22/11/2016

Une biographie de Renzi pour comprendre Macron

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Le 4 décembre prochain, Matteo Renzi, le président du Conseil italien, va jouer sa carrière politique lors d'un référendum constitutionnel. Ce n'est pas son premier coup de poker, à lire le livre que lui consacre Giuliano Da Empoli sous le titre «Le Florentin». L'ancien conseiller politique et directeur du Think Tank Volta à Milan raconte comment un trublion de la vie politique conquiert, à 39 ans, le fauteuil de chef de gouvernement jusqu'ici réservé aux vieux caciques. «Gouverner les Italiens, ce n'est pas impossible, c'est inutile», disait Mussolini. Les Italiens suivent la politique comme un match de football, en s'amusant et en se désespérant, écrit l'auteur de cette biographie éclairante sur l'ascension fulgurante du jeune maire de Florence.

Comment expliquer que la gauche marginalisée durant la période Berlusconi, prisonnière du dogme de la Diversita, a pu reprendre le pouvoir? Quand Berlusconi tendait un miroir aux Italiens, avec leurs vices et leurs qualités, cette vieille gauche prétendait leur être supérieure. Erreur. Dès ses premiers pas, Matteo Renzi va casser cette image. Il va sur le plateau de la «Roue de la fortune» de la télé berlusconienne. Il reste à l'écran sur cinq émissions et remporte 48 millions de lires, près de 30 000 francs. Celui qui a grandi dans le catholicisme toscan (son père est le représentant locale de la Démocratie chrétienne) et prépare son droit, fait une première apparition remarquée. Comme Obama, il affectionne la rhétorique mystique, lyrique, messianique entendue dans les églises. Sauf qu'il est Florentin, et cela implique de l'irrévérence, qui fera aussi son style. Le militant fait campagne pour Prodi et devient le bras droit d'un député catholique, puis devient le secrétaire de la fédération florentine du Parti Populaire, issu de l'implosion de la Démocratie chrétienne. C'est comme cela qu'il prend la direction de la province de Florence à 29 ans.

 

Matteo s'est choisi des modèles qui ne sont pas ceux d'un enfant de chœur, des personnages historiques subversifs: Robert Kennedy, le second est le secrétaire général de l'ONU et Prix Nobel de la Paix, créateur des casques bleus, Dag Hammarskjöld et le troisième est un moine soldat qui a gouverné Florence, Giorgio La Pira. Des hommes de foi qui ont rué dans les brancards. Il fera de même. Première occasion lors d'une réunion politique alors qu'il est chahuté par un militant qui a lu «La Casta» (La caste) un livre qui dénonce les privilèges et méfaits de la classe politique italienne. Euréka. Depuis lors, le coût de la politique et le ras-le-bol à l'égard des élites feront son beurre, quand dans son camp, on ne veut pas dire ces choses qui font le succès de la Ligue du Nord. Lui, n'a pas ces scrupules. D'ailleurs, il le pense. Il faut nettoyer les écuries d'Augias. Il se présente à la mairie de Florence et dit tout de go, que s'il échoue, il quitte la politique. Une prise de risque qui est synonyme de sincérité en politique. Il ne mâche pas ses mots, brisent les tabous, envoie balader la vieille garde et l'emporte.

Giuliano Da Empoli, féru d'histoire, a trouvé le personnage historique qui ressemble au président du Conseil italien: le cardinal de Retz, qui est un Gondi, une des illustres familles de banquiers de Florence. Il fera carrière à Paris et initiera, machinera et commentera la Fronde, contre le cardinal Mazarin, forcé à l'exil. «Audacieux, ambitieux, dépourvu de scrupules, lyrique et inventif, le Florentin Gondi est le personne le plus semblable à Matteo Renzi», écrit l'auteur.

«Comme Gondi, Renzi est avant tout un joueur», poursuit Giuliano Da Empoli. Pour gagner Florence, il se positionne contre le «système». Il attire des volontaires par son programme décoiffant pour la ville et monte des shows pour mettre en scène sa candidature, bousculant les usages des autres candidats à la primaire. On pense évidemment à ce qu'Emmanuel Macron est en train de tenter en France. Pour Retz, la classe moyenne est l'arbitre du jeu politique. Renzi va cibler cet électorat. Macron aussi. Da Empoli, explique qu'en Italie, où l'Etat tardera à naître, le vrai pouvoir reste aux villes. Etre maire de Florence, c'est avoir le vrai pouvoir. Et Renzi va l'utiliser pour changer la ville musée. Sa méthode: faire une annonce et fixer un calendrier. «Dans un pays où la bureaucratie devient facilement kafkaïenne, une approche de ce genre est révolutionnaire», écrit l'auteur. Et ça marche. La ville change. En 2010, il inaugure les «Cent lieux», cent projets pour transformé des coins désaffectés de la ville. Il convoque cent assemblées de citoyens pour discuter des projets. Les Florentins ronchonnent et finissent par adhérer en masse.

