution ». Mélenchon, c’est aussi un athée préoccupé par « les forces de l’esprit » comme le disait Mitterrand. Un intellectuel qui a donc logiquement été attiré par la Franc-maçonnerie, dont il n’aime pas parler. Pas plus que de sa vie privée ou intime, d’ailleurs. Une forme de pudeur.

Le leader des insoumis, parfois détesté, a bel et bien renoncé à vouloir convaincre ceux qui le traitent d’autoritaire, d’ami de Poutine, de zélateur de Chavez. Lui, c’est un convaincu, un admirateur honteux des pouvoirs forts, et suffisamment anti-américain pour défendre la révolution vénézuélienne sans rougir. Lui, l’ancien trotskiste n’a jamais versé dans la social-démocratie, à l’inverse de pas mal de ses anciens camarades. Sauf peut-être sur l’Europe, en votant le traité de Maastricht. Mais depuis, il a bien changé sur ce sujet. Mais au fond, ce qu’il déteste surtout de l’Europe, c’est son Atlantisme. L’anti-américanisme encore.

L’homme à la cravate rouge admire toujours Marx et les révolutionnaires d’Amérique du Sud. Il n’aime pas l’argent pour l’argent. Ce qu’il aime ? Les « belles personnes » selon le mot de Victor Hugo. Les humbles, surtout. Les symboles de la République, le bleu blanc rouge, aussi. Patriote sans doute et presque gêné de reconnaître une forme de respect des institutions. Il aime aussi la science-fiction, une façon de rêver et de critiquer le monde en littérature. Asimov, qui l’a marqué, mais aussi et surtout Philip K Dick.
Gueuler, lutter, rêver. En trois verbes, voilà comment il est, en vrai, Mélenchon. Un Sisyphe, remontant la boule de pierre le long de la pente, sans jamais atteindre le sommet, le mythe exploré par Camus, pied-noir comme lui. Mélenchon ne sera pas président. Il le sait. Mais il se sera battu. Cela lui vaut 10% d’intention de vote aujourd’hui.

"Il est comment Mélenchon, en vrai?" de Marion Lagardère, Editions Grasset, 229 pages, janvier 2017.

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10/01/2017

Enquête sur un crime d'Etat

Ce pourrait être une enquête sur un simple faits-divers, le triple assassinat, au 147 rue Lafayette à Paris, de trois militantes kurdes, le 9 janvier 2013. Mais c’est aussi un livre passionnant, qui parle de la Turquie d’aujourd’hui et donne de nombreuses clés pour comprendre ce qu’il s’y passe. Dans un style très agréable à lire, Laure Marchand, ex-correspondante de La Tribune de Genève et de 24heures en Turquie, mène l’enquête sur les victimes, membres du PKK, et surtout sur le suspect de ces assassinats et sur l’implication des services secrets turcs dans cette affaire.

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Le livre s’ouvre sur la scène de crime. Puis, l’auteur s’intéresse aux trois femmes retrouvées mortes dans un local en plein Paris: Sakine, Fidan et Leyla. La première est une combattante en exil en Europe, nostalgique des montagnes du Dersim, une région rebelle depuis des siècles. L’Empire ottaman ne parvenait pas à y prélever l’impôts. A la fin des années 30, l’armée turque la bombarda au gaz moutarde. Sakine est une alevie, une branche hétérodoxe du chiisme qui donne aux femmes une place que le sunnisme leur refuse. C’est une cheffe de la guérilla kurde contre le pouvoir turc pour qui le mot kurde « proviendrait du bruit des pas des Turcs dans la neige ». Pour eux, le Kurde est au mieux un Turc arriéré des montagnes.


Sakine est une des deux femmes présentes en 1978 au congrès fondateur du PKK, le parti marxiste de libération kurde dirigé par Abdullah Öcalan , dont elle est proche, une organisation classée terroriste par la Turquie, mais aussi par l'Europe. Arrêtée, elle est emprisonnée à Diyarbakir et torturée. La maire de la ville, arrêtée en 2016, avait partagé sa cellule à l’époque avec elle. Il témoigne des « mutilations sur la poitrine de Sakine ». Pour les Kurdes, c’est une héroïne de la résistance, une du premier cercle « d’Apo » (oncle en kurde), le nom que les militants du PKK donne à leur chef Öcalan, qui voit aussi dans l’organisation, un outil de libération de la femme kurde. Fidan et Leyla sont des militantes de la génération suivante, la relève, et ont des responsabilités dans la représentation du PKK en Europe.


2013, c’est l’année où un espoir de paix émergeait en Turquie. Aux obsèques des trois femmes assassinées, un député kurde est présent, un des deux à avoir été autorisé pour la première fois à rompre l’isolement d’Öcalan, emprisonné sur une île. Le signe que des négociations secrètes de paix entre Ankara et le PKK ont été ouvertes. Öcalan, littéralement, celui qui se venge, est autorisé à venir à la table des négociations, alors qu’Erdogan, premier ministre et chef de l’AKP, le parti islamo-conservateur, lui promettait la corde quelques mois plus tôt. L’AKP accorde des droits culturels aux Kurdes, l’interdiction de le parler est lévée. Erdogan lui-même souhaitera en 2009 «Bonne année» en kurde à la télévision.


Tout le monde est las d’une guerre commencée en 1984, qui ne trouve pas de solution militaire. Dans les années 90, 3000 villages kurdes ont été rasés. Des commandos de la mort sont soupçonnés de la disparition de 17000 personnes. Cette guerre a fait d’Öcalan, malgré sa cruauté envers tout dissident, le « saint » de la cause d’un peuple opprimé. Depuis la guerre a repris, impitoyable.


C’est dans le contexte de cette année capitale pour la paix, que se déroule le triple meurtre du 147 rue Lafayette. S’agit-il de torpiller les pourparlers ? Qui est derrière ? Pour les manifestants qui se sont rendus devant le 147, il n’y a aucun doute. Ils le crient : « Turquie, assassin ». Ce qu’ils ne savent pas, c’est que l’unique suspect dans cette affaire est dans la foule. Il s’agit d’un homme de 30 ans, Ömer Güney, qui débarque dans la communauté kurde de Paris en 2011. Il se dit turc, aux origines kurdes que son père aurait reniées. Crédible. Mais on lui trouve une tête de Turc, pas de Kurde…
Cependant le PKK recrute sur des critères idéologiques et non ethnique. Ömer va donc se faire une place dans la communauté, toujours prêt à rendre service. Il parle français et participe même à la Kampanya, la collecte pour financer le PKK.


Sur son passeport des années passées en Allemagne, il a une moustache. Une moustache qui en dit long, explique Laure Marchand: les islamistes l’aiment très courte et fine, ourlant la lèvre supérieure ; les gauchistes la préfèrent broussailleuse ; et les membres de l’organisation d’extrême droite, les Loups gris, la portent fine et tombante de part et d’autre de la bouche. Celle d’Ömer ressemblait à cette dernière avant sa conversion kurde… Ses amis de l’époque, rencontrés par la journaliste, montre le poing, index et petit doigt levés, le signe de ralliement des Loups gris, pour parler de lui. Loup gris, un nom qui fait référence au mythe de l’enfant des Turcs célestes de la légendaire vallée d’Ergenekon, nourri comme Romulus et Remus, par une louve. Ömer est aussi originaire de la région de Sivas, la « tannière » dont sont issus nombre de Bozkurt, les « Loups gris », ce groupe paramilitaire responsable de nombreux crimes que l’Etat turc ne semble pas pressé de réprimer. Les "Loups gris" sont au départ la branche jeunesse d’un parti fasciste pour une Turquie ethniquement pure, le MHP , fondé par un général putschiste des années 60. Ömer est aussi un fan d’une série télévisée turque « La vallée des loups », un mafieux qui joue les sauveurs de l’Etat turc où il est aussi question du « péril kurde », une série "pousse-au-crime" diffusé depuis 2007. Le plus célèbre des Loups gris est Ali Agça, l’homme qui a tenté de tué le pape Jen-Paul II. Dans la prison de Fresnes, le suspect du triple assassinat mettra un photo de loup sur son mur. Sa tenue le trahit aussi, des costumes noirs comme le héros de la série "La vallée des loupes", quand les militants du PKK sont en jean et veste kaki. Certains militants le trouvent suspect. L'un d'entre eux s'étonne qu'il insiste pour avoir l'adresse du numero 2 du PKK . Mais les soupçons s'arrêteront là. L'homme attire la compassion, car il souffre d’une tumeur au cerveau et semble bien inoffensif.

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Durant l’enquête, un vieux téléphone va révéler un autre visage du personnage : on y trouve les fiches des membres de l’association de Villiers-le-Bel où Sakine, Fidan et Leyla, travaillaient. Omer était un espion. Dans son répertoire, un numéro du MIT, les services secrets turcs, à Erzurum, le centre névralgique de la contre-guérilla contre les Kurdes. Dans un journal de la communauté kurde de Zurich, un ancien agent du MIT, le service de renseignement turc, balance: "Ömer était un des nôtres". Des enregistrements, probablement rendus publics par des partisans de Fethullah Gülen, l’ancien allié islamiste de l’AKP, contre qui Erdogan s’acharne aujourd’hui, confirment cette piste. Des allers-retours discrets à Ankara d’Ömer aussi. Le MIT est sous la responsabilité d’un proche d’Erdogan, qu’il surnomme « sa boîte noire ». On est au cœur de l’Etat profond turc. Depuis une récente loi turque, les juges d’instruction ne peuvent plus y mettre leur nez et entendre les agents des services.

