27/01/2014

Hollande, la politique de gribouille

1362711--jusqu-ici-tout-va-mal-de-cecile-950x0-1.jpgJusqu'ici tout va mal: tout est dit dans le titre. Le début de quinquennat de François Hollande a été émaillé de ratés, d'affaires et de mauvaises nouvelles. Dans son livre, Cécile Amar revient sur ces épisodes, depuis le tweet de Valérie Trierweiler intervenant dans la législative où sa rivale Ségolène se présentait jusqu'à la piteuse gestion de l'affaire Léonarda. Il manquait encore le soap-opéra en scooter et la rupture avec Valérie. Mais cela fait-il un livre? Pas de révélations, quelques off sans grand intérêt. Pourtant, Cecile Amar tenait un bon sujet.

Car on apprend quelque chose d'important dans son livre: le tournant annoncé lors de la dernière conférence de presse du président français était au programme de la candidature avortée de Jacques Delors. Dans ses mémoires, ce dernier écrit: "il fallait dresser un cadre pour un assainissement rapide des finances publiques (Etat et Sécurité sociale) et stimuler la baisse négociée des charges sociales, et donc un allègement du coût du travail en contrepartie de la création d'emplois et du développement de la formation professionnelle ouverte aux chômeurs, aux jeunes sortant de l'école sans employabilité suffisante et aux travailleurs menacés par les mutations nécessaires de nos structures économiques." Delors pensait que le PS n'accepterait jamais ce programme. C'est le déloriste Hollande qui le met en pratique aujourd'hui. Mais apprend-t-on aussi dans le livre de Cécile Amar, François Hollande qui partage avec Nicolas Sarkozy la certitude d'être le meilleur et de ne rien devoir à personne, n'a jamais payé sa dette à Delors qu'il ignore. Il l'a utilisé comme tremplin, sans jamais le remercier de l'avoir aidé à monter. Ce traitement inélégant tient-il de la haine recuite d'Hollande pour la fille, Martine Aubry?

La charge présidentielle isole. Hollande décide seul, se recroqueville à l'Elysée, écrit Cécile Amar. Et le grand mou pique de plus en plus de colère contre ministres et collaborateurs. Car l'image de Hollande ne correspond pas sur ce point à la réalité. Le mensonge de son ministre Cahuzac sur ses comptes en Suisse ne fera que le conforter dans l'idée qu'il ne peut faire confiance à personne. Seul. Il décide et s'énerve de ce que les autres font. Un président de la Ve encore plus monarchique qu'à l'habitude, se méfiant de sa cour. En revanche, le mi-chèvre mi-chou de ses décisions est largement illustré par le mauvais scénario du début de mandat. Léonarda, accueillie mais sans sa famille, et le prisonnier gracié à moitié, El Shennawy  étant les meilleurs exemples de cette politique de gribouille. Il n'est pas frontal, dit de lui son premier ministre Jean-Marc Ayrault. Fuyant?

Hollande est persuadé que le mariage pour tous de son quinquenat restera dans l'histoire. Il fait remarquer que partout, la crise a mis le peuple dans la rue en Europe. Sauf en France. De quoi se satisfaire? Il donne rendez-vous à la fin de son mandat pour son bilan, répète que la courbe du chômage va s'inverser mais repousse l'échéance.

Tout cela est dans le livre. Son auteur ne brille pas par son style. On aurait aimé que Raphaelle Bacquet ou Florence Aubenas s'emparent du sujet. C'eut été autre chose. Ce qui est drôle d'ailleurs, c'est que le passage le plus et le mieux écrit est signé.... François Hollande. Quand il écrivit sous le nom de Caton uine partie du livre consacrée à Delors et Rocard. Extrait: Delors, c'est un être retenu à force d'être réservé, un faut doux, un gentil qui titille et peut devenir méchant. Il a l'orgueil de ceux qui n'ont pas toujours été reconnus à leur juste valeur. Il se réfugie dans les idées, les nuages d'où un Dieu quelconque viendrait le décrocher". C'est autrement plus imagé et enlevé que le style de Cécile Amar. Ca va mieux en le disant, non?

"Jusqu'ici tout va mal" par Cécile Amar, chez Grasset, janvier 2014, 281 pages.

20/11/2013

Alain Minc: "L'Allemagne mérite mieux qu'être une grosse Suisse"

Vive l'Allemagne "qui mérite mieux que d'être une grosse Suisse". Alain Minc qui sait suivre l'air du temps, comme l'air del 'argent, vient de publier un petit opuscule élogieux concernant ce pays voisin qui est à ses yeux désormais, le pays "le plus démocratique et le plus sain d'Europe". Il reproche aux Français leur antigermanisme primaire (ah bon?) et leur tendance à croire en une tentation impériale de l'Allemagne (Re Ah bon!). En fait ce sont les Allemands eux-mêmes qui veulent s'en garder, encore empreints de leur culpabilité historique du nazisme.

Minc voit en l'Allemagne une "grosse Suisse", prospère, paisible et indifférente au monde. Et il regrette qu'elle n'assume pas son leadership tempéré en Europe et sur la scène diplomatique. Sur les deux-tiers de ce petit livre, son auteur nous donne un cours d'histoire, rappelant que l'Allemagne s'est forgée autour d'un peuple nation, sans véritable frontière, que le nazisme n'était pas une fatalité naturelle de l'esprit allemand. Si on ne partage pas son analyse de la gauche allemande au début du siècle, car il oublie qu'une bonne part des communistes allemands furent parmi les plus libertaires d'Europe (Rosa Luxembourg), on acquiesse ensuite sur les conséquences de la conférence de Postdam qui donnèrent à ce peuple-nation un terriroire enfin défini entre Rhin et frontière OderBesse, et sur le partage de Berlin qui a fait des Allemands des pro-Occidentaux, cultivant par force une méfiance à l'égard de la Russie soviétique. Cependant, le tropisme russe de l'Allemagne resurgit aujourd'hui et Alain Minc n'en dit rien. Il fait ensuite l'éloge d'un système politique fédéraliste et socialement consensuel ;  d'un tissus d'entreprises qui échappe aux côteries françaises qu'Alain Minc sert contre rémunération ; ou d'une société civile active. Il aborde ensuite le miracle de l'intégration de 17 millions d'Est-Allemands, quand la France eut du mal à accueillir son million de pieds-noirs d'Algérie. images.jpg

A la page 87, commence l'essai de Minc sur la place de l'Allemagne en Europe. Il intitule ce chapitre une Allemagne européenne et non une Europe allemande, négligeant sans doute l'euro qui est tout de même une monnaie plus adaptée à l'économie allemande qu'à celles des pays du sud. Bien sûr, les Allemands ont contribué à l'entrée des pays de l'Est en Europe, repoussant la frontière orientale qui partageait leur pays au temps de la guerre froide. L'économiste salue Berlin qui a été "le greffier des marchés", avec prudence et raison. Et note qu'un pays possédant une industrie solide peut se passer d'un système financier performant.

Alain Minc fait enfin le diagnostic d'un inexorable déclin: faiblesse démographique, faiblesse du patrimoine des Allemands, absurde politique énergétique avec le renoncement au nucléaire que d'autres analyseraient comme une prémonition salvatrice, ou encore ce fameux tissus de PME en biens d'équipements qui trouveront de moins en moins de débouchés chez les émergeants, et enfin la fin d'une décennie d'austérité salariale et l'augmentation inéluctable du coût du travail.

L'auteur décrit ensuite cette puissance désormais unifiée dont l'opinion publique "plus suisse que celle des Suisses" la maintient à l'état de nain politique. Ce jeu petit bras ralentit les progrès du fédéralisme européen, sans aucun doute. Pour Minc, les partenaires de l'Allemagne, à commencer par la France, doivent la pousser à s'assumer. Pour Moscou, une Allemagne "grosse Suisse" est une "bénédiction", écrit l'auteur, car cela veut dire une Europe faible. Les Américains eux, n'en veulent. Minc écrit: "il leur faut tordre sans cesse le bras aux Suisses trop égoistes et trop peu coopératifs quand leurs intérêts finacniers sont en jeu. Aussi, n'ont-ils aucune envie de connaître les mêmes difficultés, à la puissance dix, avec l'Allemagne".  Cela va mieux en le disant, non? 

"Vive l'Allemagne!" Alain Minc Grasset, essai, 155 pages, oct 2013

15:33 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : alain minc, allemagne, europe, suisse | |  Facebook

26/09/2013

La vérité crue de la guerre

images.jpgElle s'appelle Polina. Elle est tchétchène. Elle pourrait s'appeler Aziza aujourd'hui et vivre en Syrie. Polina avait 14 ans lorsque la deuxième guerre de Tchétchénie a commencé. Jusqu'en 2002, elle a tenu un journal intime. Publié par Books éditions avec le soutien de France culture, ce journal d'une adolescente pendant la guerre est d'une vérité crue au quotidien. Celle des bombes qui défoncent les habitations et sèment la terreur parmi les civils, celle de la nourriture qui se raréfie, celle des cadavres qui jonchent les rues, des proches tués, des vols entre miséreux, de la violence faite à ceux qu'on pourchasse parce qu'il sont tchétchène, de la méfiance et des violences faites à ceux qui comme Polina ont aussi une ascendance russe. C'est aussi le journal d'une jeune fille qui vit dans un pays en guerre mais qui rêve, qui est amoureuse d'un beau jeune homme qu'elle nomme Aladin et qui lui ramène des cadeaux, d'une ado qui est en colère contre sa mère, qui s'attache à tel ou tel, qui va chercher de l'eau ou vendre des petits riens sur le marché, qui se débrouille pour survivre, seule avec sa mère dans un univers où l'absence d'hommes sonne déjà comme une condamnation. Dans une courte préface, Anne Nivat rappelle qu'elle n'a pas connu pire guerre que celle de Tchétchénie. Et le journal de Polina vient en témoigner au quotidien. "Je n'arrive pas à croire que c'est la troisième guerre de ma courte vie", écrit Poina, qui sera blessée par des éclats d'obus qui voyagent dans sa jambe et la font terriblement souffrir. Signant parfois Boudour, princesse Boudour, Polina, etc la jeune fille fait preuve d'une sensibilité et d'une poésie qui alterne avec des descriptions "blanches" d'une réalité crue. Plus rien à manger sinon de la farine pourrie, plus rien à boire sinon de la neige crasseuse, plus rien pour chauffer sinon quelques morceaux de fenêtres dont les vitres ont volé en éclat faisant entrer le froid.

