08/03/2017

Mélenchon, le lutteur rêveur

téléchargement.jpgPendant six mois, la journaliste Marion Lagardère a suivi Jean-Luc Mélenchon en campagne. De la question que lui posait ses proches, elle a fait le titre de son livre : « Il est comment Mélenchon en vrai ? » . Et c’est bien à cette question qu’elle tente de répondre à force de parler avec lui, de voir ses réactions, d’entendre ses discours. Objectif atteint, avec de plus, une qualité rare dans les essais et biographies politiques : un style d’écriture assez littéraire et nerveux.


Mélenchon, c’est d’abord un « trop d’énergie » et un « trop d’idées ». Epuisant, écrit Marion Lagardère. C’est aussi une colère personnelle, tendue en miroir des colères de ses électeurs. Il y a de la passion, de l’émotion chez lui, qui s’expliquent aussi par une urgence de vivre, de penser, de faire avancer la cause. L’homme a 65 ans. Plus le temps d’attendre, de se retenir, ou de modérer son propos. Tout au long de ces pages, l’auteur cherche les passerelles entre la personne et le personnage. Et il y en a.
Etre à la tribune, c’est le rôle de sa vie. Il parle politique, bien sûr. Fort. Mais pas seulement, l’histoire et la poésie sont aussi au rendez-vous, lors de ses prises de parole en meeting. Cet intellectuel aime les grands discours, les biographies historiques. Un tribunitien érudit. C’est aussi cela qui fait son succès. Il y a aussi ce côté brut de décoffrage: pas d’autocensure, quand il s’agit de brocarder tel ou tel adversaire politique, la presse «qui bourre le crâne des gens» ou les puissants de la finance. Pas commun en politique.

 

 

Mélenchon, c’est aussi l’anxieux, l’inquiet, l’homme parfois dépressif, comme après la défaite de Jospin éliminé au premier tour de la présidentielle de 2002. Quand il traverse une foule, il ne peut s’empêcher de penser à l’agression, à l’insulte qui fuse, à l’œuf qui vole. Il est aussi mal à l’aise quand ses supporters le touchent ou veulent faire un selfie avec lui. Ce solitaire qui aime le peuple, n’aime pas la familiarité. Ce qu’il aime, c’est parler avec eux et écrire pour eux. Et quand une série d’articles rappelle sa présence à la Légion d’honneur du sulfureux droitier Buisson, son dîner avec l’autre conseiller de Sarkozy, Henri Guaino, il ne peut s’empêcher de penser « complot ». Le « pistolero de l’Essonne » sait que la politique, c’est donner des coups, mais aussi en encaisser. Oui, il s’emporte. Oui, il est excessif. Et alors ? Gueulard ? Sur le divan de Fogiel, début d’explication : une surdité qui « conditionne sa relation au monde ». Cela le rend agressif, éruptif quand il est pris de court, approché de trop près. Une excuse ? Plutôt un « amplificateur de caractère », écrit la journaliste.


Mélenchon, c’est aussi une carrière politique, presque sans faute. En trois ans, il devient conseiller municipal, conseiller général et sénateur, un palmarès que d’autres acquièrent en 30 ans. Puis ministre de Mitterrand qu’il admire et député européen. Mais il n’a pas fait l’ENA… Dans le Jura, le jeune Mélenchon a fait de petits métiers et a écrit pour La dépêche du Jura. Puis il est devenu un politique professionnel au Parti socialiste… avant de le quitter et de créer son Parti de gauche « pour faire la révolution ». Mélenchon, c’est aussi un athée préoccupé par « les forces de l’esprit » comme le disait Mitterrand. Un intellectuel qui a donc logiquement été attiré par la Franc-maçonnerie, dont il n’aime pas parler. Pas plus que de sa vie privée ou intime, d’ailleurs. Une forme de pudeur.

Le leader des insoumis, parfois détesté, a bel et bien renoncé à vouloir convaincre ceux qui le traitent d’autoritaire, d’ami de Poutine, de zélateur de Chavez. Lui, c’est un convaincu, un admirateur honteux des pouvoirs forts, et suffisamment anti-américain pour défendre la révolution vénézuélienne sans rougir. Lui, l’ancien trotskiste n’a jamais versé dans la social-démocratie, à l’inverse de pas mal de ses anciens camarades. Sauf peut-être sur l’Europe, en votant le traité de Maastricht. Mais depuis, il a bien changé sur ce sujet. Mais au fond, ce qu’il déteste surtout de l’Europe, c’est son Atlantisme. L’anti-américanisme encore.

