18/12/2017

Historians en série

23471894_1490009687718977_8486780828479323386_n.jpgL'Université de Genève vient de publier le tome "Saison 1" de ses décryptages érudits des séries télévisées. Après sa Web série consacrée à Kaamelott, la Maison des historiens publie avec Georg Editeur "The Historians" dans lequel cinq séries sont passées au crible par des universitaires genevois. Dans la Saison 1, qui en appelle d'autres à suivre, Kaamelott voisine avec Vikings, les Tudors, The Knick et Masters of Sex. 

 

Surprise, on découvre dans cet opuscule que la série de "short" absurdes et jouant d'anachronismes, inspirée de la geste des chevaliers de la table ronde par l'humoriste Alexandre Astier, est plus proche de son inspiration historique médiévale que Vikings de ce que l'on sait aujourd'hui de ces navigateurs du Nord qui pillèrent et s'installèrent dans les royaumes de l'actuelle Grande-Bretagne ou de France.

L'humour de la série, et c'est là la performance, souligne parfois des traits des romans médiévaux de la légende arthurienne, dont le plus célèbre est celui de Chrétien de Troyes. Quand le rire naît de la perplexité des chevaliers quant à la nature du Graal, objet de leur quête, Astier fait allusion par l'humour aux débats réels qui ont eu lieu sur la nature du Graal. Il traite également de la chute de l'Empire romain et de l'occupation du Royaume de Bretagne jusqu'au mur d'Hadrien. Mais le plus savoureux est le personnage de Perceval, décrit comme un parfait benêt dans la série. Or, Chrétien de Troyes le décrit bien comme ignorant. La phrase "C'est pas faux" est ainsi le gimmick du personnage. 

En revanche, la série Vikings qui ressemble tant à l'image que l'on se fait de ces guerriers venus du Nord, n'a guère de substrat historique. Les auteurs soulignent que de nombreuses références de la série sont tirées de l'Edda, un texte du XIIIe siècle, en décalage donc avec une histoire qui se déroule au VIIIe siècle. Les scénaristes de la série seraient donc coupables de mythographie plus encore que d'anachronisme. 

 

A propos des Tudors, nos historiens citent leurs collègues britanniques qui critiquèrent la vision américaine de l'histoire d'Angleterre, qui provoque une distorsion. Mais leur indulgence est grande quant à la dramatisation nécessaire de scénaristes soucieux d'accrocher le télespectateur. L'un des plus critiques, David Starkey, auteur de documentaire historique sur la période a pourfendu à sa sortie, "l'ignorance des faits historiques" dans cette série, voire son "arrogance". La presse, elle, qualifiait sur un ton humoristique la série de "Sex and the Tudors" ou de "Six desesparate housewives of Henri VIII". Dans leur tentative de sauver la série, nos historiens voient dans la multiplication des scènes sexuels, une parabole sur la puissance et la domination du roi, et dans l'affaiblissement de sa virilité au cours des trois saisons, la métaphore de son vieillissement qui n'apparaît pas autrement à l'écran, sinon par la présence de la maladie ou du handicap. L'analyse des scènes de sexe est encore plus poussée par la suite avec un décryptage lacanien de l'onanisme du roi....

Enfin, les auteurs s'intéressent au portrait fait de deux reines, Anne Boleyn et Katherine. Une fois encore, c'est la référence aux sources documentaires historiques qui ont inspiré la série, qui donne des clés. Enfin, des erreurs historiques sont soulignées comme le fait que Charles Quint parle dans la série avec un fort accent espagnol alors qu'il était de langue française ou la présence de la coupole de la basilique Saint-Pierre qui a été achevée que postérieurement dans une scène à Rome.

L'article de "The historians" s'applique ensuite à traiter de la "figure" du roi. Notamment parce que la production a choisi un acteur au physique avenant, loin de l'image du monarque. Il n'est pas roux, est plus petit, et son corps glabre correspond plusaux standards de notre époque qu'à ceux du XVIe siècle. Cependant, les auteurs trouvent intéressant que l'image que l'on a dans l'imaginaire collectif, celui d'un roi vieux, barbu, obèse, soit remise en cause. Car oui, Henri VIII a aussi été jeune et beau, comme le rapporte des ambassadeurs vénitiens, qui le trouvent, à 29 ans, plus beau que le roi de France, François 1er.

Suivent deux autres études des séries "The knick" et "Masters of Sex", que je vous laisse découvrir en attendant avec impatience la saison 2, avec d'autres séries décryptées... A suivre.

"The Historians", Saison 1, Les séries TV décryptées par les historiens, Université de Genève, Georg Editeur, 2017.

 

  

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