Polina Jerebtsova a dédié son livre aux dirigeants de la Russie d'aujourd'hui. La sortie de son livre en 2011 en Russie a déclenché une virulente polémique et son auteur a reçu des menaces de la part des supporters de Vladimir Poutine qui ne sont pas prêts à reconnaître les crimes de guerre russes en Tchétchénie dont Polina témoigne à sa façon. Depuis elle a dû fuir Moscou et est exilée en Finlande où elle a obtenu l'asile politique. Ca va mieux en le disant, non?

"Le journal de Polina, une adolescente tchétchène" par Polina Jerebtsova, cehz Books éditions documents coédité par France Culture, 553 pages. 

06/08/2013

Avec Kessel, grand reporter

51O0JQSP4hL__.jpgJean-Claude Zylberstein a publié dans la collection texto, une série de reportages du journaliste et écrivain Joseph Kessel, entré à 17 ans à la rédaction du Journal des débats à Paris. Le 14 juillet 1919, il assiste au défilé de la victoire des poilus sur les casques à pointe sous l'Arc de triomphe. Cet article ouvre le volume consacré aux reportages de la période 1919-1929. Ce premier papier dit tout du Kessel journaliste, peintre d'ambiance, parfois lyrique, qui colore par ses trouvailles littéraires son récit. Ce qui nous intéresse ici court dans les pages suivantes. Le grand reporter de l'époque vit des moments d'histoire, rencontre les Républicains irlandais de Michaël Collins, le révolutionnaire russe Kerensky, le fils du grand écrivain Tolstoï ou d'Herzl, le père du sionisme en Israël. Ou encore le colonel Colet, chef des brigades tcherkesses de l'Armée française en Syrie.

Premier reportage en Irlande auprès des nationalistes du Sinn Fein, et première claque. Kessel raconte un faux procès hallucinant d'un agent du renseignement britannique démasqué par les partisans républicains. L'accusé fait face à ceux qu'il croit être ses juges et quémande leur clémence du regard. Ce sont en fait des journalistes conviés par le Sinn Fein. Parmi eux, Kessel qui raconte, mais aussi l'envoyé spécial du Journal de Genève, parmi les rares titres de la presse mondiale présents (New York Times ou Corriere de la Serra, parmi d'autres). L'espion à la solde de la Couronne britannique sera expulsé vers la Grande-Bretagne, et non exécuté, comme d'autres le furent plus souvent. Kessel témoigne aussi de la naissance de l'IRA, l'Armée républicaine irlandaise, alors forte de 150 000 hommes, racontée par Shawn, un jeune officier de l'armée clandestine avec qui il a rendez-vous dans un pub de Dublin. Puis, Kessel, journaliste de 20 ans qui écrit qu'il ne veut pas croire que la Grande-Bretagne, ce grand pays de la démocratie parlementaire, est capable de barbarie, est appelé dans le village de Balbrigann, investi à la suite d'une rixe d'hommes ivres par les Blacks and tans, recrutés dans les prisons et les bagnes comme troupe auxiliaire britannique en Irlande. Exécutions, mutilations, furie de mort: j'ai vu, j'ai vu, j'ai vu annone le journaliste frappé par cette brutalité britannique qu'il n'osait pas imaginer.

Un autre article nous entraîne en terre de Palestine. Kessel nous raconte d'abord une fable, celle de deux peuples et de deux plantes, le peuple palestinien et le peuple juif, sémites tous deux, du cactus qui fait corps avec cette terre aride  et de l'eucalyptus, cet arbre des colons juifs qui a asséché les marécages et détruit les moustiques paludéens. L'envoyé du Journal des débats, raconte la coexistence des deux peuples et le projet de Hertzl qui donna corps aux rêves d'une diaspora répétant "L'an prochain à Jérusalem". C'était avant la fondation de l'Etat d'Israël. Mais le plus étonnant vient ensuite quand Kessel nous fait rencontrer les Frères de l'Emek, les colons, dans des villages fondés qui, par des Hassidin polonais, qui par des Roumains, des Américains ou des Moldaves. Et surtout, cette incroyable République des enfants, faites de 160 orphelins des pogroms d'Ukraine, envoyés en terre promise avec l'argent de la riche communauté juive d'Afrique du Sud. A Kfar-Ieladine, un pédagogue russe nommé Pougatcheff a conduit les enfants qu'il a installé dans leur nouvelle vie, à une autogestion de leur petite communauté. Toujours dans cette série de reportage au Proche-Orient, une autre rencontre stupéfait le lecteur: celle des derniers Chomrones à Naplouse. Les Chomrones, ceux qu'on appelera plus tard les Samaritains, ceux qui ne quitteront jamais le sol de leurs ancêtres, mais qui furent écartés de la communauté juive, réjetés pour schisme. Ils sont alors 175, écrit Kessel. Combien sont-ils aujourd'hui, à suivre les rites particuliers de leur lignée, et à ne pas reconnaître le Talmud, rédigé depuis l'exil?

De Palestine, Kessel passe au Liba puis en Syrie. Et ces articles nous touchent particulièrement aujourd'hui alors qu'Assad est en train de détruire "les jardins de Damas" et son peuple. A Beyrouth, Kessel se "promène" dans la ville souterraine et tombe sur les "Barnabagues", les bravis de Beyrouth,ceux qui tuent sur ordre. Cent cinquante kilomètres plus loin, il est à Damas et ses jardins, "les plus beaux que je conaisse" écrit le grand reporter. Le pays est alors sous administration française et le journaliste de Paris rencontre le capitaine Colet et ses brigades tcherquesses et les guerriers alaouites ... Le volume s'intitule le temps de l'espérance. Un titre qu'on aimerait lire aujourd'hui... Ca va mieux en le disant, non?

"Le temps de l'espérance" reportages 1919-1929 par Joseph Kessel, collection Texto, Taillandier, 2010

  

 

22:28 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

05/06/2013

Penseurs de la libération africaine

images.jpgIl y a longtemps que je voulais donner un coup de chapeau au travail d'édition du CETIM, le Centre Europe Tiers Monde à Genève, pour sa collection "Pensées d'hier pour demain". Deux petits ouvrages fort bien faits viennent de sortir sur deux figures majeures de la lutte anticoloniale et antiimpérialiste en Afrique, Frantz Fanon, ce Martiniquais engagé dans la libération de l'Algérie au sein du FLN et auteur du fameux livre "Les Damnés de la terre", et Patrice Lumumba, nationaliste congolais et premier chef de gouvernement de l'indépendance, assassiné le 17 janvier 1961. L'un et l'autre de ces héros africains ont écrit des discours ou des textes qui ont marqué toute une génération de militants politiques dans le monde. Mais qui les connaît aujourd'hui, parmi les générations qui ont suivi? Dans ces petits livres à la couverture en noir et rouge, un jeune lecteur trouvera une biographie, un texte introductif, des discours ou des extraits de textes de ces leaders africains. Et ce qui frappe à la lecture de ces textes, c'est la lucidité parfois prémonitoire de ces deux figures.

Dans la préface aux textes de Patrice Lumumba, le politologue congolais Georges Nzongloa-Ntalaja, revient sur les circonstances et les raisons de l'assassinat de l'ancien premier ministre congolais. Parmi les motifs de cet assassinat, sept mois à peine après l'indépendance du pays, il y eut la menace que faisait peser la volonté de Lumumba de reprendre le contrôle sur les ressources du sous-sol congolais, exploitées par des intérêts étrangers. Parmi les acteurs du drame, le colonel Mobutu auteur du coup d'Etat qui l'installa au pouvoir, sa clique de "Binza" le quartier huppé de Kinshasa, et les services belges et américains qui ont poussé à la sécession des régions minières du Katanga et du Sud-Kisaï. Il dit aussi l'actualité de la pensée panafricaine de cet auteur d'un discours fondateur d'indépendance qui eut des échos sur tout le continent africain. "Les divisions sur lesquelles les puissances coloniales s'appuient ont contribué au suicide de l'Afrique", écrit Lumumba en 1960. Il remercie aussi les Européens d'avoir "aider nos populations à s'élever" et appelle le Vieux-Continent à "libérer l'Afrique". "Nous refusons d'être le terrain des intrigues internationales, le foyer et l'enjeu de guerres froides", explique-t-il en 1960. C'est pourtant cela qui le tua. Et ce qui pèse encore sur le continent africain.