A Florence, il a pris le pouvoir en s'opposant à la vieille garde de gauche, qui gère la ville depuis des décennies. Et il pilonne tous les pouvoirs institués: syndicats, fonctionnaires du ministère de la Culture, gérants de cafés, employés de la commune et même Eglise, pour imposer ses réformes. C'est la première fois qu'un homme de gauche abandonne l'habitude de s'agréger les catégories (syndicats, enseignants, artisans...à) pour obtenir le soutien des citoyens lambda. Un «anathème» pour le Parti démocrate. On pense encore à Macron.

Il traite l'élite qui gouverne la gauche de «vieilles bagnoles à mettre à la casse». Depuis ce jour, il devient pour les Italiens, «Il Rottamatore», le briseur d'idoles. Et met en pratique une politique répondant à l'appel du réalisateur Nanni Moretti, devenu célèbre: «Avec ces dirigeants à gauche, nous ne gagnerons jamais». Il va donc attirer les projecteurs sur des acteurs de la vie italienne bien différents, hommes d'entreprise, de culture, qu'il invite à La Leopolda. Son axiome: «Ce qui marche est juste, même si cela contredit tous les dogmes.» Il défend la primauté de l'expérience d'en bas, dans les communes et les PME. «Il y a là, dehors un pays qui a profondément changé, mais qui n'est pas foncièrement de droite, ni nécessairement condamné au déclin économique et civil. Les progressistes ont les cartes en main pour sortir de leur mouroir et commencer à donner une voix à l'Italie vivante.» Là encore, on croirait qu'Emmanuel Macron s'en est inspiré. Lors des primaires de 2012, le Renzisme devient un mouvement de masse, agrégeant ceux qu'on appelle les «neutres», jusqu'ici rétifs à tout engagement politique.

C'est ainsi qu'il parvient à se débarrasser de Bersani, qui voulait lui barrer la route, en manœuvrant pour la présidence italienne. Renzi démonte la candidature Marini à la télévision et parvient à ce que le Parlement supplie Napolitano, le vieux sage, de rempiler. Il ne fera pas d'ombre au Florentin qui, après un gouvernement Letta d'un an, prend le parti puis la présidence du Conseil. A Rome, Renzi ne sort pas de son bureau et travaille. Les Romains n'en reviennent pas. Il décide de limiter les salaires de fonctionnaires à celui du président de la République, introduit la possibilité de licencier des fonctionnaires, abolit le conseil de l'Economie et du Travail qui distribue les rentes, réduit les congés des magistrats, installe une haute autorité contre la corruption, élimine les provinces et pousse les communes à fusionner les entreprises publiques. La réforme est en marche. Pour lui, cette cure d'amaigrissement infligée à la caste est la condition pour rétablir la confiance de l'opinion. Et de battre les populistes. Macron n'aurait pas dit mieux lors de son premier discours programme. Puis le président du Conseil réduit les impôts des entreprises et des particuliers, et impose 80 euros par mois aux revenus les plus modestes, sur leur bulletin de salaires en six semaines! Puis il crée 221 000 emplois en créant un contrat de travail unique, malgré les protestations syndicales.... 300 lois et décrets approuvés en deux ans: du jamais vu en Italie.

«Le Florentin, l'art de gouverner selon Matteo Renzi», par Giuliano Da Empoli, Editions Grasset, 210 pages, septembre 2016

 

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Commentaires

Vous auriez pu écrire, si vous connaissiez votre sujet, qu'après deux ans, il a cassé le pd en deux (Cuperlo a demandé un Congrès), électrifié la vie politique nationale comme seul le Berlusconi du procès Ruby l'avait fait, n'a pas trouvé la baguette magique qui augmente le PIB, ni celle qui change la politique de l'UE inhumaine sur les migrants, et risque fort de passer pour celui qui a préparé pour Di Maio les derniers mètres du chemin qui mène au Palais Chigi.

(Réponse: Cette chronique rend compte de livres. Et celui-ci est publié par une ancien conseiller de Renzi. Il ne fallait donc pas s'attendre à une approche critique. Votre commentaire intervient donc fort à propos.)

Écrit par : Galeanzi | 22/11/2016

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