31/05/2011

Les clés du monde arabe

guidere.jpg

Précises, argumentées, documentées, les synthèses de Mathieu Guidère, ancien professeur de veille stratégique à l'université de Genève, sur la situation des vingt-deux pays de la Ligue arabe, donnent des clés pour comprendre le printemps arabe. A propos, une précision: ce terme de printemps ne fait pas partie de l'imaginaire bédouin qui ne connaît que deux saisons, l'été et l'hiver. C'est ce décalage, parfois abyssal, entre une approche occidentale et la réalité arabe dont Mathieu Guidère fait son miel. Agrégé d'arabe, professeur d'islamologie, ancien directeur de recherche à l'école militaire Saint-Cyr, il multiplie les approches historiques et linguistiques afin de caractériser la diversité arabe, et donner pour chaque pays, une clé d'entrée. En nous mettant en garde contre des visions trop occidento-centristes des mouvements qui agitent ces sociétés. "Toutes les tentatives de démocratisation forcée et/ou soutenues par le Nord ont échoué, conduisant au renforcement du communautarisme et/ou de l'islamisme. En ces premiers mois de 2011, le peuples arabes se retrouvent confrontés, une fois l'euphorie passée, à la dure réalité des rapports de forces habituels", écrit-il en fin d'ouvrage. 

Parmi les thèses peu visitées du livre, on apprend que la révolution 2.0, celle qui s'est propagée sur internet et les réseaux sociaux, a largement été le fait de jeunes islamistes et non des seuls représentants d'une jeunesse occidentalisée et pro-démocratique. Il ajoute que trois forces travaillent les sociétés arabes: l'armée, la tribu et la mosquée. "Ces trois lieux de pouvoir et d'expression d'allégeance, représentent aujourd'hui les forces réelles et agissantes au Maghreb comme au Machrek", écrit-il. Suivent des explications très convaincantes. On trouve d'ailleurs à la fin du livre, un courageux exercice de prospective pour quelques-uns des pays actuellement en proie à des contestations. L'essentiel des pages est cependant consacré  au présent et au passé des pays arabes, à chaque fois chapitrés avec la clé qui fait leur spécificité: la clé militaire pour l'Algérie et l'Egypte, tribale pour la Libye ou le Yémen, wahhabite pour l'Arabie saoudite, oligarchique pour les Emirats, ethno-religieuse pour l'Irak, chiite pour le Liban, soufie pour le Soudan etc. 

A ranger parmi les usuels en bibliothèque, car il s'agit d'un tour d'horizon, à la fois clair et précis... Ca va mieux en le disant, non?

 "Le choc des révolutions arabes" par Mathieu Guidère, éditions Autrement, 210 pages, 2011.

Commentaires

Et si tout avait été programmé ? Et si le futur s'était noyé dans ce monde de nouvelles technologies, et si ces révolutions n'avait absolument rien changé d'autre que le décor, que les milliards attribués hier par le G8 allaient rejoindre ceux pillés par les "ex"-dictateurs, sur le mêmes comptes à numéros, et si tout ce remue-ménage n'était rien d'autre que la continuité de ce qui a déjà anéanti depuis l'avènement du pétrole le monde arabe ?

Écrit par : Corto | 01/06/2011

Je ne suis pas d'accord: jusqu'ici les pays arabes qui ont fait leur révolution n'ont pas de pétrole justement! Et les ex-dictateurs sont tous poursuivis et seront jugés. Je viens de terminer le livre du professeur Guidère et je dois remercier M. Olivier Bot de me l'avoir fait découvrir, car il permet vraiment de comprendre les enjeux et les clés au-delà des analyses habituelles sur le pétrole. Le professeur Guidère explique très bien l'état des forces dans chaque pays arabe et les dynamiques internes qui font que ça marche ou pas aujourd'hui. Il faut arrêter de répéter les idées anciennes et lire des experts qui s'y connaissent pour ne pas se tromper comme on l'a fait jusqu'ici. Je suis d'accord pour qu'on soutienne ces pays qui se révoltent contre la dictature et qui veulent un avenir meilleur, on pourra enfin vivre tranquillement chez nous comme chez eux.