Au mois de mai, le gouvernement du Congo RDC a annoncé qu'une ville serait créée au centre du pays à son nom et en son hommage. Lumumbaville sera bientôt sur les cartes du monde, rassemblant des bourgs existants. 

Dans l'opuscule consacré à Frantz Fanon,la présidente de la Fondation, Mireille Fanon-Mendès-France fait l'éloge dans sa préface de l'actualité d'un penseur éclairant des hommes en lutte contre la domination, et fait des parallèles entre le discours d'austérité imposé aux peuples d'Europe et le discours néocolonial. Elle qualifie Fanon de déconstructeur de ces argumentaires fumeux, de penseur qui ouvre les yeux "sur la brutalité du monde". A la lecture de ses écrits, on découvre aussi une critique radicale des bourgeoisies nationales africaines qui se sont constituées au départ des colons, promptes à appeler les métropoles à la moindre déconvenue. "La bourgeoisie nationale des pays sous-développés n'est pas orientée vers la production, l'invention, la construction, le travail. Sa vocation est d'être dans le circuit, dans la combine. Et il est vrai que la rapacité des colons et le système d'embargo installé par le colonialisme ne lui ont pas laissé le choix", écrit Fanon dans "Les damnés de la terre". Pour Fanon, cette impossible bourgeoisie favorise le gouvernement indirect de l'ex-puissance coloniale qui la nourrit et la montée en puissance d'une armée nationale (encadrée par des experts étrangers) qui terrorise les populations". Suit les théories révolutionnaires et de nationalisation du secteur tertiaire pour "sauter l'étape bourgeoise". Ce qui reste, c'est une analyse critique de l'ère postcoloniale durant laquelle peu de dirigeants africains ont su construire le projet généreux des pères des indépendances, versant peu ou prou dans la corruption et les violences contre leur propre peuple. 

Suivront des petits livres sur le Marocain Mehdi Ben Barka, le Sud-Africain Steve Biko et le Guinéen Amilcar Cabral... Bravo au CETIM... Ca va mieux le disant, non?fanon.jpg

"Frantz Fanon" et "Patrice Lumumba" CETIM, collection Pensées d'hier pour demain, Série Afrique Caraïbes. www.cetim.ch.

 

 

 

18:10 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

10/05/2013

Géopolitique en ombres chinoises

On connaissait Philippe Dessertine, directeur de l'Institut de haute finance, pour ses analyses sur la crise. Mais on ignorait son talent de romancier. Oui, une fois n'est pas coutume, c'est d'un roman dont il s'agit dans ce blog habituellement réservé aux essais sur la marche du monde. C'est que dans ce roman, il est question de géopolitique, de diplomatie, de pouvoir et de ses ombres chinoises. Et que, comme le dit la quatrième de couverture, dans ce roman, presque tout est vrai.

imagesCANTK0W1.jpg

"Le gué du tigre" se passe pour l'essentiel dans la salle d'interrogatoire de l'ambassade des États-Unis à Chengdu et aux alentours. Philippe Dessertine nous raconte cette extraordinaire épisode de l'affaire Bo Xilai qui a agité la Chine l'an dernier. Le chef de la police qui a démantelé des réseaux de corruption sous l'autorité de ce prince rouge, promis à intégrer le cercle des huit dirigeants de la République populaire avant d'être déchu, se rend à l'ambassade des États-Unis et demande l'asile politique.

L'Eliott Ness chinois, celui qui a mis les Triades à terre à Chongquing, ville dirigé par Bo Xilaï, joue une grosse partie. Il livre aux Américains des secrets d'Etat. Sur le fonctionnement du pouvoir chinois. Et notamment sur une organisation financière internationale qui soutiendrait les intérêts des princes rouges. En l'absence du numéro 1 de l'ambassade, c'est une femme, numéro 2 qui gère la situation qui devient de plus en plus tendue.Jusqu'au siège de l'ambassade par diverses forces de sécurité de l'Etat chinois, inquiet des révélations qui pourraient lui nuire.

Sauf que Philippe Dessertine la joue à la John Le Carré et que le lecteur ne sera pas au bout de ses surprises en tournant les pages. Car ce qui se joue est d'une autre nature. Géopolitique. Entre deux puissances, l'une montante et sans scrupules: la Chine. L'autre, les États-Unis, installée dans son hyperpuissance mais sonnée, et presque endormie.

Passionnant, écrit à l'américaine, faisant primer le récit au plaisir du mot, "Le gué du tigre" nous apprend beaucoup sur les rivalités internes au pouvoir chinois, sur le Gonganbu (ministère de l'intérieur), le Guoangbu (service d'espionnage et son bureau 610 chargé de réprimer le Falung Gong). Ce roman raconte aussi comment l'affaire criminelle de la femme de Bo Xilai s'inscrit dans un scénario d'éviction d'un homme dont Pékin craignait qu'il ne soit inculpé de crimes contre l'humanité pour son rôle dans la répression de la secte Fanlung Gong. On apprend au passage dans cet excellent livre que Pékin se méfie d'autant plus de cette secte, que le pouvoir chinois avait déjà été confronté à la fronde d'un mouvement spirituel, par le passé.

Il est aussi question des fameuses triades chinoises, avec les merveilleux noms de ces capots et petites frappes: éventail de papier blanc pour le chargé des finances, lanterne bleue pour le lampiste, maître des encens pour le recruteur et maître de la montagne pour le "parrain".

 

Il est enfin question de tous les hommes politiques qui ont marqué l'histoire chinoises, de Mao à Hu Jintao et à l'actuel président Xi Jinping,  mais aussi de la clique de Shanghaï et des princelings etc. L'auteur connaît bien la politique chinoise et en dit parfois plus que bien des experts francophones qui répètent souvent qu'on ne sait pas grand chose sur ce qui se trame en coulisses... Ou Dessertine est très informé ou il a beaucoup d'imagination...

Détail amusant, une des choses inventées du livre, c'est le nom de cette internationale financière qui soutenait les ambitions d'un Bo Xilaï pas si incorruptible: Dessertine l'a appelée Audace de l'argent. Romancier un jour, spécialiste de la finance toujours. Ca va mieux en le disant, non?

 

"Le gué du tigre" de Philippe Dessertine, Editions Anne Carrière, nov. 2012, 269 pages.  

19/03/2013

Comment la Chine s'achète le monde

images.jpgQuelle enquête! Dans vingt-cinq pays et au fil de 50 témoignages, deux journalistes espagnols ont pisté l'emprise chinoise sur le monde. Les récits sont éclairants et la somme, impressionnante. Heriberto Araujo et Juan Pablo Cardenal ont courru la planète et la Chine pour nous donner une image précise de la manière dont les Chinois sont en train d'acheter, de piller, d'aménager, de vendre et d'enrichir le monde. On croit savoir ici que la Chine est tout occupée à investir en Afrique, alors que la pieuvre profite de la crise européenne pour étendre une de ses tentacules sur le sol européen. Saviez-vous par exemple que la Chine a désormais des parts dans l'eau britannique (+de 8%), mène plus d'opérations d'investissement que les Etats-Unis en Allemagne, et a fait du port grec du Pirée qu'elle a acheté, l'entrée de ses marchandises en Europe? 

Comment cet appétit de marchés et de matières premières pour nourrir l'usine du monde a-t-il pu grandir au point de prendre pied sur tous les continents? Les auteurs l'expliquent. La Chine dispose de financements quasi inépuisables. Car le milliard de Chinois, sans couverture maladie et vieillesse se doit de mettre de l'argent de côté sur des comptes au rendement négatif. Le gouvernement s'est donc constitué sur leur dos son arme financière. Et cet argent crée les ressources illimitées d'Exim Bank et de la CDB, les deux principaux investisseurs chinois. L'autre atout est le sentiment très fort d'appartenance des Chinois. Dans plusieurs histoires d'exilés chinois qui se trouvent dans le livre, on retrouve le même schéma d'installation d'une communauté: un qui s'installe, fait commerce et fait venir d'autres Chinois du même village ou petite région alors qu'il prospère. Tous travaillent "pour la Chine". Pour preuve, la diaspora chinoise a largement financé les JO de Pékin en 2008. Et notamment, le fameux stade en nid d'oiseau ou le Cube d'eau, la piscine olympique. C'est par ce jeu de parrainages de gens parlant la même langue et du même coin que se sont installés au fil des années les 15 000 shanta sini du Caire, qui vendent du textile au porte à porte, permettant aux Egyptiennes d'essayer chez elle leurs vêtements, sans être soumis au regard de l'autre. Malin. Et pas question de flemmarder, car sinon, c'est toute la famille au village qui y perdra son honneur.

C'est aussi en dirigeant population et investissement que le pouvoir à Pékin tient ses lointaines provinces. Au Tibet, comme au Xingjiang musulman, les populations tibétaines et ouigours sont noyées dans l'émigration massive de Han et profitent des infrastructures construites par Pékin, qui sont comme des laisses qui rapprochent le chien de la main de son maître. Les auteurs n'omettent rien de cette omniprésence de la Chine, ni les mineurs exploités en Amérique du Sud, ni les forêts détruites chez les Kachin de Birmanie, ni les échanges violant l'embargo avec l'Iran, y compris sur le matériel nucléaire.

En Afrique, les 750 000 Chinois qui y travaillent déjà, copient sans vergogne le modèle colonial, expliquent les deux journalistes. Ils exploitent les matières premières à leur profit et inondent le marché de leurs produits. Au point qu'à Dakar, la principale rue commerçante a été baptisée Mao par les Sénégalais. Aucun pays n'échappe à la pieuvre. Pas même les huit îles habitables du Cap Vert où les Chinois ont ouvert 50 grands magasins en à peine 15 ans. Cette expansion du Made in China a d'ailleurs été fortement boostée à Genève, lors de l'adhésion de la Chine à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 2001.