Erem Erden, ancien journaliste et jeune député, s’intéresse beaucoup au MIT. On lui doit la révélation des livraisons d’armes et de gaz sarin à des djihadistes syriens par une ONG proche du pouvoir. Ömer était-il un agent de cellule dormante réactivée du MIT? Il le pense.


Le livre se termine sur les rapports de la France aux Kurdes du PKK. Longtemps soutenus par Danièle Mitterrand, surnommée la « Mère des Kurdes » par la communauté, tolérés par les services de l’Etat, ils ne le sont plus depuis une tentative de rapprochement de Paris avec Ankara. Des arrestations ont lieu.


L’enquête française aboutira à l’inculpation pour assassinats d’Ömer Güney, coupable "d’avoir commis un acte terroriste en relation et à la demande d’individus en Turquie et possiblement liés aux services de renseignement turc". L’inculpé est mort avant son procès. L'affaire est classée. Fin de l'histoire? De cette histoire, peut-être, mais pas de celle que nous raconte Laure Marchand tout au long de ce livre, celle de la Turquie, aujourd'hui.

« Triple assassinat au 147 rue La Fayette » Laure Marchand Editions Solin Actes Sud, 186 pages janvier 2017. 

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14/12/2016

Arnaud Montebourg, chevalier gris

Montebourg.jpgArnaud Montebourg, le séduisant avocat prêt à toutes les conquêtes, est-il le chevalier blanc de la politique française, fier et solitaire? Est-il l'inventeur de la VIe République qu’il appelle de ses vœux? Incarne-t-il cet homme de conviction, qui saura rassembler le PS? Dans une enquête intitulée «Arnaud Montebourg l’homme girouette», le journaliste Frédéric Charpier, met le mythe Montebourg à la dissection des faits. Et à la fin du livre, le personnage semble moins grand qu’il n’y paraît. Moins entier. Assez seul. N’hésitant pas à tirer la couverture à lui dans chacune des entreprises communes.


Se présentant comme le petit-fils d’un Algérien partisan du FLN, que son grand-père n’était pas, selon Fabrice Charpier, Arnaud Montebourg est aussi apparenté à la famille royale du Maroc. Né à Glux-en-Glenne, un village du Morvan, terre mitterrandienne, il fera ses débuts en politique dans les grèves des universités de 1980 et adhérera au PS. Elève à Sciences-Po, il rate l’ENA et prend le chemin du Droit pour devenir un « grand avocat ». Son éloquence l’amènera à rejoindre l’aristocratie des plaideurs, en décrochant la première place de la Conférence du stage. Sa carrière est lancée et commence par  un échec : la condamnation de l’assassin du collaborateur ami de Mitterrand, René Bousquet. Après quelques flèches judiciaires contre les figures de TF1, il connaîtra la gloire en s’attaquant à Alain Juppé, puis à Jacques Chirac.


Mais selon cette enquête, Montebourg n’est pas tout à fait le corsaire ou le chevalier blanc, mais plutôt le porte-flingue du PS - dont certains comme Jospin, n’aiment d’ailleurs pas ses méthodes, qui consistent à attaquer des adversaires politiques au tribunal (durant sa première campagne législatives en Saône-et-Loire, on lui reprochera aussi ce genre d'attaque). Il voudra aussi faire juger Jacques Chirac par la Haute Cour de justice de la République. Il sera alors baptisé « Récuperator », car le vrai héros de ce combat, Pierre-François Divier, est resté dans l’ombre. Ce dernier l’affublera du surnom de «La mouche»... du coche, sans doute. Dans son combat contre la corruption, Arnaud Montebourg est encore sur le devant de la scène, quand son ami Pierre-Antoine Lorenzi, du Service Central de Prévention de la Corruption, mis en place par Pierre Bérégovoy, est la discrète cheville ouvrière de cette cause.

L’autre thèse du livre qui fait son titre, c’est que Montebourg n’a pas de vraie conviction et qu’il est passé d’un camp à l’autre au sein du PS, par ambition. Il s'alliera aussi bien avec DSK qu'avec Martine Aubry. Il restera néanmoins proche de ses amis des premiers jours, les jeunes Fabusiens. Son histoire politique n'en fait pas non plus un homme capable de rassembler, comme l'expérience de la convention pour la Ve République, puis celle du Nouveau Parti socialiste (NPS), le montreront.

Dans ces deux aventures, Arnaud Montebourg a voulu tenir le premier rôle, au risque de faire fuir ceux qui travaillaient avec lui. Deux candidats de la primaire 2017 ont été ses compagnons de route: Vincent Peillon, déjà son acolyte dans le combat du blanchissement d’argent et des paradis fiscaux et Benoît Hamon. Ils sont désormais ses concurrents de la primaire de la gauche.

Le livre fait aussi un large part aux réseaux d’Arnaud Montebourg, qui fréquente plus les élites économiques et administratives parisiennes que les syndicalistes, fussent-ils de Florange. Son combat perdu lorsqu’il était ministre du Redressement industriel de François Hollande. Le médiatique ministre s’appropriera ensuite l’étiquette du Made in France et fera un joli coup de pub avec la marinière d’Armor Lux. Cependant, tout en prônant la nationalisation des hauts-fourneaux, il défendra le groupe Bolloré en Afrique ou Martin Bouygues. Bien que classé très à gauche au PS, Arnaud Montebourg a autant de relations dans le monde des affaires qu'Emmanuel Macron. Il est fier d'avoir trouvé une place dans le privé, chez Habitat, où il a fait son « expérience de l’entreprise » comme consultant (utilisant son carnet d'adresses) plus que comme dirigeant.

Mais avant cela - et cela lui vaudra son portefeuille - Arnaud Montebourg a créé la surprise en obtenant 17% à la primaire socialiste de 2011, quand Manuel Valls se situe à 5,6%. Peut-il réitérer en 2017 et l’emporter? Réponse en janvier.

"Arnaud Montebourg, l'homme girouette" par Frédéric Charpier, Editions La découverte, 2016, 215 pages.

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22/11/2016

Une biographie de Renzi pour comprendre Macron

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Le 4 décembre prochain, Matteo Renzi, le président du Conseil italien, va jouer sa carrière politique lors d'un référendum constitutionnel. Ce n'est pas son premier coup de poker, à lire le livre que lui consacre Giuliano Da Empoli sous le titre «Le Florentin». L'ancien conseiller politique et directeur du Think Tank Volta à Milan raconte comment un trublion de la vie politique conquiert, à 39 ans, le fauteuil de chef de gouvernement jusqu'ici réservé aux vieux caciques. «Gouverner les Italiens, ce n'est pas impossible, c'est inutile», disait Mussolini. Les Italiens suivent la politique comme un match de football, en s'amusant et en se désespérant, écrit l'auteur de cette biographie éclairante sur l'ascension fulgurante du jeune maire de Florence.

Comment expliquer que la gauche marginalisée durant la période Berlusconi, prisonnière du dogme de la Diversita, a pu reprendre le pouvoir? Quand Berlusconi tendait un miroir aux Italiens, avec leurs vices et leurs qualités, cette vieille gauche prétendait leur être supérieure. Erreur. Dès ses premiers pas, Matteo Renzi va casser cette image. Il va sur le plateau de la «Roue de la fortune» de la télé berlusconienne. Il reste à l'écran sur cinq émissions et remporte 48 millions de lires, près de 30 000 francs. Celui qui a grandi dans le catholicisme toscan (son père est le représentant locale de la Démocratie chrétienne) et prépare son droit, fait une première apparition remarquée. Comme Obama, il affectionne la rhétorique mystique, lyrique, messianique entendue dans les églises. Sauf qu'il est Florentin, et cela implique de l'irrévérence, qui fera aussi son style. Le militant fait campagne pour Prodi et devient le bras droit d'un député catholique, puis devient le secrétaire de la fédération florentine du Parti Populaire, issu de l'implosion de la Démocratie chrétienne. C'est comme cela qu'il prend la direction de la province de Florence à 29 ans.

 

Matteo s'est choisi des modèles qui ne sont pas ceux d'un enfant de chœur, des personnages historiques subversifs: Robert Kennedy, le second est le secrétaire général de l'ONU et Prix Nobel de la Paix, créateur des casques bleus, Dag Hammarskjöld et le troisième est un moine soldat qui a gouverné Florence, Giorgio La Pira. Des hommes de foi qui ont rué dans les brancards. Il fera de même. Première occasion lors d'une réunion politique alors qu'il est chahuté par un militant qui a lu «La Casta» (La caste) un livre qui dénonce les privilèges et méfaits de la classe politique italienne. Euréka. Depuis lors, le coût de la politique et le ras-le-bol à l'égard des élites feront son beurre, quand dans son camp, on ne veut pas dire ces choses qui font le succès de la Ligue du Nord. Lui, n'a pas ces scrupules. D'ailleurs, il le pense. Il faut nettoyer les écuries d'Augias. Il se présente à la mairie de Florence et dit tout de go, que s'il échoue, il quitte la politique. Une prise de risque qui est synonyme de sincérité en politique. Il ne mâche pas ses mots, brisent les tabous, envoie balader la vieille garde et l'emporte.

Giuliano Da Empoli, féru d'histoire, a trouvé le personnage historique qui ressemble au président du Conseil italien: le cardinal de Retz, qui est un Gondi, une des illustres familles de banquiers de Florence. Il fera carrière à Paris et initiera, machinera et commentera la Fronde, contre le cardinal Mazarin, forcé à l'exil. «Audacieux, ambitieux, dépourvu de scrupules, lyrique et inventif, le Florentin Gondi est le personne le plus semblable à Matteo Renzi», écrit l'auteur.

