14/12/2016

Arnaud Montebourg, chevalier gris

Montebourg.jpgArnaud Montebourg, le séduisant avocat prêt à toutes les conquêtes, est-il le chevalier blanc de la politique française, fier et solitaire? Est-il l'inventeur de la VIe République qu’il appelle de ses vœux? Incarne-t-il cet homme de conviction, qui saura rassembler le PS? Dans une enquête intitulée «Arnaud Montebourg l’homme girouette», le journaliste Frédéric Charpier, met le mythe Montebourg à la dissection des faits. Et à la fin du livre, le personnage semble moins grand qu’il n’y paraît. Moins entier. Assez seul. N’hésitant pas à tirer la couverture à lui dans chacune des entreprises communes.


Se présentant comme le petit-fils d’un Algérien partisan du FLN, que son grand-père n’était pas, selon Fabrice Charpier, Arnaud Montebourg est aussi apparenté à la famille royale du Maroc. Né à Glux-en-Glenne, un village du Morvan, terre mitterrandienne, il fera ses débuts en politique dans les grèves des universités de 1980 et adhérera au PS. Elève à Sciences-Po, il rate l’ENA et prend le chemin du Droit pour devenir un « grand avocat ». Son éloquence l’amènera à rejoindre l’aristocratie des plaideurs, en décrochant la première place de la Conférence du stage. Sa carrière est lancée et commence par  un échec : la condamnation de l’assassin du collaborateur ami de Mitterrand, René Bousquet. Après quelques flèches judiciaires contre les figures de TF1, il connaîtra la gloire en s’attaquant à Alain Juppé, puis à Jacques Chirac.


Mais selon cette enquête, Montebourg n’est pas tout à fait le corsaire ou le chevalier blanc, mais plutôt le porte-flingue du PS - dont certains comme Jospin, n’aiment d’ailleurs pas ses méthodes, qui consistent à attaquer des adversaires politiques au tribunal (durant sa première campagne législatives en Saône-et-Loire, on lui reprochera aussi ce genre d'attaque). Il voudra aussi faire juger Jacques Chirac par la Haute Cour de justice de la République. Il sera alors baptisé « Récuperator », car le vrai héros de ce combat, Pierre-François Divier, est resté dans l’ombre. Ce dernier l’affublera du surnom de «La mouche»... du coche, sans doute. Dans son combat contre la corruption, Arnaud Montebourg est encore sur le devant de la scène, quand son ami Pierre-Antoine Lorenzi, du Service Central de Prévention de la Corruption, mis en place par Pierre Bérégovoy, est la discrète cheville ouvrière de cette cause.

L’autre thèse du livre qui fait son titre, c’est que Montebourg n’a pas de vraie conviction et qu’il est passé d’un camp à l’autre au sein du PS, par ambition. Il s'alliera aussi bien avec DSK qu'avec Martine Aubry. Il restera néanmoins proche de ses amis des premiers jours, les jeunes Fabusiens. Son histoire politique n'en fait pas non plus un homme capable de rassembler, comme l'expérience de la convention pour la Ve République, puis celle du Nouveau Parti socialiste (NPS), le montreront.

Dans ces deux aventures, Arnaud Montebourg a voulu tenir le premier rôle, au risque de faire fuir ceux qui travaillaient avec lui. Deux candidats de la primaire 2017 ont été ses compagnons de route: Vincent Peillon, déjà son acolyte dans le combat du blanchissement d’argent et des paradis fiscaux et Benoît Hamon. Ils sont désormais ses concurrents de la primaire de la gauche.

Le livre fait aussi un large part aux réseaux d’Arnaud Montebourg, qui fréquente plus les élites économiques et administratives parisiennes que les syndicalistes, fussent-ils de Florange. Son combat perdu lorsqu’il était ministre du Redressement industriel de François Hollande. Le médiatique ministre s’appropriera ensuite l’étiquette du Made in France et fera un joli coup de pub avec la marinière d’Armor Lux. Cependant, tout en prônant la nationalisation des hauts-fourneaux, il défendra le groupe Bolloré en Afrique ou Martin Bouygues. Bien que classé très à gauche au PS, Arnaud Montebourg a autant de relations dans le monde des affaires qu'Emmanuel Macron. Il est fier d'avoir trouvé une place dans le privé, chez Habitat, où il a fait son « expérience de l’entreprise » comme consultant (utilisant son carnet d'adresses) plus que comme dirigeant.

Mais avant cela - et cela lui vaudra son portefeuille - Arnaud Montebourg a créé la surprise en obtenant 17% à la primaire socialiste de 2011, quand Manuel Valls se situe à 5,6%. Peut-il réitérer en 2017 et l’emporter? Réponse en janvier.

"Arnaud Montebourg, l'homme girouette" par Frédéric Charpier, Editions La découverte, 2016, 215 pages.

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Commentaires

Face au président Trump voyez-vous le chevalier gris Montebourg ou l'ex banquier Macron?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 23/12/2016

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