Partout, la Chine construit, mais son intérêt est toujours présent. C'est le cas en Argentine et dans nombre d'autres pays où elle achète des terres pour nourrir sa population, l'énergie pour faire tourner ses usines, et les métaux rares indispensables pour l'électronique notamment. En outre, cela ne lui pose aucun problème de fermer les yeux dans tel ou tel pays sur des pratiques qui lui sont d'ailleurs tout aussi familières, en matière de corruption, de non respect des normes environnementales ou de violations de droits de l'homme. Dans ses pays voisins, elle crée des zones économiques spéciales comme au Laos, ou le jeu et le proxénétisme atirent et font rentrer l'argent. Quelle idée de mélanger affaires et morale! Dans d'autres zones ou entreprises, le salarié du cru touche beaucoup moins que le Chinois qui dirige. Normal. Colonial. Qu'ils vendent ou qu'ils emploient, les Chinois sont gagnants. Refusant tout manichéisme, les deux journalistes espagnols savent aussi souligner dans leur ouvrage les retombées positives pour bon nombre de pays qui gagnent des routes, des lignes de chemin de fer, de l'activité économique et de l'emploi ou des produits bon marché pour des populations tout à coup capables de se payer un peu de confort.

En toute fin de livre, les deux confrères abordent aussi deux questions essentielles: le défi environnemental posé par le gigantisme des besoins chinois (une véritable catastrophe écologique) et sur la diplomatie chinoises dont les Tibétains sont bien placés pour témoigner de la portée et de sa vigueur permanente. Enfin, Geriberto et Juan Pablo donnent un sincère coup de chapeau à ces Chinois qu'ils ont rencontrés partout sur la planète, des hommes entreprenants, courageux, durs à la tache, économes et habiles à diminuer les coûts.

Et ils en concluent que l'ascension de la Chine est en passe de changer la planète. Ca va mieux en le disant, non?

"Le siècle de la Chine" Comment Pékin refait le monde à son image, une enquête mondiale de Heriberto Araujo et Juan Pablo Cardenal, Flammarion, 321 pages.

Face à de nombreux interlocuteurs chinois, s'ils n'étaient pas introduit par un Chinois, les deux journalistes se sont retrouvés face à des portes closes, ou à des gens fort peu diserts.

        

12/02/2013

Les dettes de la France au Mali et l'isolement d'Aqmi

imagesCA29N9E8.jpgimagesCAFPH004.jpgEn venant au secours du Mali, le président François Hollande a rappelé que la France avait une dette à payer à ce pays. Des soldats maliens étaient venus défendre la France dans les rangs des tirailleurs sénégalais pendant les deux Guerres mondiales. Plusieurs journaux ont alors souligné que le Mali était également la rançon d'une autre guerre française, celle de Libye qui a déstabilisé toute la région et renvoyé chez eux des mercenaires touaregs de Kadhafi, lourdement armés et prêts à se battre pour l'indépendance de l'Azawad, au nord du Mali. Ces métaphores se référant à la sphère de l'argent étaient très justes. Car la situation de fragilité de l'Etat malien est en partie la conséquence d'une décision monétaire de la France. En 1994, Paris a rompu le lien entre le franc CFA et le franc, dans la perspective de la création de l'Euro, sans se soucier vraiment des conséquences pour les Etats d'Afriqued de l'Ouest. Les économies saheliennes s'en retrouveront profondément déstabilisées. C'est d'ailleurs la profonde déflation de 1994 qui a entraîné des exactions, déjà, contre les populations "blanches" du nord du Mali. Une milice songhaï  avait alors visé les Touaregs intégrés dans l'armée régulière, lors d'actions qualifiées de nettoyage ethnique. C'est aujourd'hui l'armée malienne et les populations noires qui s'en prennent aujourd'hui aux Touaregs, accusés à tort d'avoir ouvert la porte du Mali aux djihadistes qui s'y trouvaient déjà. Comme l'écrit Serge Sur, dans le dernier numéro de "Questions internationales", le Sahel est une "zone de confins" où se côtoient des populations disparates et parfois hostiles, une "zone de danger" où les djihadistes chassés d'Algérie ont trouvé refuge et où les frontières héritées du découpage colonial n'ont aucune réalité pour les populations nomades. Dans un numéro plus ancien (fin 2011) de l'excellente revue Hérodote, André Bourgeot, directeur de recherche au CNRS, explique lui comment s'est organisé le Sahelistan d'Aqmi, en plusieurs espaces spécialisés suivant les pays. "Le Niger est le pays où la prise d'otages est la plus fréquente. La Mauritanie est plutôt le sigèe d'attentats, d'attaques de caserne ou d'édifices diplomatiques. Et le septentrion malien ,divisé en deux blocs dirigés par des émirs concurrents, remplit trois fonctions différentes: la détention d'otages, le lieu d'exécution et la source d'approvisionnement en munition". A l'heure où l'armée française a pour objectif l'Adagh n Ifoghas, le sanctuaire d'Al Qaida au Maghreb islamique,  la situation n'a pas changé. André Bourgeot ajoute qu'Aqmi dispose d'une petite implantation locale, notamment au travers de mariages avec des femmes maures berabich et quelques cas isolés d'unions avec des femmes touaregues. Dans cet article qui s'intéresse à l'islam pratiqué dans la bande sahélienne qu'Aqmi veut transformer en Emirat de guerre, André Bourgeot rappelle aussi que l'islam des sociétés de pasteurs nomades sahariens a toujours fait preuve de tolérance et n'est jamais entré dans les querelles théologiques, qu'il soit soufi ou se réclamant d'autres tendances de l'école musulmane Malékite. Les salafistes se sont d'ailleurs empressés de détruire les mausolées des maîtres soufis à Tombouctou, comme ils l'avaient déjà fait en Somalie. Dans la revue Questions internationales, publiée par la Documentation française, Patrice Gourdin rappelle en effet que dans le vaste espace saharien, seuls quelques noyaux rigoristes existent dans le Hoggar, l'Aïr et le Damergou, régions influencées par la Senoussia, une confrérie d'inspiration wahhabite créée en 1835 en Cyrénaïque (l'est de la Libye). C'est la seule présence historique dans la région d'un fondamentalisme compatible avec celui des djihadistes d'Aqmi. Il en conclut que ce groupe exogène organisé en katibas toujours dirigées par des Algériens, ne peut agir dans la région, sans la passivité ou l'aval des Etats et des Touaregs. Et qu'en tout cas, aucune action contre Aqmi ne peut réussir sans la participation des hommes du désert. Le MNLA, le mouvement de libération de l'Azawad, un mouvement indépendantiste dominé par les hommes bleus, l'a d'ailleurs rappelé à la France. Questions internationales explique aussi que dans le chaos sahélien ouvert à tous les trafics, les groupes infra-étatiques entrent dans des alliances souvent fluctuantes, avec les Etats et entre eux. Le MNLA a d'ailleurs changé d'alliance en quelques mois. Ansar Dine aussi, en se divisant. Et l'Etat malien qui profitait des trafics du nord, avant d'être menacé jusque dans son coeur, à Bamako même, s'est retourné contre les trafiquants de drogue ou d'âme qu'il laissait opérer en toute impunité, voire pour quelque intérêt. Paris ferait bien de méditer toutes ses données dans sa façon de mener la guerre au nord du Mali.

"Le Sahel en crise" Questions internationales, numéro 58, novembre décembre 2012.

"Géopolitique du Sahara" Hérodote, numéro 142, 3e trimestre 2011.      

18:19 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : sahel, mali, touareg, azawad, aqmi, france, hollande, franc, sahara, guerre | |  Facebook

26/12/2012

Un Sarkozy qu'il avait vu grand

imagesCA0UQLS1.jpgHenri Guaino aime les mots. Et la poésie "qu'on dit comme des prières". La plume de Nicolas Sarkozy n'a cependant pas toujours été comprise. Discours de Dakar, discours de Grenoble, bilan d'un quinquennat revisité à l'ambition d'un Républicain authentique, mais un peu déçu au fond: l'éminence grise a repris le chemin de la page blanche pour expliquer. Il le fait dans un dialogue avec son vieil instituteur (revisitant tout les temps forts d'une présidence) trop près de l'impérieuse nécessité d'argumenter point par point, pour être tout à fait vrai. On imagine pourtant très bien ce fils d'une femme de ménage, pétri par cette école de la République qui lui a donné le goût de la poésie, l'amour d'un peuple, d'une nation, d'un pays, reprendre le chemin des écoliers en hommage à son maître. Après ce hussard noir, l'inspirateur fut de Gaulle, l'homme qui a dit non au renoncement, qui a voulu la France du côté des vainqueurs, l'inventeur inspiré d'une France résistante plus grande qu'elle ne fut sans doute. Il fait l'ouverture du livre, comme on pose des fondations. 