«Comme Gondi, Renzi est avant tout un joueur», poursuit Giuliano Da Empoli. Pour gagner Florence, il se positionne contre le «système». Il attire des volontaires par son programme décoiffant pour la ville et monte des shows pour mettre en scène sa candidature, bousculant les usages des autres candidats à la primaire. On pense évidemment à ce qu'Emmanuel Macron est en train de tenter en France. Pour Retz, la classe moyenne est l'arbitre du jeu politique. Renzi va cibler cet électorat. Macron aussi. Da Empoli, explique qu'en Italie, où l'Etat tardera à naître, le vrai pouvoir reste aux villes. Etre maire de Florence, c'est avoir le vrai pouvoir. Et Renzi va l'utiliser pour changer la ville musée. Sa méthode: faire une annonce et fixer un calendrier. «Dans un pays où la bureaucratie devient facilement kafkaïenne, une approche de ce genre est révolutionnaire», écrit l'auteur. Et ça marche. La ville change. En 2010, il inaugure les «Cent lieux», cent projets pour transformé des coins désaffectés de la ville. Il convoque cent assemblées de citoyens pour discuter des projets. Les Florentins ronchonnent et finissent par adhérer en masse.

A Florence, il a pris le pouvoir en s'opposant à la vieille garde de gauche, qui gère la ville depuis des décennies. Et il pilonne tous les pouvoirs institués: syndicats, fonctionnaires du ministère de la Culture, gérants de cafés, employés de la commune et même Eglise, pour imposer ses réformes. C'est la première fois qu'un homme de gauche abandonne l'habitude de s'agréger les catégories (syndicats, enseignants, artisans...à) pour obtenir le soutien des citoyens lambda. Un «anathème» pour le Parti démocrate. On pense encore à Macron.

Il traite l'élite qui gouverne la gauche de «vieilles bagnoles à mettre à la casse». Depuis ce jour, il devient pour les Italiens, «Il Rottamatore», le briseur d'idoles. Et met en pratique une politique répondant à l'appel du réalisateur Nanni Moretti, devenu célèbre: «Avec ces dirigeants à gauche, nous ne gagnerons jamais». Il va donc attirer les projecteurs sur des acteurs de la vie italienne bien différents, hommes d'entreprise, de culture, qu'il invite à La Leopolda. Son axiome: «Ce qui marche est juste, même si cela contredit tous les dogmes.» Il défend la primauté de l'expérience d'en bas, dans les communes et les PME. «Il y a là, dehors un pays qui a profondément changé, mais qui n'est pas foncièrement de droite, ni nécessairement condamné au déclin économique et civil. Les progressistes ont les cartes en main pour sortir de leur mouroir et commencer à donner une voix à l'Italie vivante.» Là encore, on croirait qu'Emmanuel Macron s'en est inspiré. Lors des primaires de 2012, le Renzisme devient un mouvement de masse, agrégeant ceux qu'on appelle les «neutres», jusqu'ici rétifs à tout engagement politique.

C'est ainsi qu'il parvient à se débarrasser de Bersani, qui voulait lui barrer la route, en manœuvrant pour la présidence italienne. Renzi démonte la candidature Marini à la télévision et parvient à ce que le Parlement supplie Napolitano, le vieux sage, de rempiler. Il ne fera pas d'ombre au Florentin qui, après un gouvernement Letta d'un an, prend le parti puis la présidence du Conseil. A Rome, Renzi ne sort pas de son bureau et travaille. Les Romains n'en reviennent pas. Il décide de limiter les salaires de fonctionnaires à celui du président de la République, introduit la possibilité de licencier des fonctionnaires, abolit le conseil de l'Economie et du Travail qui distribue les rentes, réduit les congés des magistrats, installe une haute autorité contre la corruption, élimine les provinces et pousse les communes à fusionner les entreprises publiques. La réforme est en marche. Pour lui, cette cure d'amaigrissement infligée à la caste est la condition pour rétablir la confiance de l'opinion. Et de battre les populistes. Macron n'aurait pas dit mieux lors de son premier discours programme. Puis le président du Conseil réduit les impôts des entreprises et des particuliers, et impose 80 euros par mois aux revenus les plus modestes, sur leur bulletin de salaires en six semaines! Puis il crée 221 000 emplois en créant un contrat de travail unique, malgré les protestations syndicales.... 300 lois et décrets approuvés en deux ans: du jamais vu en Italie.

«Le Florentin, l'art de gouverner selon Matteo Renzi», par Giuliano Da Empoli, Editions Grasset, 210 pages, septembre 2016

 

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29/09/2016

Mr Tweet et Mrs Big Data

trump.jpgDans un livre publié chez Slatkine, Stéphane Bussard et Philippe Mottaz racontent avec talent l’ascension du candidat Donald Trump vers la candidature à la présidence des Etats-Unis. Si l’investiture de ce magnat de l’immobilier a pu vous paraître inouïe, déconnectée, incompréhensible, elle vous apparaîtra, une fois le livre fermé, comme prévisible, issue d’une tradition politique américaine et totalement en phase avec l’époque.

Les deux journalistes qui furent en poste à Washington et New York connaissent bien ce pays immense et divers, qui paraît si exotique aux Européens. Ce sont aussi des lecteurs, qui nourrissent leurs analyses des meilleurs essais sociologiques. On comprend mieux à les lire, l’émergence de « The Donald » et les raisons profondes qui font son succès.

Ce qui court au fil des pages, presqu’entre les lignes, c’est que ce candidat hors norme est l’enfant de l’élection Obama. Il en est la revanche, la figure en négatif. Celle d’une présidence Obama, que l’Amérique fondée par des migrants, mais taraudée par la question raciale, n’a toujours pas digérée. Son premier fonds de commerce n’a-t-il pas été le mouvement des Birthers, contestant à Barack Obama, son lieu de naissance et sa nationalité, même après la publication de l’acte de naissance à Hawaï.

«The Donald» est aussi le candidat du rejet de la mondialisation et des élites qui en profitent. Un héraut paradoxal, puisqu’il profite lui-même des opportunités offertes par les traités de commerce qu’il rejette dans ses discours. L’homme qui fait fabriquer ses costumes sur mesure en Chine dénonce le pays qui vole les emplois à l’Amérique depuis dix ans. So what? N’en déplaise « à la connivence des discoureurs », déjà épinglée par Raymond Aron dans les années 70, Donald Trump n’est pas simplement un provocateur, un bonimenteur voire une baudruche. Il est charismatique, a quelque chose de la candidature Reagan et mouline des thèmes développés par Pat Buchanan, qui fut la plume de Nixon, puis de Reagan et candidat à la primaire.

Mais l’aspect le plus original du livre concerne la stratégie de communication du candidat Trump, qui s’est formatée sur la technologie de son époque et se trouve en adéquation avec l’air du temps. Trump parle comme il twitte. Et il a basé sa campagne sur ce réseau « antisocial », où l’insulte est banalisée, le vocabulaire, basique et la diffusion, immédiate, réflexe, reptilienne, brutale.

Ce positionnement est d’autant plus intéressant que la campagne d’Hillary Clinton est, elle, basée sur le ciblage des électeurs, grâce aux données, au Big Data. Pour la candidate démocrate, aussi, le discours est en phase avec la technologie. Hillary parle en connaissance de cause, en nuances, avec une vocabulaire plus riche qui fait appel à la raison, et s’appuie sur des données réelles.

Bussard et Mottaz pointent enfin que ce candidat a fait campagne sur le déclin de l’Amérique et l’abandon du peuple en se présentant comme l’homme à poigne, seul capable de redresser le pays et de redonner leur fierté aux Américains. Admirateur de Poutine, voire de Mussolini, Trump est-il fascisant?, s’interrogent les auteurs.

Ce rejet de l’establishment, l’affirmation d’une souveraineté protectionniste dans un monde interconnecté, un racisme assumé, ne sont pas une particularité trumpiste. L’Europe aussi est travaillée par cet air du temps, qui ressemble, écrivent les auteurs, à l’Allemagne de Weimar. On connaît la suite.

"#Trump, De la démagogie en Amérique", par Stéphane Bussard et Philippe Mottaz, Editions Slatkine, sept 2016, 222 pages.

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25/04/2016

Quelques minutes de futilité

téléchargement.jpgAh les coulisses de la politique! On aimerait y être et tout entendre, savoir ce qui dirige les choix, comment nait un projet de loi, quelles confrontations se préparent. D'Anna Cabana, journaliste politique au Point et habile portraitiste, on pouvait s'attendre à un livre qui serait du Philippe Meyer dans la ciselure du portrait et du Christophe Barbier, dans la pertinence de l'analyse. Las. La promesse de quelques minutes de vérité -le titre de l'ouvrage- est vite déçue.

 

On assiste aux aventures banales d'une journaliste qui rate son enregistrement lors d'un entretien, qui se fait virer par un interlocuteur à qui elle pose les questions qui fâchent, qui renonce à écrire un chapitre (non sans tartiner des mots vides sur l'épisode) pour ne pas trahir la confession trop lourde d'un sujet. La journaliste se montre aussi satisfaite et quelque peu impressionnée d'être quelques minutes avec ceux qui font l'actualité: l'éditeur n'a d'ailleurs pas trouvé mieux pour le bandeau de promo: une liste de noms pour allécher le lecteur.

