16/05/2017

A propos de la campagne de Jean-Luc Mélenchon

En campant le second tour Le Pen-Macron  comme l’affrontement de l’extrême droite et de l’extrême finance, Jean-Luc Mélenchon a rompu avec un des fondements idéologiques de la gauche, qui faisait primer l’antifascisme sur l’anticapitalisme. En mettant ces deux comportements politiques sur le même plan sans donner de consigne de vote, il fait la critique des socio-démocrates, « traitres à la classe ouvrière », selon la vieille formule communiste. Le paradoxe, c’est qu’aujourd’hui, le malaise créé par son attitude s’est fortement exprimé dans les rangs du PCF, allié des Insoumis.

Pour Mélenchon, François Hollande a trahi la gauche et le peuple. Il a, c’est vrai, trahi ses promesses.  Mais ce message politique de circonstance se double d’un discours anti-élite et d’une mystique du peuple, qui forme un corpus idéologique plus inquiétant. En dénonçant l’oligarchie au nom du peuple, on peut penser qu’il renoue avec la lutte des classes et avec le marxisme qui a toujours plus influencé les socialistes français que les partis frères en Europe. On peut aussi y voir une tentation populiste, qui fut celle d’une partie de la gauche dans les années 30. Il s’agissait déjà de rejeter une élite mondialisée et d’exalter la nation, de marier le socialisme au nationalisme. L’Europe est pour lui, ce que l’impérialisme américain ou le lobby judéo-maçonnique représentaient entre les deux-guerres. C'est en tout cas l'étranger. 

On peut penser que ses coups de gueule contre les journalistes s’inspirent de l’idée développée dans le livre « Les nouveaux chiens de garde » de Serge Halimi. Les médias ne seraient que des instruments du système et non l’expression de la première des libertés et l’une des conditions de la démocratie. La critique radicale peut s’appliquer sans doute au monde parisien des éditorialistes, accusés de partager une pensée unique. Mais le pluralisme des titres fragilise cette thèse. Reste que, dans le monde, le respect de la liberté de la presse, demeure bel et bien le premier indice de santé démocratique. Son discours comme ceux de Marine Le Pen et de François Fillon durant la campagne ont diffusé  l’idée que la presse serait la principale responsable de leur défaite électorale. Cela a provoqué chez les militants des attitudes haineuses, allant parfois jusqu’aux violences physiques, contre ces trouble-fête qui posent des questions dérangeantes  et sont au final perçus comme des ennemis. De même, sur les réseaux sociaux, toute critique à l’égard des Insoumis déclenchait des vagues d’insultes.

Enfin, faire du candidat qui a gagné la présidentielle, le candidat des banques flirte avec le complotisme des extrêmes. Est-on le candidat des banques, parce que l’on a été banquier ? Je ne le crois pas. On l’est si son programme favorise des intérêts financiers. On pourrait dire par exemple que Fillon était le candidat des assurances privées, parce que ses propositions de privatisation partielle de la Sécurité sociale servait objectivement les intérêts de ce secteur. Mais ce n’est pas cela qui était mis en avant par le candidat des Insoumis. Le fait qu’un candidat ait été banquier suffit. C’est donc une haine sociale plus qu’une critique politique qui s’exprime dans cette stigmatisation. Ce racisme de classe n’a pas été absent des révolutions léniniste et maoiste. On sait ce qu’il advint de ces « privilégiés ».

PS : Ces critiques n’enlèvent rien à l’intérêt qu’on peut avoir pour son programme. Elles ne s’intéressent qu’au comportement politique d’un leader et à ses discours.

 

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