Dès les premières pages, on retrouve l'anaphore de l'homme de discours." Vous souvenez-vous?", écrit et réécrit Guaino. Lui, se souvient. Et met en garde. Contre l'abaissement de l'Etat face aux féodalités, aux corporatismes, aux corps intermédiaires. Ces corps si étrangers à sa culture politique. Si nécessaires pourtant quand il s'agit de négocier le changement social. Pour lui, Hollande, c'est le retour aux petits arrangements de la IVe République, la gauche "Mollet" comme il l'appelle en référence au vieux chef de la SFIO. Puisse-t-il avoir tort pour le bien du pays. Homme de combat, Guaino ne passe rien à la gauche. Normal. Mais n'a-t-il pas trop passé à la droite? Car à la lecture du livre, on sent aussi ses déceptions, toutes les occasions manquées du pari qu'il a fait sur Sarkozy qu'il a voulu si grand.

L'hommage à Séguin, touchant, en fin d'ouvrage, vous situe le bonhomme. Il est de cette droite-là, Guaino: celle qui n'a pas oublié le peuple, qui en vient, qui n'a ni l'amour de l'argent, ni celui des côteries de la bourgeoisie. Après la défaite de son candidat, celui qu'il avait si bien paré de mots en 2007 - et dont on sent bien qu'il lui reproche des mots de trop en 2012 (sauf celui de frontière) - fait son bilan du Sarkozysme. "Avons-nous fait tout cela pour rien?", s'interroge le battu. "Non", dit-il aussitôt, car on verra plus tard que ce bilan vaut mieux que les haines qui se sont déchaînées. Voyons donc avec lui. Oui, Sarkozy a bougé les lignes. Mais il a divisé. Oui, il a réintégré les grands noms de la gauche dans l'héritage républicain de la droite. Tant mieux. Le Fouquet's, Guaino le met un peu facilement sur le compte d'une séparation qui a bouleversé le jeune président. Admettons. A-t-il pour autant renoncé à paraître, Nicolas 1er? Pas sûr. On a beaucoup reproché à Sarkozy et à Guaino donc, le discours de Dakar. Le porte-plume s'en explique. Sa phrase sur "l'homme africain qui ne serait pas entré dans l'histoire" était un écho à celle d'Aimé Césaire disant "Laissez entrer les peuples noirs sur la grande scène de l'Histoire". Il y a de la maladresse dans cette phrase. Elle serait passée inaperçue si cette histoire africaine était racontée comme le fait le grand historien Arnold Toynbee dans "La grande aventure de l'humanité", un livre qui dit l'histoire du monde sans eurocentrisme. Mais hélas, ce n'est pas cette histoire que l'on a appris. Malentendu. Puis vient un chapitre sur la dépolitisation du monde, celle d'une gauche démocrate, jugée anti-républicaine au fond. Que dirait-il d'un Michel Rocard? D'un Mendès France? D'un Séguin, même? Aussi attachés à l'Etat qu'à cette démocratie s'exprimant à tous les étages. Ce serait oublier que la politique, c'est le destin que se font les hommes, une tragédie, toujours, ajoute Guaino, volontaire par désespoir. Il y a en effet du moindre mal dans le bilan qu'il dresse du Sarkozysme. Cela aurait été pire sans lui, en France, en Europe, et surtout sans le G20. Le monde était au bord du précipice. Les Français avaient donc souscrit une assurance, au lieu d'élire un sauveur comme ils le croyaient. Et la laïcité, menacée elle aussi? L'écrivain nocturne regrette cette phrase du "curé supérieur à l'instituteur" et même la laicité positive, vite remisée aux oubliettes. En homme de droite, Henri Guaino dit ensuite sa détestation de l'esprit hérité de 68 qui n'a pas préparé la jeunesse au malheur d'une crise qui l'abîme. Mais le gaullisme l'avait-elle préparé à l'individualisme et à l'émancipation qui lui a redonné une place? Oui, Pompidou et Chaban y ont pensé. Mais ont-ils vraiment osé? Viient ensuite le chapitre sur l'OTAN, sur l'Europe et l'international. La défense européenne? "Au moins, nous aurons essayé", écrit Guaino. Le capitalisme contre la finance? Au moins, nous aurons essayé, pourrait-on écrire à sa place. Mais voilà, écrit Guaino, "nous n'étions pas seuls". Va pour la critique d'une gauche qui pense tout résoudre par la redistribution. Trop simple, en effet. Mais la résistance contre l'austérité de Sarkozy dont il parle, qu'est-elle devenue? "La France a subi les politiques des autres", ajoute-t-il. Et cela continue.

Fier, Henri Guaino l'est de tous ces combats du "vouloir" contre le "renoncement". Cela le rend sympathique. Car l'impuissance ne l'est pas. L'Union pour la Méditerranée, le Grand Paris, le Grand Emprunt, le Fonds stratégique d'investissement, les écoles de la second chance. Pas mal en effet sur le papier.  En homme honnête, il conviendra que tout n'a pas marché. En lecteur honnête, on ajoutera que tout n'était pas à jeter, qu'il y a même la réussite du Grand emprunt et qu'il faudrait bien reprendre quelques uns des autres chantiers. Au fond, la politique, c'est cela, conclut-il "semer sans savoir ce que l'on va récolter". La République est semeuse. Mais Marianne demeure une rebelle. 

Un mot enfin sur tout autre chose. Sur Henri, l'enfant devenu grand. Quand il parle du "devoir d'orgueil" d'une mère parfois trop rigide avec son fils, cela réveille quelque chose chez tout enfant de milieu modeste. Quand il cite le "Premier homme" d'Albert Camus, "un livre qui parlait de moi", on ressent sa sincérité. Quand il cite des vers d'Hugo, on pressent qu'il les sait par coeur. Ce Guaino est touchant, comme son attachement à ce président qu'il avait vu plus grand qu'il ne fut. En vrai gaulliste. 

"La nuit et le jour" Henri Guaino, septembre 2012, Editions Plon. 

03/12/2012

Blonde ou brune, la droite?

droite brune.jpgEntre la droite décomplexée et un Front national dédiabolisé, il n'y a désormais rien qui empêche l'union. Telle est la thèse du livre de Renaud Dély, ci-devant patron de la rédaction du Nouvel Obs. Cette convergence des thématiques, l'auteur nous la rappelle en quatre temps. Dans un premier quart du livre, le journaliste nous rappelle les tabous tombés durant le quinquennat de Sarkozy. Deuxième temps: portrait de Patrick Buisson, idéologue en chef de ce sarkozysme qui défigure la droite. Troisième temps: la fausse révolution du FN couleur marine. Quatrième temps: retour sur un flirt qui fut très chaud aux régionales de 1998 et sur la montée d'une droite populiste en Europe. Ecrit sans génie, ce livre de synthèse, sans surprise, ni scoop, bien qu'il soit publié dans la collection Enquête de Flammarion, n'amène pas grand chose de plus que la lecture de la presse tirant le bilan du Sarkozysme et du Marinisme lepénien lors de la présidentielle. Depuis la rédaction de l'ouvrage, il y a eu la crise à l'UMP qui court encore. Elle amène à la fois du grain à moudre à Dély mais elle fragilise aussi sa démonstration. Oui, la droite forte de Guillaume Pelletier, enfant de Buissson, passé du FN à de Villiers avant de rejoindre Sarkozy a fait un bon score chez les militants (28%) et arrive en tête. Cependant, on constate que la moitié du parti ne se reconnaît pas dans ce positionnement "décomplexé". Faut-il rappeler qu'en 1998, ce ne sont pas des élus RPR mais bien des UDF qui ont fait alliance ou accepté l'élection avec les suffrages frontistes (Jacques Blanc en Languedoc-Roussillon, en Bourgogne, Charles Millon en Rhône-Alpes, Charles Baur en Picardie). Tous ont été exclus. Tous les leaders de premier plan à l'UMP l'ont répété: ils ne feront pas alliance avec le FN qui a toujours fait de l'UMP son principal adversaire, conscient qu'ils labouraient les mêmes terres électorales. Renaud Dély pourrait le rappeler. Enfin, la guerre actuelle des chefs complique un peu plus la donne. Après moultes défaites électorales, la droite a perdu la boussole, certes. Une recomposition est en cours. Mais il n'est pas certain que le gros des troupes se retrouve dans un parti de droite brune. Bien malin qui peut dire ce dont elle accouchera. Pour dire la vérité et avec un peu d'humour, on peut même se demander si la droite française n'est pas de ces blondes qui inspirent tant d'histoires drôles. Plutôt que cette brune ténébreuse décrite par Dély. 

"La droite brune UMP-FN: les secrets d'une liaison fatale" chez Flammarion enquête, 269 pages, octobre 2012.

01/10/2012

Lumière sur les ombres birmanes

birman.jpgUn beau livre sur la Birmanie? Mieux que cela. "Burmese shadows" de Thierry Falise est une exploration en profondeur du pays. "De ses ombres derrière la lumière", de ce qui se cache "derrière ce que l'on nous montre", vu de "derrière le rideau de bambou". Le photo-reporter belge trimballe en effet ses boîtiers et ses objectifs depuis vingt-cinq ans sur les routes et chemins les plus sinueux de Birmanie. Fendant la jungle, escaladant les montagnes, parfois au prix de plusieurs jours de marche, il est allé à la rencontre des si diverses populations du pays aux paysages souvent sidérants.