Qu'apprend-t-on de plus? Que Fabius a eu une relation avec Carla Bruni avant Sarkozy, que Vincent Peillon fait un complexe de supériorité, que Villepin ne bande pas comme Sarkozy derrière un pupitre de meeting, que Xavier Bertrand revendique d'être un plouc, que Jean-Louis Debré a de la sympathie pour Hollande et que beaucoup de politiques ont de la haine pour leurs pairs. La belle affaire. Au bout de quelques minutes de lecture (une heure à peine pour arriver à la dernière page), on se dit qu'on aurait pu se passer de ces quelques minutes de futilité. 

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19/04/2016

Géopolitiquement incorrect

Le terrorisme en Europe n'est pas une fatalité. Dans un livre très documenté et plein de révélations, Jacques Baud - qui est aussi l'auteur d'une encyclopédie du renseignement et des services secrets - dénonce sans détour la responsabilité des gouvernements occidentaux dans la vague d'attentats djihadistes qui ont frappé les Etats-Unis et l'Europe. Les djihadistes n'en veulent pas à ce que nous sommes, contrairement à ce que déclare le premier ministre français Manuel Valls. Ils «résistent» dans une guerre asymétrique aux interventions militaires des puissances qui tuent de façon illégitime et illégale des musulmans. Voilà pour la thèse principale du livre. Mais cette étude, pleine de renvois de bas de page et de QR code d'interviews vidéos des acteurs et de renvois à des sites officiels, nous livre bien d'autres «secrets».

Bouleversement programmé et mensonges

Dans les premières pages, l'analyste révèle que le bouleversement du Moyen-Orient avait été programmé par Washington. Sept pays sont cités, dont trois ont voulu remettre en cause le règlement en pétrodollars de leur or noir. Jacques Baud y voit un des facteurs de conflit en défense des intérêts américains pour trois pays, dont l'Irak et la Libye. L'auteur cite ensuite plusieurs mensonges de Washington (dont celui des armes de destruction massive) pour entraîner ses alliés dans la guerre.

Mauvaise traduction

Sur l'Iran, Jacques Baud est persuadé que les Occidentaux auraient pu s'en faire des alliés, comme ils le furent après les attentats du 11 septembre et la guerre d'Afghanistan. Mais c'était sans compter avec l'administration Bush qui inscrivit l'Iran dans les pays de l'Axe du mal, et se faisant, donnait l'avantage aux durs du régime sur les réformateurs alors en place. Il ajoute que l'Iran n'a jamais voulu «rayer Israël de la carte», comme cela a été régulièrement répété. La traduction juste selon lui des mots de Khomeiny cité par Ahmadinejab était «le régime qui occupe Jérusalem doit être effacé de la page du temps». Bien sûr, le pouvoir iranien est antisioniste, mais il s'agissait en l'occurrence d'une mise en cause du gouvernement d'Israël, pas de l'existence du pays.

Péché originel

Jacques Baud revient aussi sur le «péché originel» de l'Occident au Moyen-Orient, à savoir, la guerre du Koweït. Pour l'auteur, Bagdad avait quelques raisons d'en vouloir au Koweït qui en dépassant de 40% sa production de pétrole, puisé dans des champs pétrolifères communs avec l'Irak, empêchait ce pays de rembourser sa dette à son voisin et ancienne province. Pour justifier une intervention internationale, au-delà du fait que l'Irak s'attaquait à un pays souverain, les mensonges n'ont pas manqué. Le plus mémorable est la mise à sac d'une maternité, totalement scénarisée avec comme témoin une jeune fille, Nayrah, dont on apprit par la suite qu'elle était la fille de l'ambassadeur du Koweït aux Etats-Unis et qu'elle n'était pas au Koweït à la date invoquée...

L'organisation d'Al Qaida, un fantôme

Pour démontrer que les frappes occidentales déclenchent et ne font que multiplier les candidats terroristes, Jacques Baud remonte aux missiles envoyés sur l'Afghanistan et le Soudan en 1998 par l'administration Clinton. Sur la base de renseignements douteux concernant des installations terroristes, les missiles Tomawak tuaient des dizaines de milliers de civils. Jacques Baud souligne que les attentats du 11 septembre, ne sont pas «tombés du ciel», mais affirme-t-il, étaient une réponse aux missiles de croisière de 1998 (ce que l'on a appris depuis, précise-t-il). Il raconte ensuite les occasions offertes par les Afghans d'arrêter Ben Laden, auxquelles Washington ne donnera pas suite, et l'absence à ce jour d'implication directe de Ben Laden dans ces attentats. L'auteur souligne plus loin qu'Al Qaida n'est pas l'organisation structurée que l'on décrit habituellement. Ce que les documents et lettres de Ben Laden collectés à Abbottabab démontreront, l'émir apparaissant déconnecté d'actions de groupes se revendiquant d'Al Qaida, qu'il condamnait parfois.

Le mensonge de BHL

Concernant la Libye, Jacques souligne également une falsification largement médiatisée par Bernard-Henri Levy (BHL), justifiant l'intervention en Libye. Selon l'analyste suisse et des déclarations de l'opposant Abdul Jalil, le massacre de février à Benghazi n'était pas le fait des forces de Kadhafi mais de mercenaires islamistes, alliés aux groupes soutenus par l'Occident.

Des modérés en Syrie?

Jacques Baud s'intéresse ensuite à la Syrie, où les manifestations d'un «printemps syrien», n'ont pas été «pacifiques au début», comme l'affirment les opposants exilés. Il cite plusieurs témoignages en appui avec comme toujours renvoi sur des documents filmés ou des rapports en bas de page. Il met aussi en cause son caractère spontané, soulignant le fait que les puissances sunnites de la région ont poussé aux révolutions arabes, après le bouleversement stratégique que fut le passage de l'Irak aux mains des chiites, suite à l'intervention américaine. Sans cependant dédouaner Bachar de ses crimes. Concernant l'utilisation de chlore par le régime, elle n'aurait pas été confirmée par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques qui a, en revanche, documenté l'usage de gaz moutarde par des groupes rebelles.

Il moque aussi la distinction théorique faite par les Occidentaux entre des groupes dits «modérés» et ceux islamistes radicaux de Syrie. Pure fiction. Il qualifie l'intervention occidentale d'illégale et sans vue stratégique, au contraire de l'intervention russe, légale (à la demande de Damas) et dont la portée stratégique est claire. L'ex-agent suisse doute enfin de la responsabilité syrienne dans l'assassinat du leader chrétien libanais Rafic Hariri et note que la conséquence de l'intervention occidentale fut d'abord l'abandon des chrétiens de Syrie, protégés par le régime d'Assad.

Opérations de dissuasion

A propos de Daech, l'analyse de Jacques Baud est là aussi intéressante: il pense que les méthodes de l'Etat islamique ont plus à voir avec «l'apport» des djihadistes de l'Emirat du Caucase (Tchétchénie et Daguestan) qu'à la participation d'anciens officiers de l'armée irakienne.

Enfin, pour les attentats de janvier et novembre à Paris, il les inscrit, à contrario de «la rhétorique officielle et de nombreux experts» comme des attentats ayant toutes les caractéristiques des «opérations de dissuasion, qui ont pour objectif déclaré de former les régimes (faibles) à stopper leur frappe» et à les pousser à une répression qui suscite les «vocations» de nouveaux combattants. Selon lui, l'objectif des djihadistes est bel et bien le retrait des Occidentaux du Moyen-Orient et non l'islamisation de l'autre côté de la Méditerranée, plus sûrement réalisée, mais pas nécessairement voulue, par une immigration musulmane.

Djihad ouvert et islamisation de la radicalité

Enfin, dans la polémique «radicalisation de l'islam» (Gilles Kepel) et islamisation de la radicalité (Olivier Roy), Jacques Baud penche pour le second (la religion n'étant à ses yeux «que l'équivalent d'un système d'exploitation informatique»). Il cite à l'appui de cette thèse l'étude du Dr Marc Sageman, sociologue, psychiatre et ex de la CIA qui a étudié 500 cas de djihadistes pour arriver à cette conclusion. Il indique en fin d'ouvrage que les djihadistes «autonomes» sont le fruit d'une source doctrinale et non d'une irruption de folie: celle du «djihad ouvert», théorisé par Al Qaida dans la péninsule arabique (AQPA), une des «franchises» qui n'a jamais reçu l'approbation de Ben Laden. Cette doctrine est clairement celle d'une guerre assymétrique de résistance, indique Jacques Baud.

Erreur stratégique

De ce constat, l'auteur de «Terrorisme, mensonges politiques et stratégies fatales de l'Occident», tire la conclusion que les insuffisances d'analyse et de renseignements de nos gouvernements, le suivisme européen de la politique américaine à l'égard d'Israël et des pays arabes, les mensonges et manipulations justifiant les interventions armées, ont conduit «nonens volens» à alimenter le terrorisme et non à le réduire, à faire reculer les libertés démocratiques dans nos pays, dans une fuite en avant vertigineuse depuis trente ans.

Critique, radical, documenté, ce livre fournit une riche matière pour réfléchir sur la politique étrangère occidentale au Moyen-Orient et s'en faire une opinion.

«Terrorisme, mensonges politiques et stratégies fatales de l'Occident» par Jacques Baud, Editions du Rocher, 422 pages, avril 2016 (TDG)

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03/12/2015

Genève, ville d'espions

Ce qui se passe à Genève intéresse le monde secret des espions. C’est ici que l’agent Edward Snowden a écouté sur le toit de la mission américaine, à quelques encablures du Palais des Nations, le murmure diplomatique du monde, probablement pour le compte du F6, une agence hybride de la fameuse CIA et de l’indiscrète NSA. Ici encore que deux hôtels abritant les négociations sur le nucléaire iranien ont été espionnés électroniquement, cette année.

