12/04/2012

Cherchez la femme

imagesCAKWBYOB.jpgAprès avoir tiré le portrait du président, Catherine Nay, chroniqueuse sur Europe 1, fait le bilan du quinquennat dans son dernier livre. Un bilan que la journaliste ne trouve pas aussi nul que veut bien le dire le Parti socialiste. Le contraire aurait surpris. On attend donc avec impatience la démonstration. Près de 700 pages: le lecteur ne sera pas déçu. Sauf que le récit des épisodes connus et de quelques coulisses n'amène pas grand chose de neuf. Aux critiques du début du septennat, elle oppose un argument principal: c'est la faute à Cécilia. Aux embellies de la suite, elle a une explication: grâce à Carla. De crainte de passer pour un machiste, on n'osera pas dire à cette éminente consoeur: "en terme d'analyse politique, c'est un peu court Madame", mais on s'autorisera cependant à le penser tout haut. Ces "tourments" d'un président, si people, si psychologisants et si charmants, même s'ils ont sans doute eu leur influence sur le comportement du Chef de l'Etat français n'expliquent pas tout. Car Cécilia ou pas, le président de début de mandat n'avait pas pris la mesure du costume qu'il endossait. Et si le président s'est mis à écouter, ce n'est pas grâce aux berceuses de Carla  Bruni mais bien à cause d'une chute de popularité inédite durant la Ve République. Peut-être est-ce à cause de Cécilia qu'il a mangé au Fouquet's avec ses amis industriels. Mais est-ce cela le fait politique? Non, ce qui importe dans ce raout d'un soir d'élection, c'est qu'un candidat a fêté sa victoire avec ceux à qui l'Etat concèdera par la suite quelques contrats et avantages. Bouygues, à qui l'Elysée pensa même livrer le nucléaire française, comme le révèle Anne Lauvergeon dans son livre, Bolloré qui doit tant à la politique africaine de la France ou Lagardère dont les projets médias sont si dépendants des autorités de tutelle. Poussant (un peu) la porte du palais de l'Elysée, Catherine Nay y croise les Guéant, Guaino ou Emmanuelle Migon et raconte les rivalités, les sorties, les entrées. Parfait. Mais, curieusement, elle ne voit pas Patrick Buisson, l'ex rédac chef de Minute, venu l'extrême droite,  sans doute tapi dans l'ombre d'un couloir. L'auteur n'omet pas les discours clivants voire choquants sur l'homme africain, ou celui de Grenoble. Mais elle n'analyse pas la dérive droitière de l'UMP sous sa présidence, qui aura presque réussi à faire l'unité des centristes. C'est dire. Que le président Sarkozy ait enclenché un début de réforme des retraites, une réforme de l'université ou le service minimum des transports publics en cas de grève, personne ne le conteste. Que cela fasse de lui un des chefs d'Etat marquants del'Europe des années 2010 est moins sûr. Qu'il ait fait rebouger un pays, quasi immobile depuis 1988, peut-être. Mais à quel prix: une dette qui s'est envolée, aussi du fait de sa politique de cadeaux fiscaux ; 800 000 emplois industriels perdus et un chômage qui a augmenté ; une cohésion sociale en berne après les multiples mises en cause de l'identité des Français ; une politique étrangère de gribouille dont les aventures Kadhafi sont le meilleur exemple. Une fois sous la tente à Paris, une fois sous les bombes à Tripoli. Sur l'Europe, le président aura pris un peu d'ampleur, comme le dit Catherine Nay. Dont acte. Mais peut-on dire qu'il a transporté ses homologues? C'est moins sûr. Beaucoup d'observateurs attentifs pensent que l'Allemagne n'aura pas laché grand chose. Bref, ce Catherine Nay n'est pas aussi indispensable que son volume veut le laisser croire. Les livres sur Sarkozy ne manquent pas. Et tous, Dieu merci, ne cherchent pas la femme... Ça va mieux en disant, non?

"L'impétueux" par Catherine Nay, Grasset, mars 2012, 665 pages.

 

Commentaires

Superbe brosse à reluire que cet ouvrage comparé à celui de de Catherine Graciet et Eric Laurent : Le Roi prédateur, Main basse sur le Maroc,
Le Seuil, Paris, 2012, 17,80 euros.

Écrit par : Hypolithe | 13/04/2012

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