En Birmanie, les minorités ethniques représentent un tiers de la population (55 à 60 millions d'habitants) et occupent 60% du territoire. Thierry Falise en est devenu un des meilleurs connaisseurs, les cotoyant depuis 1987. Il plaide désormais leur cause comme expert de l'association "Fairness international", fondée en 2009 par Léon de Riedmatten, ancien médiateur suisse en Birmanie. En juillet dernier, Thierry Falise était encore auprès des Karens, effectuant un reportage pour le quotidien français Le Monde après le cessez-le-feu signé avec le pouvoir birman en juillet dernier. "Plus personne ne réclame l'indépendance parmi ses minorités ethniques", explique le photographe dont le travail est salué par Chris Steele-Perkins, ex-président de la prestigieuse agence internationale Magnum, en quatrième de couverture. "Aujourd'hui, les différentes ethnies de Birmanie aspirent à une fédération à la Suisse, mais ce projet fédéral est mal perçu par les militaires qui y voient un risque d'éclatement du pays", commente Thierry Fallise. Depuis un an et demi de régime civil, des cessez-le-feu ont été signés sur de nombreux fronts et il n'y a plus guère de combats. Seuls les Kachins ont repris les hostilités après dix-sept ans de cessez-le-feu...

Dans cet ouvrage - le premier de photographies, mais le quatrième du journaliste consacré à la Birmanie (dont une biographie de l'opposante Aung San Suu Kyi, sous-titré "Le jasmin ou la lune") - Thierry Falise aborde de nombreux aspects du pays. L'homme est partout présent dans ses images. Parmi les reportages consacrés aux ethnies en lutte, le plus extraordinaire est consacré à  "L'armée de Dieu" et à ses deux petits généraux. "Le scoop de ma vie" commente l'auteur. Il s'agit d'une troupe de gamins et d'adolescents qui compta jusqu'à 200 enfants-soldats, une armée levée par deux jumeaux de moins de 10 ans, de l'ethnie karen, sur la foi d'une vision les appelant à combattre les soldats birmans. Un mythe chez les très supersticieux Karens jusqu'à sa dissolution en 2000. Un autre reportage vous transporte chez les Was, très réticents à accueillir des journalistes. Thierry Falise s'est rendu en 1993 dans ce territoire perdu à la frontière chinoise avec son ami suisse Bernard Genier de la RTS. Ensemble, ils marchèrent dix-sept jours depuis la frontière thaïlandaise pour rencontrer les soldats qui contrôlent dans cette zone la culture et le trafic de l'opium.  

En couverture de ces "Ombres birmanes" figure un portrait d' Aung San Suu Kyi. Cette image a échappé à son auteur - et il ne s'en plaint pas - pour figurer sur de nombreux T-shirt, des mugs ou des porte-clés, que les Birmans affichent sans crainte aujourd'hui. Le photo-reporter croit-il  en l'ouverture du pays scellée par la rencontre entre le général Thein Sein et Aung San Suu Kyi en août 2011? "Je pense que c'est irréversible. Il y aura peut-être des soubresauts mais les gens sont désormais prêts à s'opposer au prix de leur vie à un retour au pouvoir des militaires. Ce qui n'était pas le cas lors des manifestations de 2007."

On espère désormais qu'un éditeur romand s'intéressera à cet ouvrage pour en traduire les textes tout aussi éclairants que les photos qu'ils introduisent, chapitre après chapitre. Ca va mieux en le disant, non? 

"Burmese shadows" par Thierry Falise, Mc Nidder and Grace editions, 182 pages.

www.mcnidderandgrace.co.uk

 La publication de cet ouvrage quasi exhaustif sur la Birmanie a été rendue possible par le sponsoring du Suisse Jean-Michel Romon, un voyagiste installé depuis seize ans à Rangoun.  

17/09/2012

Le réveil de l'Algérie et ses fantômes

imagesCA94IJ6Q.jpgEric Sarner est un écrivain voyageur. Il en a la plume, la curiosité et l'érudition. Il ne s'interdit aucun chemin: ni celui de l'histoire, ni celui de l'anecdote, ni celui de l'actualité. Son écriture nous guide de l'un à l'autre avec aisance, pour notre plus grand plaisir de lecteur. Ce voyage en Algérie(s) nous apprend autant sur les Algériens d'aujourd'hui que sur certains épisodes de l'histoire de cette grande nation du Maghreb. L'écrivain ajoute sa pâte dès qu'un mot, un lieu retient son attention. Au départ de Marseille, ce natif d'Algérie, pied-noir donc, monte à bord du "Tarek" un prénom qui signifie à la fois "étoile du matin" et "celui qui frappe à la porte". Poétique. Après le mot, la langue. L'auteur rappelle que l'arabisation forcée décidée en 1963 n'allait pas de soi, puisque les leaders nationalistes et les chefs du maquis le parlaient très peu et ne l'écrivaient pas. "Mon ami Boualem Sansal dit que l'arabe est la langue de l'Algérie, mais que les Algériens parlent d'autres langues", écrit-il. Et voici que la langue amène Eric Sarner à la sociologie: Le courant arabophone est tout puissant dans l'enseignement primaire et secondaire, la justice, l'administration territoriale et la télévision. Le courant francophone domine l'administration centrale, les entreprises, les universités et grandes écoles, les partis et associations. Le courant berbérophone enfin "s'est fait un nid dans le culturel marginalisé". L'écrivain va ensuite à la rencontre des populations. A Bab el-Oued, avec des familles, il parle de la jeunesse d'aujourd'hui, qui ne rêve que de partir, et dont les possiblités de formation vont en se réduisant, tandis qu'elles sont victimes d'un fléau: la drogue (et pas seulement le kif). Sarner relit aussi l'histoire récente des émeutes de 1988, réprimées sauvagement jusqu'à soumettre des adolescents à la torture, "un printemps arabe avant l'heure".  En Algérie, il y a 4 à 5000 émeutes par an, rappelle un des interlocuteurs de l'auteur.

Chômage, précarité, oisiveté, sont le quotidien des jeunes Algériens, lit-on sur un tract. Eric Sarner ne s'arrête pas à cette page grise et rejoint un fête algérienne, joyeuse, où "partager un repas a quelque chose de sacré". On le retrouve ensuite dans la Casbah d'Alger sur les traces de celui qui inspira Pépé Le Moko, joué par Jean Gabin. "Cinquante six bougies et pas un jour de travail". Eric Sarner écrit comment ce Moko s'est joué des autorités pour vivre à leurs crochets. Du polar, presque. On voit dans les enchaînements de ces premières pages l'esprit d'escalier de l'auteur qui nous convie à  une connaissance plus profonde du pays. Les histoires, comme celle du "coup d'éventail" du dey Hussein qui va justifier le débarquement des troupes françaises en 1830, de la Genevoise Isabelle Eberhart, aventurière du désert habillée en homme, de l'écrivain Albert Camus à Oran ou de l'éditeur et libraire fameux Edmond Charlot à Alger font partie de cette galerie de personnages de l'Algérie d'avant, complétée par celle du général sans image, le célèbre Toufik formé par le KGB, toutes les figures de la politique algérienne parmi lesquelles Ben Bella ou Bouteflika. Une incursion chez les mozabites, une ethymologie du mot soufi (bure comme la robe) pour aborder le soufisme méconnu des Algériens, nous amène vers la fin du livre. Déjà... On en aurait lu encore 300 pages. 

Deux passages méritent d'être ici reproduits in extenso.

Le premier est une analyse politique et économique qui parie sur un effondrement de l'économie de la rente s'installant avec l'explosion du prix du pétrole en 1973. Elle crée "une asymétrie politique entre l'Etat et la population: l'Eat non seulement ne redistribue pas mais n'encourage pas le travail".

Quatre raisons de cette faillite annoncée: la démographie d'un pays jeune de 35,4 millions d'habitants qui tolère de moins en moins un chômage endémique surtout quand des ouvriers chinois construisent des infrastructures ; l'avidité des gouvernants qui n'a fait que s'accroître est avec elle, la grogne populaire; le développement des télévisions arabes et l'utilisation des réseaux qui "traduit une demande de sortie d'un enfermement mal vécu" ; la violence et la contre-violence sucitée par l'islamisme, la phobie qu'il a parfois engendré, facteurs d'involution des régimes qui se sont alors crus impunis. "Se pourrait-il qu'existe maintenant entre les barbares islamistes et les tortionnaires imberbes un espace politique om viendraient s'engouffrer des peuples humiliés?" s'interroge le politologue Zaki Laïdi qu'Eric Sarner a lu, crayon à la main. 

Le second se résume en une citation à méditer:  'Tant que le élites musulmanes ne feront pas un travail de modernisation de l'islam, pour le déconnecter du politique, n'importe qui pourra pêcher n'importe quoi dans le coran". Ca va mieux en le disant, non?

"Un voyage en Algéries" par Eric Sarner, Editions Plon, 2012, 323 pages.

