01/03/2018

Pour en finir avec notre impuissance face à Kim Jong-eun

téléchargement.pngCeux qui ont cru que les contacts entre dirigeants des deux Corées lors des JO de PyeongChang changeraient quoi que ce soit devraient lire le dernier ouvrage de Pierre Rigoulot, intitulé "Pour en finir avec la Corée du Nord". Dans cet opus publié chez Buchet Chastel, le directeur de l'Institut d'Histoire sociale, rédacteur en chef de la revue "Histoire et liberté", livre une critique sans merci de la politique diplomatique menée à l'égard d'un régime qu'il qualifie à raison "de pire de la planète".

Car Pierre Rigoulot ne fait pas partie de ceux qui trouvent un quelconque exotisme à la dynastie Kim, ni de ceux qui se font peur avec le nucléaire nord-coréen. Non, lui, veut en finir avec ce régime parce qu'il écrase le peuple nord-coréen. Son livre se conclut comme son titre en fait la promesse, sur la définition d'une nouvelle ligne à adopter à l'égard de ce pays pour enfin "en finir avec la Corée du Nord". Il démontre en effet que la ligne adoptée jusqu'ici n'a apporté aucune avancée, ni sur le gel du programme d'armement nucléaire, ni sur une amélioration de la situation des Nord-Coréens. "Maintenons la pression. Rendons difficile et coûteuse la nucléarisation de la Corée du Nord par son jeune dirigeant… Négocions la reconnaissance pleine et entière de la Corée du Nord et faisons la paix avec elle. Renonçons enfin à croire qu'elle abandonnera son arsenal nucléaire et bombardons-la… d'informations", écrit-il en fin d'ouvrage. Il va même plus loin et suggère non seulement d'alourdir les sanctions (à commencer par l'arrêt de la livraison de pétrole), mais aussi de cesser les aides directes pour faire que la société coréenne s'organise en dehors de l'Etat et finisse par s'émanciper. Quand il parle de bombarder d'informations les Nord-Coréens, c'est aussi pour casser la propagande qui leur fait croire que l'on vit mieux au Nord qu'au Sud et sur le reste de la planète. Pierre Rigoulot ne croit en effet qu'à un changement intérieur pouvant abattre une oligarchie repue de produits de luxe et ses fidèles, logés dans la capitale, quand le reste du pays souffre de la faim, du manque d'infrastructure de santé, et bien sûr, de liberté. Coup d'État ou révolte, seuls, pourront libérer ce peuple.

 

 

 

Pour cet observateur de longue date du pays, il n'y a décidément rien d'imprévisible dans l'alternance des mains tendues et des essais balistiques ou nucléaires qui se sont accélérés dans les dernières années. Rien de neuf, hélas, dans la répression menée contre celui qui se risquerait à ne pas épousseter le tableau de Kim Il-Sung, Kim Jong-Il ou Kim Jong-eun, entraînant avec lui tous les membres de sa famille dans un des camps d'internement du pays. Peu d'effets des sanctions difficiles à faire voter et qui n'arrivent pas à vraiment affaiblir le régime, parce que Russie et Chine, les deux principaux soutiens du pays des sans droits, les assouplissent à l'ONU et  organisent eux-mêmes leur contournement en important des matières premières et en lui fournissant des biens, notamment. Pierre Rigoulot pense d'ailleurs que compter ajourd'hui sur la Chine pour faire pression sur Pyongyang, n'apportera pas la solution, comme l'espère encore les Etats-unis.

En outre, la Corée du Nord profite des aides internationales pour financer ses recherches nucléaires, vit de trafics en tous genres, à commencer par la fausse monnaie, la drogue (spécialement les amphétamines), l'ivoire (dont la moitié des affaires implique des diplomates nord-coréens), les diamants, et les armes (comme l'a récemment montré la fourniture d'armes chimiques à la Syrie), et exporte des travailleurs esclaves (60 000 en 2015) qui rapportent (moins que le reste!) à l'État (75% du salaire lui revient) plus qu'aux travailleurs, jusqu'en Europe (en Pologne).

État terroriste (attentat de Rangoun qui a décimé le gouvernement du sud en 1983, attentat à la bombe de 1987 contre un avion de ligne de Korean Airlines), la Corée du Nord est depuis devenu le pays le plus à la pointe en matière de technologies de cybercriminalité et cyberguerre. Des experts ont ainsi lié des éléments de l'attaque du virus Wanacry en mai 2017 à la Corée du Nord. C'est aussi le pays qui détient le troisième arsenal d'armes chimiques au monde. Il fabriquerait également nombre d'armes biologiques. Cet État est donc une menace, et pas seulement virtuelle en tant que potentielle puissance nucléaire capable de frapper les États-Unis ou l'Europe. Séoul, la capitale du Sud, est à portée de toutes les armes conventionnelles et interdites que le régime possède et cela fait peser une menace déjà bien réelle sur la population de la capitale du sud ou sur celle du Japon.

Enfin, la Corée du Nord entretient des camps de concentration (moins nombreux qu'avant mais plus grand). Pour savoir qu'on peut s'y retrouver enfant, sans raison, il suffit d'ailleurs de relire les nombreux témoignages entendus au Palais des Nations à Genève et dont La Tribune a rendu compte. Les Kim ont aussi organisé des exécutions publiques, interdit les déplacements sans autorisation de la police, espionné et surveillé les faits et gestes de tous, jusqu'à l'échelle du quartier. Tyrannique, le régime sème la terreur, bourre les crânes d'une idéologie unique et obligatoire (devenu un salmigondis, selon l'auteur), contrôle tous les médias à l'intérieur et verrouille à l'extérieur (pas d'internet, un DVD, une clé USB, une bible sont des preuves de délits). Tortures et mauvais traitements sont monnaies courantes…

C'est donc à ses yeux en reconnaissant que l'on n'a pas su arrêter la nucléarisation nord-coréenne, ni su aider les Nord-Coréens, qu'il faudra changer de politique. En commençant par ne plus se bercer d'illusions, ni éprouver une fascination morbide pour les menaces de destruction d'un petit dictateur qu'il faut définitivement mettre à nu devant son peuple.

 "Pour en finir avec la Corée du Nord" de Pierre Rigoulot, Editions Buchet-Chastel, mars 2018, 213 pages. 

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Commentaires

Comment les citoyens s'émanciperaient-ils si on leur rendait par sanctions la vie encore plus dure (comme ces embargos selon les Etats concernés qui, toujours, lèsent les moins aisés, les plus démunis, les plus faibles)?

L'aspect POUPON de Kim pourrait voire "devrait" attirer une attention psy sur son histoire, son enfance avec d'éventuels traumatismes ayant cessé ou interrompu son développement naturel.

Pour ce peuple, une fois de plus, à quand une force internationale mondiale nouvelle "intègre et désintéressée" ne dépendant pas des Etats-Unis... ne voulant que le bien-être des habitants de la planète qui appelée au secours, en l'occurrence, par les habitants souffrants de la Corée du Nord... interviendrait?

Écrit par : MB | 18/04/2018

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