Dans le passé aussi, cette ville internationale d’une Suisse neutre était le lieu où chaque service d’espionnage pouvait collecter du renseignement par tous les moyens. Au bord du Léman se côtoient en effet des représentants de tous les pays du monde, les humanitaires des plus grosses agences des Nations Unies et d'ONG qui savent tout des terrains de conflit.

Durant les deux guerres mondiales, la guerre froide, les années de décolonisation et les révolutions islamiques, Genève a été le théâtre de confrontations feutrées mais aussi d’assassinats.

Des pianos rouges soviétiques à la taupe du Centre islamique, des fléchettes de la Main rouge aux tueurs des ayatollahs iraniens passant par l’affaire Barschel, trois quarts de siècle d’histoire secrète à Genève en cinq volets à l’encre visible.

A voir et lire sur:

Genève, ville d'espions, le webdoc

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01/12/2015

Poutine: faites ce que je dis, pas ce que je fais

Deux principes sont régulièrement mis en avant par la diplomatie russe: la politique de non intervention dans la politique intérieur d'un pays et l'inefficacité et l'inanité des politiques de sanctions contre des Etats. Vladimir Poutine condamne et contrecarre sur cette base la volonté occidentale de faire partir Bachar el-Assad du pouvoir en Syrie. Admettons qu'il y a là, une cohérence, Damas  ayant demandé le soutien à son allié (parrain) russe.

Mais quand Moscou envoie ses volontaires et arme des factieux dans une région d'un pays voisin, il y a d'évidence ingérence extérieure dans la politique intérieure d'un pays souverain. Après l'annexion de la Crimée, des sanctions internationales des Etats-Unis et de l'Europe ont été prises contre la Russie. Efficaces ou pas, elles ont été qualifiées d'injustes et d'inutiles par Moscou. Cela n'a pas empêché le président russe de prendre récemment des sanctions économiques contre la Turquie après que la chasse turque ait abattu un bombardier russe.

Les sanctions prises sur les échanges commerciaux mais aussi contre des personnes (comme l'a fait l'Europe vis à vis du pouvoir et de l'économie russe) puisque les autorités ont empêché l'entrée sur le territoire russe de businessmen turcs, sont tombées tout de suite. Le Kremlin a aussi invité les Russes à bouder la très prisée destination touristique turque. Bref, pour Vladimir Poutine, c'est "faites ce que je dis pas ce que fais", reprochant ingérence et sanctions aux autres et usant des deux procédés dans la foulée.

L'habillage de politique extérieure russe ne vaut pas mieux que celle des Etats-Unis prétextant en autres la défense des valeurs pour garantir l'approvisionnement en pétrole de son économie. La vérité est que les pays ont la politique extérieure de leurs intérêts nationaux. Alors, inutile de traiter de russophobes ou d'américanophobes, ceux qui pointent les contradictions des discours alibis avec la politique des Etats. La vérité est toujours nue et les faits parlent d'eux-mêmes.

                

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29/11/2015

Pauvre Michel Onfray qui sème le vent

Les philosophes, il vaut mieux qu'ils parlent philosophie. Dans ce domaine, Michel Onfray est brillant! Cultivé, redonnant une visibilité aux pensées héraclitéennes et hédonistes, démontant les montages freudiens, le penseur a acquis une notoriété méritée. Nombre de ses livres valent la peine d'être lus, du Manuel d'antiphilosophie à Cosmos.

Je n'aime pas les curées médiatiques. Mais comme dirait Onfray à propos des attentats de Paris, "qui sème le vent, récolte la tempête". Et du vent, il en a fait sur un sujet qu'il ne maîtrise apparemment pas aussi bien que la pensée nietzschéenne. Pas question ici de lui faire un de ces procès imbéciles de complicité avec Daech ou avant cela d'islamophobie...

Michel Onfray pense en athée. Mais il a lu les livres saints. Pour autant, que sait-il de l'islam et du monde arabe? Il affirme ainsi à la suite de Samuel Huntington qu'une guerre de civilisation oppose le monde occidental à l'Oumma, qu'il voit comme unie et déterminée (puisque des hommes sont prêts à mourrir pour elle). Sauf que l'Oumma n'existe pas autrement qu'en tant qu'utopie, voire de projet prophétique. Il suffit de lire les journaux pour voir que dans le monde musulman, qu'il soit arabe, perse ou asiatique, la religion n'est pas un facteur fédérateur à l'international mais juste un ciment national. Des musulmans, tout musulmans de l'Oumma qu'ils soient, se font la guerre partout et depuis longtemps. Comme des pays chrétiens l'ont fait.

En France, il n'y a pas d'islam français car chaque mosquée a son parrain, marocain, algérien, saoudien, qatari, inspirée de Frères musulmans égyptiens ou du Tabligh pakistanais. Et chacun n'a que méfiance et mépris pour l'autre. Les Habachis syriens ou libanais détestent les wahhabites saoudiens. Les Marocains se méfient des Algériens. Et les salafistes du Sahel n'ont que mépris pour les tombes des sages soufis du Mali. Bref, l'Oumma n'existe pas plus que l'alliance chrétienne.

La force de Daech serait de mobiliser des hommes prêts à mourir. Tandis que sous nos latitudes occidentales, personne ne serait prêt se faire tuer pour ses valeurs. Mais que fait Michel Onfray de ces jeunes, car ils sont jeunes, policiers et militaires qui risquent leurs vies au Mali ou à Paris. Que fait-il du nombre de jeunes encore, qui font la queue pour s'engager et défendre leur pays au nom de "valeurs" comme ils le disent souvent? L'argument est fallacieux.

Des images de Michel Onfray a eu le malheur d'apparaître dans un clip de Daech. Ses propos sur notre colonialisme guerrier ne sont pas tous infondés. Faut-il l'en blâmer? Non. Mais quand il argumente à côté, on est triste pour le philosophe.

    

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13/11/2015

Le discours viral de l'extrême droite

Dans le cadre de sa campagne des régionales en région Nord-Pas de Calais-Picardie, la cheffe du Front national, candidate dans cette région, a parlé d' "éradiquer la migration microbienne". Sur la fréquence nordique de Radio France, Marine Le Pen a fait semblant de se justifier sur le fond en évoquant une étude épidémiologique de l'Institut national de veille sanitaire.

 

L'auteur de l'étude en question a réfuté par la suite l'interprétation "sortie de son contexte" et l'utilisation idéologique (qu'elle ne partage pas) de son étude. Mais peu importe pour la leader du FN, car cette justification a posteriori n'est pas si importante que cela. L'important pour elle, c'est le vocabulaire, les mots choisis. Or, un des invariants de l'extrême droite est l'utilisation du vocabulaire médical et de références à des maladies du corps social.

 

Louis-Ferdinand Céline parlait des juifs comme des "microbes sociaux" dans ses pamphlets antisémites. L'extrême droite a toujours utilisé la peur de la maladie apportée par l'Autre et l'image idéalisée du corps sain (de l'Aryen, du blanc, du fasciste etc) dans ses discours. Dans les années Sida, les métaphores n'ont pas manqué à l'extrême droite de l'échiquier politique.

 

Lors de cette crise migratoire, qui n'est pas lieu de nier ici, les sites d'extrême droite s'excitent sur la drépanocytose, qui assimile une maladie aux migrants. Les décodeurs du Monde lui consacraient d'ailleurs une chronique. La contagion des immigrés, brandie par l’extrême droite dans un nombre croissant de discours vient aussi nourrir leur théorie du remplacement des populations "autochtones" par des "étrangers". On retrouve la mention de cette maladie sur de nombreux sites et commentaires ou messages sur les réseaux sociaux. 

 

La vision biologique de la société est partagée par l'extrême droite au travers de différentes périodes de l'histoire contemporaine. Le fantasme du corps sain et de la maladie invasive n'est pas prêt de disparaître du discours de l'ultradroite. C'est dans ses gênes. 

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05/11/2015

René Girard, philosophe du rituel et du désir

Le penseur français René Girard est mort. Celui qu'on appelle le Darwin des sciences-humaines passe pour n'être qu'un philosophe chrétien. Erreur, il est beaucoup plus que cela. C'est d'abord un penseur de la religion comme ritualisation et abstraction des violences humaines afin de rendre la vie en société plus paisible. Sa théorie du bouc émissaire n'est pas une croyance, elle explique comme les hommes ont inventé le sacrifice du Christ en croix pour éviter le sacrifice des vivants, fussent-ils des agneaux.

Le philosophe qui aimait tant la littérature, y puisant ce que les essais ont du mal à cerner des émotions humains, a aussi développé une théorie du désir mimétique, qui fait de l'homme un être jaloux. Plus qu'un philosophe de la croyance ou de la soumission à Dieu, il est le penseur du rituel comme nécessité du vivre ensemble et du désir comme moteur de l'homme, quand l'Eglise a passé son temps à vouloir le brider.

 

Très connu et étudié dans les universités américaines, il n'a pas toujours été lu par les étudiants français berés au structuralisme et au marxisme. Il fut cependant reconnu puisqu'il entrait à l'Académie française, temple de la langue française, qu'il pratique merveilleusement bien à l'écrit.

 

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29/09/2015

Avez-vous vu "A l'Elysée, un temps de président"?