 

 

11/09/2012

Les feux de l'amour à l'Elysée

imagesCAMS8XLD.jpgLa rivalité entre Valérie Trierweiller et Ségolène Royal valait-elle un livre? Est-on dans les pages d'un magazine people sans grand intérêt ou dans une tragédie racinienne avec Hollande en Titus et Valérie en Bérénice. Avant d'ouvrir le court récit d'Anna Cabana et Anne Rosencher intitulé "Entre deux feux", j'aurai penché pour une lecture inutile. Pourtant, ce que ces deux journalistes montrent assez bien, c'est que le fameux tweet de la compagne du Président, prenant partie pour Olivier Falorni, l'adversaire de Ségolène Royal dans le duel législatif de La Rochelle et défiant l'autorité de son compagnon devenu chef de l'Etat, représente beaucoup plus que ses 140 signes. On est abasourdi de constater à quel point cette rivalité amoureuse a pesé dans la politique française, ces dernières années. A en croire les auteurs, Ségolène Royal ne se serait pas jetée dans la bagarre présidentielle en 2007, sans cette relation de François avec Valérie qui aurait commencé en 2005. Celle qui avait jusqu'ici servi les intérêts de François pouvait donc rompre les amarres. On apprend au passage que c'est elle qui a quitté le domicile conjugal alors qu'il s'écrivait jusqu'ici que c'était lui. Mais peu importe, ce qui compte dans cette affaire, c'est de voir comment une histoire privée a pesé et pèse encore sur l'entourage du président et sur le président lui-même. Chacun à la cour fait attention de ne pas froisser la susceptibilité - grande, apparemment - de Valérie. Hollande lui-même, en amoureux transi, s'interdit quelques gestes qui lui vaudraient les foudres de sa belle. Elle est animée par ce "monstre aux yeux verts", la jalousie sous la plume de Shakespeare. Pourquoi? Parce que la journaliste de Paris Match a d'abord mal vécu d'être la femme de l'ombre avant qu'une photo dans Closer n'officialise sa relation. D'autant que cette période correspond à l'ascension politique de Ségolène Royal vers la candidature du PS de 2007 et qu'elle craint que l'élection de sa rivale n'ait des conséquences directes pour elle. Car Ségolène fait pression pour que Valérie ne suive plus le PS pour Match. Les auteurs ont aussi la cruauté de publier les articles élogieux de la journaliste sur François Hollande, promis à un si bel avenir, alors que leur relation est déjà installée. Joli mélange des genres. Quand on sait que la dame, très fière d'exercer son métier dit-on, veut encore l'exercer aujourd'hui, on peut s'interroger en effet sur sa conception du journalisme. "Bérénice me plut. Que ne fait point un coeur pour plaire à ce qu'il aime et gagner son vainqueur?". Ces vers de Racine ont le mérite de donner un peu d'éclat à l'histoire. Pour les mesquineries, fautes de jalousie, et pour décrire l'ambiance qui règne autour de Titus quand il s'agit de Ségolène et de Bérénice, il y en a plein les pages de ce court ouvrage sur les coeurs noirs aux yeux verts. Ca va mieux en le disant, non?

"Entre deux feux" par Anna Cabana et Anne Rosencher, Grasset, 200 pages.  

28/08/2012

Hollande par le groupie

hollande ; présidentielle ; france ; parti socialiste ; campagneLaurent Binet est-il "le Yasmina Reza du pauvre"? L'expression est de Laurent Ruquier, dans une allusion à celle qui l'a précédé dans cet exercice désormais imposé d'une campagne présidentielle française: l'écrivain qui raconte la campagne. Yasmina Reza avait en effet suivi Nicolas Sarkozy en groupie. Laurent Binet a fait de même avec François Hollande. Des notes sur des "Choses vues" bien loin de l'ouvrage passionnant de Victor Hugo. Peu de recul ou de biais de l'écrivain, une esquisse de portrait qui laisse sur sa fin. L'exercice est décidément difficile. Dans "Rien ne se passe comme prévu", le passage qui a été largement repris est celui où Malek Boutih compare Hollande à Churchill. Excessif et ridicule. Quelques passages renseignent cependant sur l'homme politique Hollande. "Dans le débat, écrit Laurent Binet, François Hollande fonctionne comme au judo, c'est à dire qu'il utilise la force de l'adversaire". Chacun aura constaté en effet l'habileté du candidat socialiste à retourner les arguments de son adversaire lors du débat télévisé. Une anecdote relatée dans le livre en dit un peu plus sur les relations du président et de celui qui est aujourd'hui son ministre du travail et de l'emploi, Michel Sapin. Ils se sont connus au service militaire. Et au cours d'une marche épuisante, Sapin a porté le sac de 11 kilos du troufion Hollande exténué. Ha, les copains de régiment!

Concernant les mots de Boutih, ils sont excessifs pour Churchill mais aussi bien trouvés quand il écrit: "Hollande, c'est l'Etat providence. C'est celui qu'on appelle le Monsieur au guichet, le monsieur de la poste, le monsieur de la Sécu, le monsieur de la préfecture... c'est le mec derrière l'hygiaphone". Pas mal! Le choix de la jeunesse comme thème principal de campagne? "Un choix tactique", raconte Laurent Binet car les jeunes, ça concerne aussi les parents et les grands-parents. Presque cynique. Pour le portrait de Hollande par Binet, il faudra encore attendre quelques dizaines de pages. En attendant, voici celui de Valérie Trierweiller, la compagne twiteuse: "Personne ne peut dire qu'il connaît Hollande. Même pas moi." Quelle révélation. Dans le RER, c'est un journaliste qui se tente de cerner le personnage. Hollande? "C'est le mec qui évite les balles. Tu sais pas comment il fait mais quand ça flingue de partout et qu'à la fin tout le monde est mort, il sort des décombres indemne". Et enfin, page 192, le regard de l'écrivain: "Ce qu'on prend trop souvent pour de la jovialité masque une ironie fondamentale dont il ne se départit que dans des circonstances exceptionnelles, quand la gravité du moment l'exige. Il y a très souvent dans sa voix, pour qui y prête attention, l'indice d'une distance à soi-même et aux événements que je n'ai pas observé chez les autres, comme l'aveu qu'il n'est pas dupe de toute cette comédie humaine dnas laquelle pourtant il a voulu jouer un rôle de premier plan".

A propos du président sortant et candidat de la droite, il y a deux ou trois passages intéressants. Comme celui du voyage en Guyane où le candidat Sarkozy se laisse aller et déclare qu'il est prêt à quitter la politique et à commencer la semaine le mardi soir pour la terminer le jeudi. "En bonne logique, toute la presse aurait du faire ses choux gras de cette soudaine conversion du travailler plus" à la semaine de deux jours. Mais rien". Et puis, il y a cette réflexion de Hollande sur Sarkozy: "Oui, c'est vrai Sarkozy a beau se comporter comme un salopard, c'est un salopard sympa".  

Le reste du livre oscille entre le désir d'un Hollande plus à gauche parfois déçu, parfois satisfait par le candidat à la tribune. Quelques mots sur la connivence et l'esprit de troupeau des journalistes qui suivent la campagne et font un débriefing à l'issue des meetings pour finalement écrire les mêmes mots.  Est-ce que cela fait un livre? Mouais. 

Ce que le romancier de 40 ans risque à coup sûr dans cet exercice, c'est d'être désormais à vie le groupie de Hollande. Yasmina Reza en souffre encore alors que son livre sur la campagne de Sarkozy remonte à 2007. Pour Binet, cela ne fait que commencer. Ça va mieux en le disant, non?

"Rien ne se passe comme prévu" par Laurent Binet, chez Grasset, 305 pages.

27/06/2012

FOG et les présidents. Sans langue de bois

9782081282568.gifS'il avait pu lire ces "Derniers carnets" de Franz-Olivier Giesbert, François Mitterand aurait reproché à FOG d'avoir encore commis une de ses "pochades politiques" au lieu de se consacrer à la littérature, la vraie. Ces carnets sont une pochade, en effet, qu'on lit vite et avec plaisir. Car FOG a atteint ce moment de la vie où le jeu du pouvoir n'a plus guère d'intérêt et où un individu libre n'a plus grand chose à perdre. Après les repas partagés avec les trois derniers présidents de la République, FOG a pris soin de noter ses conversations avec Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et François Mitterrand. Ce dernier, pétri de soucis métaphysiques, qui a appris "la vie" au journaliste dans les années 80 et "la mort" dans les années 90, lors de conversations à bâtons rompus, est le plus talentueux des trois. "On ne pourra pas dire que je n'ai pas été résistant... au cancer", lui lâche le vieil homme souffrant, brocardé pour son amitié avec Bousquet, un homme de Vichy. Sa méchanceté, Mitterrand la réserve aux siens. Et les quelques formules qui suivent font souvent mouche. Fabius? "J'ai beaucoup misé sur lui mais c'est une chiffe molle". Rocard? "Il ne décide rien, il négocie tout. Il a dépassé depuis longtemps son niveau de compétence qui est celui d'un secrétaire d'Etat aux PTT". Delors? "C'est un chrétien, un vrai. Il n'agit que par devoir. Ce serait un mauvais candidat et un mauvais président. Dieu merci, il le sait". DSK? "Un jouisseur sans destin". Martine Aubry? "Elle est trop méchante pour réussir. Un jour, elle se noiera dans son fiel". Kouchner? "Un GO égaré en politique. Vous verrez, il finira là où était sa vraie place: au Club Méditerranée". Mais la plus grande partie de ces carnets sont consacrés à Nicolas Sarkozy qui n'a eu de cesse de demander la tête de FOG à ses patrons. Les mots sont durs: "Sarkozy n'est fort qu'avec les faibles, les petits et les obligés". C'est FOG qui écrit.. "S'il sent qu'il peut y avoir du répondant, il biaise, il balise". Et le journaliste qui avoue qu'il a une partie de son cerveau qui pense à gauche et une autre à droite, passé sans encombre du Nouvel Obs au Figaro de raconter que le président "l'a insulté, menacé de lui casser la gueule et traité d'enculé au téléphone". Autant de décorations d'indépendance à l'égard du pouvoir pour le journaliste politique qui n'a jamais courru après les breloques de la républiques ou les titres. Sur l'homme qui courrait après ses jambes, ce Forrest Gump de la politique, FOG reconnaît qu'il a parfois été injuste, trouvant que son bilan au fond n'est pas si maigre. Il liste quatre réforme. Et voilà le mauvais coucheur qui reprend le dessus: après ça, j'ai beau chercher, je rame. Puis il laisse la parole à François Fillon. "Chirac, dit-il donnait l'impression d'être un type sympa, il vous prenait par le bras, il vous faisait des risettes, et puis il vous tuait par surprise, dans un coin, sous un porche. Sarkozy a l'air d'un type violent, il vous menace, il vous agonit d'injures, mais à la fin, il ne vous tue pas, il n'essaye même pas".

