26/09/2013

La vérité crue de la guerre

images.jpgElle s'appelle Polina. Elle est tchétchène. Elle pourrait s'appeler Aziza aujourd'hui et vivre en Syrie. Polina avait 14 ans lorsque la deuxième guerre de Tchétchénie a commencé. Jusqu'en 2002, elle a tenu un journal intime. Publié par Books éditions avec le soutien de France culture, ce journal d'une adolescente pendant la guerre est d'une vérité crue au quotidien. Celle des bombes qui défoncent les habitations et sèment la terreur parmi les civils, celle de la nourriture qui se raréfie, celle des cadavres qui jonchent les rues, des proches tués, des vols entre miséreux, de la violence faite à ceux qu'on pourchasse parce qu'il sont tchétchène, de la méfiance et des violences faites à ceux qui comme Polina ont aussi une ascendance russe. C'est aussi le journal d'une jeune fille qui vit dans un pays en guerre mais qui rêve, qui est amoureuse d'un beau jeune homme qu'elle nomme Aladin et qui lui ramène des cadeaux, d'une ado qui est en colère contre sa mère, qui s'attache à tel ou tel, qui va chercher de l'eau ou vendre des petits riens sur le marché, qui se débrouille pour survivre, seule avec sa mère dans un univers où l'absence d'hommes sonne déjà comme une condamnation. Dans une courte préface, Anne Nivat rappelle qu'elle n'a pas connu pire guerre que celle de Tchétchénie. Et le journal de Polina vient en témoigner au quotidien. "Je n'arrive pas à croire que c'est la troisième guerre de ma courte vie", écrit Poina, qui sera blessée par des éclats d'obus qui voyagent dans sa jambe et la font terriblement souffrir. Signant parfois Boudour, princesse Boudour, Polina, etc la jeune fille fait preuve d'une sensibilité et d'une poésie qui alterne avec des descriptions "blanches" d'une réalité crue. Plus rien à manger sinon de la farine pourrie, plus rien à boire sinon de la neige crasseuse, plus rien pour chauffer sinon quelques morceaux de fenêtres dont les vitres ont volé en éclat faisant entrer le froid.

Polina Jerebtsova a dédié son livre aux dirigeants de la Russie d'aujourd'hui. La sortie de son livre en 2011 en Russie a déclenché une virulente polémique et son auteur a reçu des menaces de la part des supporters de Vladimir Poutine qui ne sont pas prêts à reconnaître les crimes de guerre russes en Tchétchénie dont Polina témoigne à sa façon. Depuis elle a dû fuir Moscou et est exilée en Finlande où elle a obtenu l'asile politique. Ca va mieux en le disant, non?

"Le journal de Polina, une adolescente tchétchène" par Polina Jerebtsova, cehz Books éditions documents coédité par France Culture, 553 pages.