20/11/2013

Alain Minc: "L'Allemagne mérite mieux qu'être une grosse Suisse"

Vive l'Allemagne "qui mérite mieux que d'être une grosse Suisse". Alain Minc qui sait suivre l'air du temps, comme l'air del 'argent, vient de publier un petit opuscule élogieux concernant ce pays voisin qui est à ses yeux désormais, le pays "le plus démocratique et le plus sain d'Europe". Il reproche aux Français leur antigermanisme primaire (ah bon?) et leur tendance à croire en une tentation impériale de l'Allemagne (Re Ah bon!). En fait ce sont les Allemands eux-mêmes qui veulent s'en garder, encore empreints de leur culpabilité historique du nazisme.

Minc voit en l'Allemagne une "grosse Suisse", prospère, paisible et indifférente au monde. Et il regrette qu'elle n'assume pas son leadership tempéré en Europe et sur la scène diplomatique. Sur les deux-tiers de ce petit livre, son auteur nous donne un cours d'histoire, rappelant que l'Allemagne s'est forgée autour d'un peuple nation, sans véritable frontière, que le nazisme n'était pas une fatalité naturelle de l'esprit allemand. Si on ne partage pas son analyse de la gauche allemande au début du siècle, car il oublie qu'une bonne part des communistes allemands furent parmi les plus libertaires d'Europe (Rosa Luxembourg), on acquiesse ensuite sur les conséquences de la conférence de Postdam qui donnèrent à ce peuple-nation un terriroire enfin défini entre Rhin et frontière OderBesse, et sur le partage de Berlin qui a fait des Allemands des pro-Occidentaux, cultivant par force une méfiance à l'égard de la Russie soviétique. Cependant, le tropisme russe de l'Allemagne resurgit aujourd'hui et Alain Minc n'en dit rien. Il fait ensuite l'éloge d'un système politique fédéraliste et socialement consensuel ;  d'un tissus d'entreprises qui échappe aux côteries françaises qu'Alain Minc sert contre rémunération ; ou d'une société civile active. Il aborde ensuite le miracle de l'intégration de 17 millions d'Est-Allemands, quand la France eut du mal à accueillir son million de pieds-noirs d'Algérie. images.jpg

A la page 87, commence l'essai de Minc sur la place de l'Allemagne en Europe. Il intitule ce chapitre une Allemagne européenne et non une Europe allemande, négligeant sans doute l'euro qui est tout de même une monnaie plus adaptée à l'économie allemande qu'à celles des pays du sud. Bien sûr, les Allemands ont contribué à l'entrée des pays de l'Est en Europe, repoussant la frontière orientale qui partageait leur pays au temps de la guerre froide. L'économiste salue Berlin qui a été "le greffier des marchés", avec prudence et raison. Et note qu'un pays possédant une industrie solide peut se passer d'un système financier performant.

Alain Minc fait enfin le diagnostic d'un inexorable déclin: faiblesse démographique, faiblesse du patrimoine des Allemands, absurde politique énergétique avec le renoncement au nucléaire que d'autres analyseraient comme une prémonition salvatrice, ou encore ce fameux tissus de PME en biens d'équipements qui trouveront de moins en moins de débouchés chez les émergeants, et enfin la fin d'une décennie d'austérité salariale et l'augmentation inéluctable du coût du travail.

L'auteur décrit ensuite cette puissance désormais unifiée dont l'opinion publique "plus suisse que celle des Suisses" la maintient à l'état de nain politique. Ce jeu petit bras ralentit les progrès du fédéralisme européen, sans aucun doute. Pour Minc, les partenaires de l'Allemagne, à commencer par la France, doivent la pousser à s'assumer. Pour Moscou, une Allemagne "grosse Suisse" est une "bénédiction", écrit l'auteur, car cela veut dire une Europe faible. Les Américains eux, n'en veulent. Minc écrit: "il leur faut tordre sans cesse le bras aux Suisses trop égoistes et trop peu coopératifs quand leurs intérêts finacniers sont en jeu. Aussi, n'ont-ils aucune envie de connaître les mêmes difficultés, à la puissance dix, avec l'Allemagne".  Cela va mieux en le disant, non? 

"Vive l'Allemagne!" Alain Minc Grasset, essai, 155 pages, oct 2013

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