21/05/2012

Voyage dans l'âme perse des Iraniens

Quels voyageurs, ces Britanniques! Nicholas Jubber est l'un d'entre eux. Mais son voyage en Iran et en Afghanistan ne ressemble guère à ceux réalisés par d'autres chroniqueurs de l'ex-Empire. Cet ancien étudiant d'Oxford a en effet choisi une destination très particulière: l'âme perse des Iraniens et de certains Afghans. Dans ce voyage intitulé  "A la barbe des ayatollahs", l'auteur nous parle de cet Iran dont les journaux parlent peu, d'un pays qui ne résume pas à son régime et à son programme nucléaire. Il nous parle d'un pays merveilleux qui est celui de l'âme perse, du raffinement persan. Avec pour seul passeport son intérêt pour le Shahnameh, le Livre des rois et sa curiosité en bandoulière. Ce qui n'a de cesse de passionner l'auteur, c'est l'imprégniation contemporaine d'une poésie perse qui a mille ans. Tout au long du livre, il s'étonne et nous avec lui, de voir à quel point ce patrimoine de lettré diffuse la société toute entière jusqu'aux jeunes et au petit peuple. Quel chauffeur de taxi de Londres Paris ou Genève pourrait citer de tête quelques vers des poètes de La Pléiade, par exemple? A Téhéran, Nicholas se demande presque qui ne connaît pas Rudaki ou Hafez et surtout Ferdowsi. "Sans lui nous aurions disparu comme tous les peuples que les Arabes ont envahis", lui explique un Iranien. La poésie persane médiévale fait même de fréquentes irruptions dans la pop contemporaine, nous raconte le Vieux Renard (surnom donné aux Anglais). Et ses récits légendaires se retrouvent aussi dans le chiisme.

On apprend au passage  qu'un des dictons iraniens contemporains dit ceci: si tu soulèves la barbe d'un mollah, tu trouveras le mot "Made in Britain". On pourrait le reprendre en Afghanistan pour soulever la barbe de Ben Laden et y lire "Made in United States of America". Ce qui n'empêche pas les Iraniens de désigner Londres comme l'ennemi et le chef d'Al Qaida d'avoir fait du Grand Satan américain sa bête noire et un objectif de ses actions terroristes.

Dans le livre de Jubber, on trouve aussi un graphique qui montre la richesse de l'intelligence persane au Xe siècle et l'illustration à chaque page de ce qu'elle dit d'un nationalisme qui ne se retrouve pas totalement dans la conquête de l'Iran par l'islam. Un autre passage passionnant montre comment les symboles et les rites de la religion zoroastrienne perdurent pour une minorité persécutée mais aussi dans des éléments culturels laïcs iraniens. On voit par là que les mollahs qui régentent la vie publique représentent une formed'envahisseur. De l'esprit perse? Ils ont fait de Ferdowsi, l'auteur du Livre des rois, l'ennemi intérieur, faisant déboulonner sa statue, profanant sa tombe et rayant son nom des manuels scolaires, signale l'auteur. Le livre de Jubber commence d'ailleurs par la découverte de cette dualité iranienne entre vie publique et vie privée, notamment pour les femmes. Couvertes à l'extérieur, découvertes à l'intérieur. Alcool, drogue, cheveux, amour, poésie, récits et légendes persanes  complètent ce tableau de l'Iran privé que tous les voyageurs connaissent. On apprend ainsi qu'à Téhéran les garçons sèment leurs numéros de téléphone sur des petites papiers lachés près des filles, pour organiser leurs rendez-vous amoureux.

Le récit du voyage  se poursuit à Hérat en Afghanistan où l'on parle farsi et où l'on connaît aussi par coeur des vers du poète persan pour finir en Ouzbekistan où des Tadjiks savent les mêmes poèmes. Ce n'est pas aussi passionnant que les deux-tiers du livre consacré à l'Iran. Mais cela se lit sans déplaisir. Ça va mieux en le disant, non?

"A la barbe des ayatollahs" par Nicholas Jubber, aux éditions Noir et blancs, 357 pages, avril 2012 

 

17:04 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : iran, poésie, ayatollahs, jubber, zoroastre, islam, téhéran, voyage | |  Facebook

Commentaires

Votre post est vraiment intéressant, A quand le prochain billet? Merci!

Écrit par : assurances santes expatries | 05/07/2012

Les commentaires sont fermés.