 Six mois durant, Yves Jeuland a tourné un documentaire sur la présidence de la République, diffusé lundi soir sur la chaîne française France 3. François Hollande y apparaît en animal à sang-froid face aux épreuves (les attentats, le Mali) et en président sympa avec ses collaborateurs. Mais le doc de Jeuland n'a pas comme personnage principal, ce président normal, qui subit "un temps de chien" plutôt qu'un "temps de président".

 

Au cœur de ce film se trouve un jeune communiquant Gaspard Gantzer, chargé de presse du Hollandisme qui est le vrai "héros du film". C'est le clown blanc du grand cirque de la communication à l'Elysée. L'auguste, ce serait le secrétaire général de l'Elysée, Jean-Pierre Jouyet, dont les mimiques incroyables viennent trahir l'agacement ou le contentement. Le premier dicte à des journalistes porte-crayon ce qu'il faut retenir d'un Conseil des ministres ou de la composition d'un nouveau gouvernement. Le second est le porte-plume du président à la recherche du mot pour un discours à Jean d'Ormesson à qui sera remis la Grand croix de la Légion d’honneur. Avec pour les scènes de coupe sous les lambris dorés et les petites gens qui attendent, conduisent, font le ménage, une musique qui pourrait être celle d'une piste aux étoiles ou d'un film de Tati.

 

La présidence, en mal de récit d'un quinquennat mal commencé et d'un libéral-socialisme qui n'est assumé que par Emmanuel Macron, communique. Vœux de fin d'année: discussion sans fin sur le décor, le cadre, le bureau, d'un aréopage de conseillers en image. Effarant. Dans ce palais où les grandes portes ouvertes par des huissiers font passer des ombres, l'image avale toute la lumière. Quelques dialogues pourtant disent une part de vérité. "L'acte d'autorité, c'est Valls qui le récupère", souligne un conseiller du Château inquiet. Pointe de jalousie de l'inspecteur des finances Jouyet qui a su se vendre à Sarkozy avant de revenir à son copain Hollande, au téléphone avec Macron: "C'est toi le maître maintenant". Leçon à la bonne élève Fleur Pélerin, tout juste nommée au Ministère de la culture. "Il faut que tu ailles au spectacle tous les soirs et que tu dises que c'est bien". "Va voir Lang et surtout sa femme Monique". On a pitié d'elle qui ne bronche pas à ce conseil primaire et à un second ramenant la jeune ministre au glorieux ministère Lang.

 

On ne voit pas vraiment ce qu'une présidence implique de décision dans ce documentaire. Est-ce parce que les portes se ferment aux caméras quand il s'agit de décider ou parce que Hollande, comme Mitterrand; laisse les choses dérouler leur logique et les conseillers dérouler leurs arguments sans vraiment décider. Quand Mitterrand le Florentin tranchait, Hollande fait la synthèse.

 

Deux moments forts de ce quinquennat sortent de ce film: l'invitation à ces dizaines de chefs d’Etat qui défilèrent ensemble après l'attentat de Charlie, la décision presque intuitive du président d'engager les troupes françaises pour stopper les djihadistes au Mali, "le moment le plus fort, jusqu'ici" de ma présidence, dira Hollande.

 

Le temps du président est compté. Ce documentaire en montre les aléas, le vide parfois, rarement la réussite. Le bilan devra être tiré en 2017, répète Hollande. Il sera alors temps de confronter la communication au bilan.

 

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28/09/2015

Signez la charte, messieurs les Saoudiens

Un Etat qui n'a pas signé la charte des droits de l'homme peut-il siéger au Conseil qui les défend? La question se pose alors que l'Arabie saoudite vient d'obtenir la présidence d'une commission consultative au Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève. Le royaume wahhabite est en effet un des rares pays au monde à ne pas avoir signé le texte de 1948. Le représentant du seul pays au monde qui a pris le nom de la famille régnante a été préféré par le groupe Asie Pacifique au représentant du Chili. Cette élection en dit long sur les tractations qui se déroulent en coulisses dans cette institution internationale. 

La commission présidée par un Saoudien est celle qui décide de la nomination des commissions d'enquête placée sous l'autorité du Haut-Commissaire aux droits de l'homme. Ces commissions bénéficient ainsi de moyens pour enquêter sur les violations. On voit ainsi la place stratégique que l'Arabie saoudite occupe désormais. 

Peut-on se satisfaire de cette situation? Il n'y a visiblement pas dans les statuts du Conseil d'obligation d'avoir signé la charte des droits de l'homme pour siéger. Aberrant. Il est clair désormais qu'il faut réformer le Conseil est faire de cette signature une condition pour entrer dans cette assemblée. Le Conseil des droits de l'homme permet en effet de focaliser l'attention internationale sur les crimes les plus graves d'atteinte aux droits. Et peut déboucher sur des inculpations à la Cour pénale internationale. Alors que le Conseil de sécurité est verrouillé par les veto des membres permanents, le Conseil des droits de l'homme n'est pas entravé par de telles procédures. 

 S'il est trop tard pour empêcher le ridicule de cette nomination, il est plus que temps de réformer l'institution pour que cela ne se reproduise pas. 

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18/09/2014

DPRK, exfiltration au pays du mensonge

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On n'attendait pas Alain Gardinier (qui présenta un temps le Top 50 à la télévision) dans ce registre du livre sérieux et hyperdocumenté. Erreur. Son premier roman qui se déroule en Corée du Nord est en effet bien plus qu'une aventure d'espionnage à lire l'été (ce que j'ai fait!). C'est une plongée passionnante dans le pays le plus fermé du monde. Sous le titre de DPRK, le nom officiel de la Corée du Nord, Gardinier lève le voile pour tous les lecteurs peu au fait de ce pays, sur ses principaux rouages... La police, l'armée, l'administration, le parti du travail y mettent sous surveillance de tous les instants une population sous influence permanente de la propagande du régime. Outre l'espion français de la DGSE envoyé pour exfiltrer un ingénieur de son pays retenu pour travailler sur le programme nucléaire nord-coréen, l'auteur campe le personnage d'un enquêteur principal du département "étranger" du ministère de protection de la sécurité de l'Etat. Il écrit: "Choe Sang-hun ne se nourrit plus d'illusions depuis longtemps: son pays est une supercherie. Gamin comme tous, il a vénéré le "Grand professeur de l'humanité toute entière, le dirigeant Kim Il-sung, et ne se lassait pas d'écouter à l'école l'histoire de la capitulation japonaise en août 1945 puis en 1953 la séparation de la Corée en deux entités, l'une communiste appuyée par les Russes, l'autre capitaliste par ces chiens d'Américains". Voilà pour la propagande dont le summum sera la formule "Dans nul autre pays que la Corée du nord, on ne mange à sa faim", alors qu'une famine terrible fit des centaines de milliers de morts dans les années 90. 

Passionnés d'horlogerie suisse, saviez-vous que les nord-coréens fabriquent des montres? Moi non. Pour faire plus vrai l'espion français porte ainsi une Moranbong, made in DPRK... Il entre dans le pays en se faisant passer pour un touriste (il y en a peu, très surveillés, dont quelques nostalgiques du stalinisme) avec un masque qui le fait passer pour un viel homme. La technique semble vraie... Alain Gardinier doit avoir ses entrées dans "les services". L'espion est donc d'origine coréenne et aime le doenjang jigae, la soupe traditionnelle de soja épicée. Il a appris enfant à craindre les Kyuch'aldae, ces unités de police mobile que tout Nord-Coréen évite tant qu'il le peut. 

Passionnés de cinéma, saviez-vous que la Corée du Nord dispose d'énormes studios. Car Kim Jong-il, le fils et dirigeant successeur de Kim Il-sung, était un passionné de 7e art, au point d'avoir accumulé une belle collection de bobines en 35 mm du monde entier, et d'avoir réalisé lui-même plusieurs long métrages, s'autoproclamant, un peu comme Godard, "génie du cinéma". Gardinier raconte d'ailleurs un épisode incroyable de l'histoire nord-coréenne. Quand le Grand leader a décidé d'enlever Shing Sane-Ok et Choi Eun-Hee, un réalisateur et une actrice sud-coréens qu'ils vénéraient. Ils les obligea à tourner des films à la gloire de leur bourreau. Puis un jour, sûr de leur loyauté, il les laissa se rendre  à un festival de cinéma à Vienne en Autriche. Les deux artistes réussirent à échapper à leur garde rapprochée et à rentrer ensuite en Corée du Sud. 

Passionnés de politique et d'économie, saviez-vous que le Juche, l'idéologie nord-coréenne a permis au pays de connaître une belle croissance au sortir de la guerre dans les années 60, alors que le Sud ne s'en sortait pas à la même époque? Depuis, au sud du 38e parallèle, c'est le boom économique, la liberté politique, sociale et sexuelle. Des vérités que les Kim cachent à leur population depuis lors.

Amateurs de polar, saviez-vous que les Kim ont fabriqué de faux yens pour faire leur courses à Tokyo? Gardinier l'écrit et on aurait tendance à le croire. Car, beaucoup d'autres choses qu'il raconte, sont à notre connaissance vraies. Tokyo où vécut d'ailleurs une petite communauté coréenne pro Pyongyang, constituée des Coréens enlevés par les Japonais lors de leur occupation de la Corée, qu'il évoque au passage.

