05/09/2011

Le paradoxe américano-saoudien du 11septembre

1109.jpgLe déferlement a commencé. Les livres sur le 11 septembre, dix ans après, ne vont pas manquer. Impossible d'ignorer qu'al Qaida veut dire "La base". Que Ben Laden a mordu la main américaine qui l'a nourri en Afghanistan. Ou que la plupart des terroristes des avions missiles étaient des Saoudiens. Dans "Vérités et mythologies du 11 septembre", notre confrère Richard Labevière, ex de la TSR et de bien d'autres médias, se repasse le film, sans nostalgie et revient sur les mythes du 11 septembre. Pas sûr qu'il consacrerait vingt ans de sa vie aux "dollars de la terreur", si c'était à refaire, débusquant leurs comptes en Suisse.

Cette passion du 11 septembre est morbide. Elle a fait de nous des voyeurs d'une dramaturgie extraordinaire, d'un événement "boursouflé", écrit l'auteur, ben Laden incarnant "le mal absolu". Si le 11 septembre n'a pas selon lui la valeur d'un tournant historique, il a cependant enclenché le dessein américain d'un grand Moyen-orient, inauguré par la guerre d'Irak. Les conseillers de George Bush disaient à peu près ceci: puisque le conflit au Proche-Orient entre Israël et la Palestine ne trouve pas d'issue, redéssinons la carte de la région en démocratisant les États qui ceinturent ce point noir des relations internationales. C'était tout le projet des néoconservateurs. La fausse naïveté  du programme - créer une démocratie en quelques années et l'imposer par les armes et l'occupation - a révélé ses failles et ses contradictions depuis. Le choc des civilisations, une invention idéologique qui aura fait des dégâts dans les têtes, a fait pschitt. Mais derrière ce rideau de fumée et de poussière qui s'est levé dans l'effondrement des tours du World Trade Center,ce qui intéresse vraiment Richard Labévière c'est le paradoxe américano-saoudien. L'Arabie Saoudite a financé et finance encore le terrorisme djihadiste au nom du wahhabisme, version rétrograde et radicale d'un islam gouvernant la Cité. Le rôle du prince Turki al-Fayçal, patron des services secrets saoudiens dans la transformation de l'héritier jetseter ben Laden en combattant du jihad international,  constitue le coeur du livre. Ainsi que le pacte de Quincy scellant l'alliance des États-Unis avec la monarchie des Saoud au sortir de la Deuxième guerre mondiale, faisant de l'Arabie saoudite "un intérêt vital des États-Unis". Ce pacte formera le bouclier qui protègera les financiers et soutiens saoudiens et émiratis de ce nouveau terrorisme. Malgré les victimes du 11 septembre pleurées par l'Amérique.

Puis, vint le printemps arabe. Une autre page s'est-elle tournée? Reste à savoir, répond Richard Labévière si "l'islamisme radical est soluble dans la "démocrature" post mondialiste des régimes arabes de demain". Pour lui, le degré de nuisance d'al Qaida dépendra de la présence plus ou moins forte des Frères musulmans dans ces nouveaux régimes. Il n'est guère optimiste pour l'avenir puisqu'il promet au printemps arabe le destin d'un mai 68 générant une contre-révolution libérale, avec une purification ethnico-religieuse en plus. S'égarant parfois au Proche-orient ou en France, Richard Labevière livre beaucoup d'éléments nourrissant sa thèse et rendant compte des dessous de l'événement. On comprend mal que ce travail documenté s'ouvre par des diatribes adressées aux "benêts universitaires et médiatiques". Ces réglements de compte, avec certains experts concurrents étaient-ils nécessaires? Nouveau monde, l'éditeur, aurait sans doute du lui faire la remarque. Ça va mieux en le disant, non?

"Vérités et mythologies du 11 septembre" Richard Labevière, Les enquêteurs associés, Nouveau monde, 301 pages, 2011.

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