L’homme à la cravate rouge admire toujours Marx et les révolutionnaires d’Amérique du Sud. Il n’aime pas l’argent pour l’argent. Ce qu’il aime ? Les « belles personnes » selon le mot de Victor Hugo. Les humbles, surtout. Les symboles de la République, le bleu blanc rouge, aussi. Patriote sans doute et presque gêné de reconnaître une forme de respect des institutions. Il aime aussi la science-fiction, une façon de rêver et de critiquer le monde en littérature. Asimov, qui l’a marqué, mais aussi et surtout Philip K Dick.
Gueuler, lutter, rêver. En trois verbes, voilà comment il est, en vrai, Mélenchon. Un Sisyphe, remontant la boule de pierre le long de la pente, sans jamais atteindre le sommet, le mythe exploré par Camus, pied-noir comme lui. Mélenchon ne sera pas président. Il le sait. Mais il se sera battu. Cela lui vaut 10% d’intention de vote aujourd’hui.

"Il est comment Mélenchon, en vrai?" de Marion Lagardère, Editions Grasset, 229 pages, janvier 2017.

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Commentaires

Je ne voterais pas pour lui, il n'a pas fait sa révolution copernicienne sur la lutte des classes, mais je dois reconnaître que finalement, c'est le seul candidat à ce truc incroyable que sont les élections présidentielles françaises - une horreur démocratique, et quand je dis démocratique...- le seul candidat que l'on peut admirer. Il a le ton juste avec les journalistes, les chiens de garde du système, comme l'a eu Fillon avec Salamé et Elkabache (?). Mais l'image de Fillon s'est un peu faussée par la suite...

Écrit par : Géo | 08/03/2017

Cet homme me fait du bien. Il parle vrai et reste pragmatique.
Son "défaut" si on peut causer ainsi, réside dans sa révolte qui l'empêche d'apparaitre comme une être aimable.
D'ailleurs, à ce sujet, je peine à comprendre qu'un Macron parvienne à se faire aimer.
Au final, la seule réponse à ces questionnements que je puisse formuler c'est la médiocrité de la formation au sens large, de l'éducation à un esprit critique. Et je trouve ça plutôt inquiétant dans nos civilisations occidentales qui se considèrent comme les plus avancées.
J'en viens presque à appeler l'accélération de la prise de pouvoir par la machine qui obligera l'homme à se dépasser pour subsister.
Mais je dois être un peu pressé.
Comment ne pas l'être à l'aulne du temps imparti ?
Mon travail du moment consiste à accepter le tempo de l'évolution. Il semble que les travaux de Darwin soient transposables au niveau mental. La mutation prend des générations.
Et du coup je comprends mieux l'engouement pour la famille qui reste le seul moyen de se transposer, de survivre au delà de l'échéance inéluctable par délégation.
C'est assez frustrant à l'ère du tout, tout de suite et pour chacun.
http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2016/05/30/tout-tout-de-suite-276526.html

Écrit par : Pierre Jenni | 09/03/2017

Lorsqu'il y a trop de ceci ou de cela on est porté à se demander s'il s'agit d'une suractivité de défense sorte de passage à niveau empêchant l'accès à la souffrance masquant une peine/s remontant jusqu'è la prime enfance, depuis le trauma de la naissance de la personne, trauma qui nous concerne tous à différents degrés y compris personnes nées avec une cuillère d'argent dans la bouche selon les circonstance du trajet in utero jusqu'à la sortie, les heures qui suivent avec notamment un sentiment d'abandon qui peut empoisonner toute la vie de la personne voire de ses proches, collègues et amis. Trauma initial et suivants jusqu'à environ l'âge de sept ans l'enfant par la suite ayant les moyens de dire ce qu'il vit, éprouve et ressent.
Pour ne pas parler des grossesses subies non désirées.
L'état de la planète, l'irresponsabilité de nos dirigeants ont de quoi nous alerter.
N'importe quel psy, doué, confirmerait ces lignes.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 13/03/2017

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