L'auteur nous parle aussi du destin qui attend "les éléments hostiles" dans ce pays: direction le Kwan-li-so, un "centre de contrôle et de gestion" littéralement, mais qui est en fait un camp de concentration. Celui de Yodok, le numéro 15, est un des plus vastes et des pires. Il y a aussi les Kyo-hwa-so, des centres de rééducation dont on peut revenir, à l'inverse des précédents.

Il nous parle de Hanawon, le centre où passent tous les Coréens du Nord arrivant au sud, où pendant deux mois, ils apprennent à vivre comme des sud-coréens, à acheter de faux-produits dans de faux supermarchés ou à faire cuire quelque chose dans un micro-onde (le summum du luxe pour un Nord-Coréen qui ne peut rêver que de s'acheter un télé en partant travailler à l'étranger en se faisant voler plus de la moitié de son salaire).

Gardinier met aussi en scène un diplomate suisse qui mouille la chemise pour permettre à la mission de l'espion français de réussir, un type sympathique, les pieds sur terre, dont le rôle sera capital.

Vous serez comme moi, emportés par ce bon roman, véritable périple au travers de la Corée du Nord dont la carte figure d'ailleurs en ouverture de l'ouvrage. Et vous apprendrez aussi pleins d'autres choses, essentielles ou futiles, sur ce pays étrange et effrayant nommé DPRK. Ca va mieux en le disant, non?

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"DPRK" par Alain Gardinier, Editions Dahnis et Chloé, 288 pages, juin 2014.

21/04/2014

Guetta, oui, l'Europe, l'Europe, l'Europe!!! Malgré tout

Guetta, c'est d'abord une voix. Une voix de commentateur qui fait autorité sur le terrain géopolitique. Un chroniqueur de France Inter à l'analyse parfois inattendue dans le concert des discours bien mâchés et remâchés à l'Occidentale de la politique internationale. A quelques semaines des Européennes, Bernard Guetta fait entendre sa voix dans un livre. Une ode à l'Europe, fut-elle malade, avec la conviction qu'il n'y a d'autre horizon pour les pays européens que l'Europe elle-même. Cette "intime conviction", titre de l'ouvrage, Bernard Guetta se l'est forgée dans son histoire personnelle, celle d'un petit juif né dans une famille qui a connu la France occupée, mais surtout d'un journaliste qui aura suivi les dissidences et les révolutions d'Europe de l'Est jusqu'à la chute du mur de Berlin. Guetta était alors une voix dissonante dans le concert des commentateurs qui pensaient que rien ne pourrait faire tomber cet Empire soviétique qui écrasait l'homme déclaré "nouveau". Guetta pensait le contraire et, raconte-t-il, cela avait fait de lui un mouton noir aux yeux d'une rédaction-en-chef du Monde, dont beaucoup de membres étaient d'anciens correspondants à Moscou. Lui pensait qu'il y aurait un post-communisme, comme il pense aujourd'hui qu'il y aura un après démocratique en Russie, ou dans les pays qui ont fait le printemps arabe. Non par optimisme, mais parce que, d'expérience, le journaliste sait que quand des voix dissidentes s'élèvent, elles finissent par être entendues, à diffuser ce virus sans remède de la liberté. Voit-il trop loin? Peut-être, quand Poutine triomphe et que les révolutions arabes se terminent dans le chaos libyen ou syrien, l'ordre égyptien ou les hésitations tunisiennes. Certainement pas quand il fait le diagnostic de l'échec de l'islamisme politique (Iran et Turquie) et du djihadisme (Al Qaida, salafisme), ouvrant la voix à d'autres perspectives pour ces peuples, qui ont goûté à la liberté, qu'ils soient perse ou arabes. D'accord, mais l'Europe? Elle est désespérante reconnaît Guetta. Mais de quelle Europe parle-t-on? 

Ne parlez en tout cas pas de Bruxelles à Bernard Guetta. Bruxelles n'existe pas, car ce sont les gouvernements élus d'Europe qui font la politique que les mêmes critiquent parfois depuis leurs capitales respectives. Car si l'Europe ne ressemble pas à l'idéal fédéraliste du chroniqueur (il est assez piquant qu'il indique que la Suisse est le seul pays d'Europe à avoir réalisé un projet réellement fédéraliste, alors que la Suisse n'a plus de désir d'Europe), elle n'est pas non plus celle que les eurosceptiques décrivent. La politique européenne est aujourd'hui celles des gouvernements des nationimages.jpgs qui la compose. Ce qui lui manque, c'est une architecture politique et démocratique qui mette à sa tête les hommes que les peuples européens auront choisi. Ce qui semble lui compliquer la vie - la diversité de ses langues - est au contraire à ses yeux un formidable atout dans un monde mondialisé où l'Amérique du Sud et l'Afrique émergent. A condition d'enseigner à tous les jeunes Européens, l'Anglais et une autre langue d'Europe, pour en faire de vrais ambassadeurs dans le monde. A ce projet d'enseignement, Bernard Guetta voudrait une sainte alliance des universités pour faire poids face au monstre américain, la chaîne qui relit Harvard et Princeton. Il aimerait aussi un conseil européen qui ressemble au Sénat américain avec un représentant par Etat, quel que soit son poids démographique et un parlement qui ressemble à la chambre des représentants, avec un nombre de député proportionnel à celui du poids démographique des Etats. Tout le monde élu (à commencer par l'exécutif européen), puisque l'Europe est d'abord un projet démocratique, même si les Européens l'ont oublié.

Bien-sûr en réaliste, Bernard Guetta ne cache pas les manquements, les erreurs, les fautes même de cette Europe. Mais elle a résisté à une crise financière qui aurait pu la faire exploser, et a fini par réagir, un peu tard certes, et sans doute pas avec la bonne méthode, mais au moins elle a décidé en commun. Et demain, la faillite d'une banque ne sera plus payée par les citoyens... Mais il assure que ne pas continuer à construire l'Europe serait un suicide pour des peuples qui ne sont plus au centre du monde. Sur ce point, il a raison. Ca va mieux en le disant, non?

"Intime conviction" de Bernard Guetta, au Seuil, 195 pages, janvier 2014. 

26/02/2014

L'islamisme mondialisé des Frères musulmans

freres musulmans,égypte,tunisie,ramadan,gaza,ennhada,calilfat,antisémitisme,israël,confrérie,hassan al-banna,michael prazanDepuis 2011, ils font l'actualité des révolutions arabes. Ils sont arrivés au pouvoir en Egypte et en Tunisie après avoir pris le pouvoir à Gaza. Ils se battent en Syrie contre Bachar-el-Assad. Les Frères musulmans ont certes été délogés au Caire depuis. Et Ennahda a passé un compromis avec d'autres forces politiques à Tunis. Mais les Frères à leur apogée durant cette période avant de subir des revers sont incontestablement les acteurs majeurs du dernier printemps arabe. Qui sont-ils? Michaël Prazan a enquêté. Et les a rencontrés sur tous les terrains.

La Confrérie est née en 1928 à Ismaïlia, fondée par un enseignant Hassan el-Banna qui a recruté ses premiers disciples, une poignée, parmi les ouvriers exploités du Canal de Suez. En 1933, la société comprend 40 000 militants. La découverte d'el-Banna, c'est que "l'islam peut être un mode de vie" et que "l'éducation est le meilleur outil pour l'installer". En 1938, Hassan el-Banna crée  aussi "L'appareil secret", une milice djihadiste de 1000 à 2000 membres initiés aux techniques de combat. La structure des FM est calquée sur celles des partis fascistes européens de l'époque. L'une de ses devises est "Action, obéissance et silence" proche du "Croire, obéir et combattre" des fascistes italiens.

En 1936, la confrérie édite son programme en 50 points. Elle dessine les contours d'une théocratie gouvernée par la charia, un régime répressif contrôlé par une police des moeurs. Objectif ultime: la restauration du califat. En Egypte, durant la Deuxième Guerre Mondiale, les Frères se montrent favorables aux nazis et ils assassinent le premier ministre Admed Maher Pacha, parce qu'il avait déclaré la guerre aux forces de l'Axe, les alliés du IIIe Reich. Au sortir de la guerre, ils multiplient les attentats.  La Confrérie est dissoute et les Frères entrent en clandestinité. En février 1949, Hassan el Banna tombe sous les balles de la police secrète égyptienne. Et la confrérie se choisit une guidance plus orthodoxe, celle de Sayed Qutb, un théologien qui sent le souffre. 

Pour Gamal al-Banna, le frère du fondateur, rencontré par l'auteur, l'ambition politique de la Confrèrie naît à cette époque d'un pacte passé avec Nasser qui fut membre de la Confrérie. La moitié du conseil révolutionnaire des Officiers libres est ainsi constituée de Frères. Sayyid Qutb est la fois une des références souvent citée par les Frères, et la source d'inspiration d'Al Qaida. Un séjour au Etats-Unis et la naissance d'Israël en 1948 fondent chez lui une double haine des Américains et des juifs. Au début des années 50, il rédige un livre intitulé "A l'ombre du Coran".  Son thème principal: la charia, la loi islamique. Il qualifie l'Occident de jahilite (dans l'ignorance et la perdition) qu'il s'agit de sauver et de ramener dans la voie de l'islam. Il est très influencé par Abul Ala Mawdudi, qui vit aux Indes britanniques et sera le premier à souhaiter la création d'une avant-garde révolutionnaire qui doit pratiquer le djihad contre les régimes impurs pour établir l'Etat islamique.

