29/11/2015

Pauvre Michel Onfray qui sème le vent

Les philosophes, il vaut mieux qu'ils parlent philosophie. Dans ce domaine, Michel Onfray est brillant! Cultivé, redonnant une visibilité aux pensées héraclitéennes et hédonistes, démontant les montages freudiens, le penseur a acquis une notoriété méritée. Nombre de ses livres valent la peine d'être lus, du Manuel d'antiphilosophie à Cosmos.

Je n'aime pas les curées médiatiques. Mais comme dirait Onfray à propos des attentats de Paris, "qui sème le vent, récolte la tempête". Et du vent, il en a fait sur un sujet qu'il ne maîtrise apparemment pas aussi bien que la pensée nietzschéenne. Pas question ici de lui faire un de ces procès imbéciles de complicité avec Daech ou avant cela d'islamophobie...

Michel Onfray pense en athée. Mais il a lu les livres saints. Pour autant, que sait-il de l'islam et du monde arabe? Il affirme ainsi à la suite de Samuel Huntington qu'une guerre de civilisation oppose le monde occidental à l'Oumma, qu'il voit comme unie et déterminée (puisque des hommes sont prêts à mourrir pour elle). Sauf que l'Oumma n'existe pas autrement qu'en tant qu'utopie, voire de projet prophétique. Il suffit de lire les journaux pour voir que dans le monde musulman, qu'il soit arabe, perse ou asiatique, la religion n'est pas un facteur fédérateur à l'international mais juste un ciment national. Des musulmans, tout musulmans de l'Oumma qu'ils soient, se font la guerre partout et depuis longtemps. Comme des pays chrétiens l'ont fait.

En France, il n'y a pas d'islam français car chaque mosquée a son parrain, marocain, algérien, saoudien, qatari, inspirée de Frères musulmans égyptiens ou du Tabligh pakistanais. Et chacun n'a que méfiance et mépris pour l'autre. Les Habachis syriens ou libanais détestent les wahhabites saoudiens. Les Marocains se méfient des Algériens. Et les salafistes du Sahel n'ont que mépris pour les tombes des sages soufis du Mali. Bref, l'Oumma n'existe pas plus que l'alliance chrétienne.

La force de Daech serait de mobiliser des hommes prêts à mourir. Tandis que sous nos latitudes occidentales, personne ne serait prêt se faire tuer pour ses valeurs. Mais que fait Michel Onfray de ces jeunes, car ils sont jeunes, policiers et militaires qui risquent leurs vies au Mali ou à Paris. Que fait-il du nombre de jeunes encore, qui font la queue pour s'engager et défendre leur pays au nom de "valeurs" comme ils le disent souvent? L'argument est fallacieux.

Des images de Michel Onfray a eu le malheur d'apparaître dans un clip de Daech. Ses propos sur notre colonialisme guerrier ne sont pas tous infondés. Faut-il l'en blâmer? Non. Mais quand il argumente à côté, on est triste pour le philosophe.

    

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13/11/2015

Le discours viral de l'extrême droite

Dans le cadre de sa campagne des régionales en région Nord-Pas de Calais-Picardie, la cheffe du Front national, candidate dans cette région, a parlé d' "éradiquer la migration microbienne". Sur la fréquence nordique de Radio France, Marine Le Pen a fait semblant de se justifier sur le fond en évoquant une étude épidémiologique de l'Institut national de veille sanitaire.

 

L'auteur de l'étude en question a réfuté par la suite l'interprétation "sortie de son contexte" et l'utilisation idéologique (qu'elle ne partage pas) de son étude. Mais peu importe pour la leader du FN, car cette justification a posteriori n'est pas si importante que cela. L'important pour elle, c'est le vocabulaire, les mots choisis. Or, un des invariants de l'extrême droite est l'utilisation du vocabulaire médical et de références à des maladies du corps social.

 

Louis-Ferdinand Céline parlait des juifs comme des "microbes sociaux" dans ses pamphlets antisémites. L'extrême droite a toujours utilisé la peur de la maladie apportée par l'Autre et l'image idéalisée du corps sain (de l'Aryen, du blanc, du fasciste etc) dans ses discours. Dans les années Sida, les métaphores n'ont pas manqué à l'extrême droite de l'échiquier politique.

 

Lors de cette crise migratoire, qui n'est pas lieu de nier ici, les sites d'extrême droite s'excitent sur la drépanocytose, qui assimile une maladie aux migrants. Les décodeurs du Monde lui consacraient d'ailleurs une chronique. La contagion des immigrés, brandie par l’extrême droite dans un nombre croissant de discours vient aussi nourrir leur théorie du remplacement des populations "autochtones" par des "étrangers". On retrouve la mention de cette maladie sur de nombreux sites et commentaires ou messages sur les réseaux sociaux. 

 

La vision biologique de la société est partagée par l'extrême droite au travers de différentes périodes de l'histoire contemporaine. Le fantasme du corps sain et de la maladie invasive n'est pas prêt de disparaître du discours de l'ultradroite. C'est dans ses gênes. 

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05/11/2015

René Girard, philosophe du rituel et du désir

Le penseur français René Girard est mort. Celui qu'on appelle le Darwin des sciences-humaines passe pour n'être qu'un philosophe chrétien. Erreur, il est beaucoup plus que cela. C'est d'abord un penseur de la religion comme ritualisation et abstraction des violences humaines afin de rendre la vie en société plus paisible. Sa théorie du bouc émissaire n'est pas une croyance, elle explique comme les hommes ont inventé le sacrifice du Christ en croix pour éviter le sacrifice des vivants, fussent-ils des agneaux.

Le philosophe qui aimait tant la littérature, y puisant ce que les essais ont du mal à cerner des émotions humains, a aussi développé une théorie du désir mimétique, qui fait de l'homme un être jaloux. Plus qu'un philosophe de la croyance ou de la soumission à Dieu, il est le penseur du rituel comme nécessité du vivre ensemble et du désir comme moteur de l'homme, quand l'Eglise a passé son temps à vouloir le brider.

 

Très connu et étudié dans les universités américaines, il n'a pas toujours été lu par les étudiants français berés au structuralisme et au marxisme. Il fut cependant reconnu puisqu'il entrait à l'Académie française, temple de la langue française, qu'il pratique merveilleusement bien à l'écrit.

 

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