Écrit par : Trébaud | 04/06/2011

Prenons du recul et faisons état des résultats des mouvements démocratiques dans les pays arabes et dans quelques pays musulmans pour commencer
-Afghanistan : une démocratie édictée par les E.U et un gouvernement installé presque à vie avec les mêmes tètes devenus politiquement immortelles dans un seul but celui de contrer les talibans et les islamistes
-Pakistan : une démocratie aussi façonnée par les USA et un premier ministre issu des urnes aux yeux du monde dans un seul but est celui d’écarté l’ex 1er ministre qui est devenu trop demandeur de pognon, il a joué sur les deux fronts, protecteurs des cadres d’al Qaida et allier des américains contre les talibans et les islamistes en plus il est devenu menacent pour les indiens par ses défenses atomiques en augmentant le risque de déstabiliser la région jusqu’à présent contrôlée par les Yankis
-Tunisie : une démocratie de règlement de compte, installée par des militaires pour écarter Ben Ali qui est devenu une marionnette entre les mains de sa femme et de la famille de sa femme. Elles se sont auto-déclarées propriétaires des biens de la Tunisie au détriment de tout le monde même leurs soutenants, tous les tunisiens sont leur sujet
Un mouvement de liberté est apparu pour donner espoir au peuple tunisien mais malheureusement, ça n’a pas duré, il s’est vite dissipé par des affrontements d’opinion entre manifestants et autorités et la répression a refait surface
-L’Egypte : le seul pays qui a compris le jeu et il s’est auto-démocratisé en introduisant les frères musulmans dans le système et en apportant plus de réformes qui correspondent à la maturité culturelle des égyptiens, l’arrestation du clan Moubarak en est la preuve
Leur intervention dans la réconciliation des frères ennemis palestiniens, la réouverture de Rafah, leurs attachements au précédent engagement de paix avec Israël et leur recherche de reprise économique donnent plus de signes positifs
Les prochaines élections définissent plus claire leur tendance démocratique .en tous cas le jeu et l’invention restent nationaux
-les présidents Kadhafi, Al Asad et Soueleh faussent le pas de la démocratisation dans leurs pays et les citoyens payent les pots cassés au prix de leur vie et de leur survie
-le Maroc : A un roi, une classe politique, une jeunesse et des radicaux
*le roi a comme ambition, est de voir son pays à l’image du statut avancé que l’Europe lui a accordé, de devenir membre entier dans le CCG, le partenaire commercial des USA et une ouverture sur le monde, son stage à Bruxelles en est pour quelque chose
Pour cela il n’arrête pas d’investir dans les infrastructures et de moderniser les régions, il a même proposé des réformes constitutionnelles bien avant sa classe politique
Queleques reproches d’ordre économiques qui serait vite corrigées vu la tendance de ce souverain et son amour pour son pays
*la classe politique qui commence à vieillir mais ne veut pas lâcher prise au nom de ce qu’elle a fait dans le passé, elle s’est installée dans la cave des quarante voleurs (partis et syndicats) et ne veut pas donner le code d’ouverture de cette cave à Ali Baba
Quelques partis politiques ont présenté un programme de réformes et espèrent que le referendum sera de leur coté
*la jeunesse a commencé un mouvement du 20/2 qui est apparu comme l’étincelle trop attendue pour déclencher les réformes
Seulement le manque d’expérience de cette jeunesse a ouvert l’appétit des partis politiques, syndicats et des radicaux pour l’avaler toute crue
*les radicaux qui représentent les cellules dormantes et qui agissent au profit de ceux qui manipulent les démocraties en Afghanistan et au Pakistan, jurent de semer la terreur et faire couler le sang
En conclusion, le citoyen doit tirer profit de ce qui se passe chez lui et ailleurs et suit le mouvement qui convient dans un intérêt national et une démocratie qui sera ni pute ni soumise

Écrit par : NAJI DIOURI | 04/06/2011

Toutes ces chorégraphies sanguinaires ne sont que de la mise en scène orchestrée par l'occident, preuve en est, l'ex-ministre de la "justice" libyenne, considéré comme le boucher national est devenu l'interlocuteur préféré de Sarko et d'Obama !
Non seulement cette comédie est tragico-pas-comique mais en plus les médias sont digérés sans aucun digestif par la meute internationale !
Peut être qu'un jour, des historiens en ferons des best-sellers ou des pulitzers, mais c'est pas pour demain ! ! !

Écrit par : Corto | 05/06/2011

Les commentaires sont fermés.