Qutb légitime lui aussi le grand djihad offensif. En 1965, Qutb est arrêté et traduit devant un tribunal militaire pour complot contre l'Etat. En 1966, il est exécuté par pendaison sous Nasser. L'émotion est immense dans le monde musulman. Après Nasser, les Frères égyptiens firent alliance avec Sadate contre les communistes. Puis le vent tourna à nouveau et après la défaite de la guerre du Kippour, les Frères contestèrent le raïs par le biais de leurs organisations de jeunesse et la Gamma al-islamiya, qui s'installa dans toutes les universités. L'actuel bureau de la guidance est constitué de membres issu de cette période et des rangs de la Gamma al-islamiya. C'est aussi le cas du Dr Ayman al-Zawahiri, actuel leader l'Al Qaida.

Le fondateur méconnu d'Al Qaida, Avdullah Azzam était lui aussi un membre reconnu de la Confrérie. Il a d'ailleurs compté sur l'aide financière de la Confrérie avant de tomber sur  le fils d'un riche saoudien qui s'appelait Ben Laden. "Que les Frères musulmans aient engendré Al Qaida ne fait aucun doute", écrit même Michaël Prazan. Mais il ajoute que "leur stratégie est différente. La confrérie ne croit pas en une élite combattante qui fera basculer le monde".  

Dans les années 50, apparaît la figure de Saïd Ramadan. Le gendre de Hassan al-Banna arrive à Munich en 1958. Il se voit confier le projet de construction d'une mosquée imaginée par d'anciens nazis d'une SS musulmane soutenu par le Comité américain pour la libération. Car les minorités musulmanes d'URSS apparaissait comme une possible 5e colonne contre les communistes en pleine guerre froide. Ramadan est passé par la Jordanie pour développer la branche palestinienne de la Confrérie qui deviendra le Hamas. Il rencontrera le président Eisenhower en 1953 et repartira avec le pactole.En 1958, il soutient une thèse à l'université de Cologne sur la charia. Puis, il s'installe à Genève. Dans les années 2000, les Etats-Unis renoueront avec cette politique de soutien aux Frères. A Genève, on connaît aujourd'hui son fils Hani, tandis que Tariq qui n'est pas frériste, en serait "l'idiot utile", écrit Micheal Prazan.

Grâce à la mosquée de Münich qui ouvre en 1973, les Frères musulmans ont un pied en Europe et Genève va jouer un rôle important dans cette implantation. Ramadan crée le centre islamique de Genève en 1961. Il se lie d'amitié avec le banquier suisse nazi François Genaud,, financier des combattants palestiniens et du FLN algérien. En 1977, c'est à Lugano en Suisse, qu'une réunion se tient pour étendre le réseau des Frères dans le monde occidental. Youssef al-Qaradawi, le futur prédicateur d'Al Jazeera, y assiste. De nouveaux centres vont ensuite être ouverts en nombre aux Etats-Unis.

Jusqu'en 2010, la Confrérie est dirigée par Mohammed Medhi Akef, qui déclare diriger depuis Le Caire "l'islam  partout dans le monde". Khairat al-Sahter, richissime égyptien, lui succède et donne un tour plus politique à l'organisation. Sa candidature à la présidentielle égyptienne sera retoquée. Et il sera remplacé par Mohamed Morsi, bientôt élu. Non sans amertume.

Pour Michaël Prazan, la distinction des "islamologues bon teint" entre gentils Frères et méchants salafistes est simpliste. Les Frèers sont "des partisans de la méthode salafiste" et les Salafistes ont le même corpus doctrinal que la Confrérie", écrit-il. Les Frères ont une stratégie à long terme et n'épousent pas la stratégie de la violence quand les Salafistes font le contraire. Pour le journaliste,"les militants de base sont cependant des gens admirables. Ils reversent de 6  à 10% de leur salaire à la Confrérie et sont prêts à sacrifier famille et vie professionnelle à la cause.

Leurs institutions sociales et sanitaires sont richement dotées par les monarchies du Golfe et surtout par le Qatar. Car les Frères ont une triple identité religieuse, politique et caritative (le Secours islamique international IRW a été créé par des Frères). Dans ce domaine, ses membres ont souvent suppléé les carences de l'Etat. Parmi les administrateurs de l'IRW, certains sont en liens avec des djihadistes. Et a reçu des dons de Human concern, financée par l'Arabie Saoudite et la famille ben Laden. Le 15 septembre 2001, quatre jours après les attentats sur le sol américain, le ministère public de la Confédération ouvrait une enquête sur la filière de l'argent des attentats. Elle remonte à la banque al Taqwa. Ella été fondée par l'Egyptien Youssef Nada, un activiste de premier plan des Frères musulmans à Lugano en 1988. En 2005, après trois ans d'enquête, l'instruction finira par s'enliser et par aboutir à un non-lieu. 

Des liens encore plus étroits existent entre l'IRW et le Hamas. L'IRW finance notamment l'université de Gaza fondée par le cheikh Yassin. Ce qu'Israël a maintes fois dénoncé. Notamment quand des roquettes ont été tirées depuis cette université en 2008. Pour les Frères musulmans, Israël est la tête de proue de l'Occident dans le monde arabe. "La haine des juifs" est un puissant fédérateur de l'organisation, écrit l'auteur qui cite les prêches de Safwat Higazi, le prédicateur égyptien le plus médiatisé qui se déclarait en 2009 "antisémite".  

Ca va mieux en le disant, non?

"Frères musulmans, enquête sur la dernière idéologie totalitaire" par Michaël Prazan, Grasset, janvier 2014, 450 pages.

 

27/01/2014

Hollande, la politique de gribouille

1362711--jusqu-ici-tout-va-mal-de-cecile-950x0-1.jpgJusqu'ici tout va mal: tout est dit dans le titre. Le début de quinquennat de François Hollande a été émaillé de ratés, d'affaires et de mauvaises nouvelles. Dans son livre, Cécile Amar revient sur ces épisodes, depuis le tweet de Valérie Trierweiler intervenant dans la législative où sa rivale Ségolène se présentait jusqu'à la piteuse gestion de l'affaire Léonarda. Il manquait encore le soap-opéra en scooter et la rupture avec Valérie. Mais cela fait-il un livre? Pas de révélations, quelques off sans grand intérêt. Pourtant, Cecile Amar tenait un bon sujet.

Car on apprend quelque chose d'important dans son livre: le tournant annoncé lors de la dernière conférence de presse du président français était au programme de la candidature avortée de Jacques Delors. Dans ses mémoires, ce dernier écrit: "il fallait dresser un cadre pour un assainissement rapide des finances publiques (Etat et Sécurité sociale) et stimuler la baisse négociée des charges sociales, et donc un allègement du coût du travail en contrepartie de la création d'emplois et du développement de la formation professionnelle ouverte aux chômeurs, aux jeunes sortant de l'école sans employabilité suffisante et aux travailleurs menacés par les mutations nécessaires de nos structures économiques." Delors pensait que le PS n'accepterait jamais ce programme. C'est le déloriste Hollande qui le met en pratique aujourd'hui. Mais apprend-t-on aussi dans le livre de Cécile Amar, François Hollande qui partage avec Nicolas Sarkozy la certitude d'être le meilleur et de ne rien devoir à personne, n'a jamais payé sa dette à Delors qu'il ignore. Il l'a utilisé comme tremplin, sans jamais le remercier de l'avoir aidé à monter. Ce traitement inélégant tient-il de la haine recuite d'Hollande pour la fille, Martine Aubry?

La charge présidentielle isole. Hollande décide seul, se recroqueville à l'Elysée, écrit Cécile Amar. Et le grand mou pique de plus en plus de colère contre ministres et collaborateurs. Car l'image de Hollande ne correspond pas sur ce point à la réalité. Le mensonge de son ministre Cahuzac sur ses comptes en Suisse ne fera que le conforter dans l'idée qu'il ne peut faire confiance à personne. Seul. Il décide et s'énerve de ce que les autres font. Un président de la Ve encore plus monarchique qu'à l'habitude, se méfiant de sa cour. En revanche, le mi-chèvre mi-chou de ses décisions est largement illustré par le mauvais scénario du début de mandat. Léonarda, accueillie mais sans sa famille, et le prisonnier gracié à moitié, El Shennawy  étant les meilleurs exemples de cette politique de gribouille. Il n'est pas frontal, dit de lui son premier ministre Jean-Marc Ayrault. Fuyant?

Hollande est persuadé que le mariage pour tous de son quinquenat restera dans l'histoire. Il fait remarquer que partout, la crise a mis le peuple dans la rue en Europe. Sauf en France. De quoi se satisfaire? Il donne rendez-vous à la fin de son mandat pour son bilan, répète que la courbe du chômage va s'inverser mais repousse l'échéance.

Tout cela est dans le livre. Son auteur ne brille pas par son style. On aurait aimé que Raphaelle Bacquet ou Florence Aubenas s'emparent du sujet. C'eut été autre chose. Ce qui est drôle d'ailleurs, c'est que le passage le plus et le mieux écrit est signé.... François Hollande. Quand il écrivit sous le nom de Caton uine partie du livre consacrée à Delors et Rocard. Extrait: Delors, c'est un être retenu à force d'être réservé, un faut doux, un gentil qui titille et peut devenir méchant. Il a l'orgueil de ceux qui n'ont pas toujours été reconnus à leur juste valeur. Il se réfugie dans les idées, les nuages d'où un Dieu quelconque viendrait le décrocher". C'est autrement plus imagé et enlevé que le style de Cécile Amar. Ca va mieux en le disant, non?

"Jusqu'ici tout va mal" par Cécile Amar, chez Grasset, janvier 2014, 281 pages.