29/09/2015

Avez-vous vu "A l'Elysée, un temps de président"?

 Six mois durant, Yves Jeuland a tourné un documentaire sur la présidence de la République, diffusé lundi soir sur la chaîne française France 3. François Hollande y apparaît en animal à sang-froid face aux épreuves (les attentats, le Mali) et en président sympa avec ses collaborateurs. Mais le doc de Jeuland n'a pas comme personnage principal, ce président normal, qui subit "un temps de chien" plutôt qu'un "temps de président".

 

Au cœur de ce film se trouve un jeune communiquant Gaspard Gantzer, chargé de presse du Hollandisme qui est le vrai "héros du film". C'est le clown blanc du grand cirque de la communication à l'Elysée. L'auguste, ce serait le secrétaire général de l'Elysée, Jean-Pierre Jouyet, dont les mimiques incroyables viennent trahir l'agacement ou le contentement. Le premier dicte à des journalistes porte-crayon ce qu'il faut retenir d'un Conseil des ministres ou de la composition d'un nouveau gouvernement. Le second est le porte-plume du président à la recherche du mot pour un discours à Jean d'Ormesson à qui sera remis la Grand croix de la Légion d’honneur. Avec pour les scènes de coupe sous les lambris dorés et les petites gens qui attendent, conduisent, font le ménage, une musique qui pourrait être celle d'une piste aux étoiles ou d'un film de Tati.

 

La présidence, en mal de récit d'un quinquennat mal commencé et d'un libéral-socialisme qui n'est assumé que par Emmanuel Macron, communique. Vœux de fin d'année: discussion sans fin sur le décor, le cadre, le bureau, d'un aréopage de conseillers en image. Effarant. Dans ce palais où les grandes portes ouvertes par des huissiers font passer des ombres, l'image avale toute la lumière. Quelques dialogues pourtant disent une part de vérité. "L'acte d'autorité, c'est Valls qui le récupère", souligne un conseiller du Château inquiet. Pointe de jalousie de l'inspecteur des finances Jouyet qui a su se vendre à Sarkozy avant de revenir à son copain Hollande, au téléphone avec Macron: "C'est toi le maître maintenant". Leçon à la bonne élève Fleur Pélerin, tout juste nommée au Ministère de la culture. "Il faut que tu ailles au spectacle tous les soirs et que tu dises que c'est bien". "Va voir Lang et surtout sa femme Monique". On a pitié d'elle qui ne bronche pas à ce conseil primaire et à un second ramenant la jeune ministre au glorieux ministère Lang.

 

On ne voit pas vraiment ce qu'une présidence implique de décision dans ce documentaire. Est-ce parce que les portes se ferment aux caméras quand il s'agit de décider ou parce que Hollande, comme Mitterrand; laisse les choses dérouler leur logique et les conseillers dérouler leurs arguments sans vraiment décider. Quand Mitterrand le Florentin tranchait, Hollande fait la synthèse.

 

Deux moments forts de ce quinquennat sortent de ce film: l'invitation à ces dizaines de chefs d’Etat qui défilèrent ensemble après l'attentat de Charlie, la décision presque intuitive du président d'engager les troupes françaises pour stopper les djihadistes au Mali, "le moment le plus fort, jusqu'ici" de ma présidence, dira Hollande.

 

Le temps du président est compté. Ce documentaire en montre les aléas, le vide parfois, rarement la réussite. Le bilan devra être tiré en 2017, répète Hollande. Il sera alors temps de confronter la communication au bilan.

 

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28/09/2015

Signez la charte, messieurs les Saoudiens

Un Etat qui n'a pas signé la charte des droits de l'homme peut-il siéger au Conseil qui les défend? La question se pose alors que l'Arabie saoudite vient d'obtenir la présidence d'une commission consultative au Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève. Le royaume wahhabite est en effet un des rares pays au monde à ne pas avoir signé le texte de 1948. Le représentant du seul pays au monde qui a pris le nom de la famille régnante a été préféré par le groupe Asie Pacifique au représentant du Chili. Cette élection en dit long sur les tractations qui se déroulent en coulisses dans cette institution internationale. 

La commission présidée par un Saoudien est celle qui décide de la nomination des commissions d'enquête placée sous l'autorité du Haut-Commissaire aux droits de l'homme. Ces commissions bénéficient ainsi de moyens pour enquêter sur les violations. On voit ainsi la place stratégique que l'Arabie saoudite occupe désormais. 

Peut-on se satisfaire de cette situation? Il n'y a visiblement pas dans les statuts du Conseil d'obligation d'avoir signé la charte des droits de l'homme pour siéger. Aberrant. Il est clair désormais qu'il faut réformer le Conseil est faire de cette signature une condition pour entrer dans cette assemblée. Le Conseil des droits de l'homme permet en effet de focaliser l'attention internationale sur les crimes les plus graves d'atteinte aux droits. Et peut déboucher sur des inculpations à la Cour pénale internationale. Alors que le Conseil de sécurité est verrouillé par les veto des membres permanents, le Conseil des droits de l'homme n'est pas entravé par de telles procédures. 

 S'il est trop tard pour empêcher le ridicule de cette nomination, il est plus que temps de réformer l'institution pour que cela ne se reproduise pas. 

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