Dans le livre, FOG évoque aussi une amitié ancienne et sincère pour le socialiste Pierre Mauroy. Les autres? Il ne les ménage pas. Particulièrement Balladur qui a plombé les comptes de l'Etat. On voit aussi VGE qui sous-entend qu'il pourrait faire chanter FOG sur ses "écarts" de couple que le journaliste confesse aujourd'hui sans pudeur. Pas brillant. On retiendra aussi la confession de Chirac daté de 1996. "Pendant les 30 Glorieuses, on a payé la croissance avec de l'inflation et du déficit. C'était facile, on était les rois du monde, les pays pauvres payaient nos turpitudes à notre place. Sans oublier nos classes défavorisées qu'on roulait dans la farine: elles aussi réglaient l'addition puisqu'avec l'inflation, on carottait leurs salaires et elles économisaient toute leur vie pour rien". Après ce constat cynique, Chirac prévient: "Si on ne continue pas une politique de remise à niveau, on va dégringoler la pense du déclin". Et plein de forfanterie: "j'entends bien les cris d'orfraie de tous ces connards qui voudraient que rien ne bouge, ils peut-être majoritaires dans le pays, mains on ne doit pas se laisser intimider par eux, c'est une erreur que je ne commettrais pas". On connaît la suite.

Tous ceux qui aiment la politique débarrassée de sa langue de bois vont aimer ces derniers carnets de FOG. Si, si, il le jure, c'est sa dernière pochade. Après il retourne à la littérature, la vraie. Ca va mieux en le disant, non?

"Derniers carnets, scènes de la vie politique en 2012 et avant" de Franz-Olivier Giesbert, chez Flammarion, 213 pages.

   

21/05/2012

Voyage dans l'âme perse des Iraniens

Quels voyageurs, ces Britanniques! Nicholas Jubber est l'un d'entre eux. Mais son voyage en Iran et en Afghanistan ne ressemble guère à ceux réalisés par d'autres chroniqueurs de l'ex-Empire. Cet ancien étudiant d'Oxford a en effet choisi une destination très particulière: l'âme perse des Iraniens et de certains Afghans. Dans ce voyage intitulé  "A la barbe des ayatollahs", l'auteur nous parle de cet Iran dont les journaux parlent peu, d'un pays qui ne résume pas à son régime et à son programme nucléaire. Il nous parle d'un pays merveilleux qui est celui de l'âme perse, du raffinement persan. Avec pour seul passeport son intérêt pour le Shahnameh, le Livre des rois et sa curiosité en bandoulière. Ce qui n'a de cesse de passionner l'auteur, c'est l'imprégniation contemporaine d'une poésie perse qui a mille ans. Tout au long du livre, il s'étonne et nous avec lui, de voir à quel point ce patrimoine de lettré diffuse la société toute entière jusqu'aux jeunes et au petit peuple. Quel chauffeur de taxi de Londres Paris ou Genève pourrait citer de tête quelques vers des poètes de La Pléiade, par exemple? A Téhéran, Nicholas se demande presque qui ne connaît pas Rudaki ou Hafez et surtout Ferdowsi. "Sans lui nous aurions disparu comme tous les peuples que les Arabes ont envahis", lui explique un Iranien. La poésie persane médiévale fait même de fréquentes irruptions dans la pop contemporaine, nous raconte le Vieux Renard (surnom donné aux Anglais). Et ses récits légendaires se retrouvent aussi dans le chiisme.

On apprend au passage  qu'un des dictons iraniens contemporains dit ceci: si tu soulèves la barbe d'un mollah, tu trouveras le mot "Made in Britain". On pourrait le reprendre en Afghanistan pour soulever la barbe de Ben Laden et y lire "Made in United States of America". Ce qui n'empêche pas les Iraniens de désigner Londres comme l'ennemi et le chef d'Al Qaida d'avoir fait du Grand Satan américain sa bête noire et un objectif de ses actions terroristes.

Dans le livre de Jubber, on trouve aussi un graphique qui montre la richesse de l'intelligence persane au Xe siècle et l'illustration à chaque page de ce qu'elle dit d'un nationalisme qui ne se retrouve pas totalement dans la conquête de l'Iran par l'islam. Un autre passage passionnant montre comment les symboles et les rites de la religion zoroastrienne perdurent pour une minorité persécutée mais aussi dans des éléments culturels laïcs iraniens. On voit par là que les mollahs qui régentent la vie publique représentent une formed'envahisseur. De l'esprit perse? Ils ont fait de Ferdowsi, l'auteur du Livre des rois, l'ennemi intérieur, faisant déboulonner sa statue, profanant sa tombe et rayant son nom des manuels scolaires, signale l'auteur. Le livre de Jubber commence d'ailleurs par la découverte de cette dualité iranienne entre vie publique et vie privée, notamment pour les femmes. Couvertes à l'extérieur, découvertes à l'intérieur. Alcool, drogue, cheveux, amour, poésie, récits et légendes persanes  complètent ce tableau de l'Iran privé que tous les voyageurs connaissent. On apprend ainsi qu'à Téhéran les garçons sèment leurs numéros de téléphone sur des petites papiers lachés près des filles, pour organiser leurs rendez-vous amoureux.

Le récit du voyage  se poursuit à Hérat en Afghanistan où l'on parle farsi et où l'on connaît aussi par coeur des vers du poète persan pour finir en Ouzbekistan où des Tadjiks savent les mêmes poèmes. Ce n'est pas aussi passionnant que les deux-tiers du livre consacré à l'Iran. Mais cela se lit sans déplaisir. Ça va mieux en le disant, non?

"A la barbe des ayatollahs" par Nicholas Jubber, aux éditions Noir et blancs, 357 pages, avril 2012 

 

17:04 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : iran, poésie, ayatollahs, jubber, zoroastre, islam, téhéran, voyage | |  Facebook

12/04/2012

Cherchez la femme

imagesCAKWBYOB.jpgAprès avoir tiré le portrait du président, Catherine Nay, chroniqueuse sur Europe 1, fait le bilan du quinquennat dans son dernier livre. Un bilan que la journaliste ne trouve pas aussi nul que veut bien le dire le Parti socialiste. Le contraire aurait surpris. On attend donc avec impatience la démonstration. Près de 700 pages: le lecteur ne sera pas déçu. Sauf que le récit des épisodes connus et de quelques coulisses n'amène pas grand chose de neuf. Aux critiques du début du septennat, elle oppose un argument principal: c'est la faute à Cécilia. Aux embellies de la suite, elle a une explication: grâce à Carla. De crainte de passer pour un machiste, on n'osera pas dire à cette éminente consoeur: "en terme d'analyse politique, c'est un peu court Madame", mais on s'autorisera cependant à le penser tout haut. Ces "tourments" d'un président, si people, si psychologisants et si charmants, même s'ils ont sans doute eu leur influence sur le comportement du Chef de l'Etat français n'expliquent pas tout. Car Cécilia ou pas, le président de début de mandat n'avait pas pris la mesure du costume qu'il endossait. Et si le président s'est mis à écouter, ce n'est pas grâce aux berceuses de Carla  Bruni mais bien à cause d'une chute de popularité inédite durant la Ve République. Peut-être est-ce à cause de Cécilia qu'il a mangé au Fouquet's avec ses amis industriels. Mais est-ce cela le fait politique? Non, ce qui importe dans ce raout d'un soir d'élection, c'est qu'un candidat a fêté sa victoire avec ceux à qui l'Etat concèdera par la suite quelques contrats et avantages. Bouygues, à qui l'Elysée pensa même livrer le nucléaire française, comme le révèle Anne Lauvergeon dans son livre, Bolloré qui doit tant à la politique africaine de la France ou Lagardère dont les projets médias sont si dépendants des autorités de tutelle. Poussant (un peu) la porte du palais de l'Elysée, Catherine Nay y croise les Guéant, Guaino ou Emmanuelle Migon et raconte les rivalités, les sorties, les entrées. Parfait. Mais, curieusement, elle ne voit pas Patrick Buisson, l'ex rédac chef de Minute, venu l'extrême droite,  sans doute tapi dans l'ombre d'un couloir. L'auteur n'omet pas les discours clivants voire choquants sur l'homme africain, ou celui de Grenoble. Mais elle n'analyse pas la dérive droitière de l'UMP sous sa présidence, qui aura presque réussi à faire l'unité des centristes. C'est dire. Que le président Sarkozy ait enclenché un début de réforme des retraites, une réforme de l'université ou le service minimum des transports publics en cas de grève, personne ne le conteste. Que cela fasse de lui un des chefs d'Etat marquants del'Europe des années 2010 est moins sûr. Qu'il ait fait rebouger un pays, quasi immobile depuis 1988, peut-être. Mais à quel prix: une dette qui s'est envolée, aussi du fait de sa politique de cadeaux fiscaux ; 800 000 emplois industriels perdus et un chômage qui a augmenté ; une cohésion sociale en berne après les multiples mises en cause de l'identité des Français ; une politique étrangère de gribouille dont les aventures Kadhafi sont le meilleur exemple. Une fois sous la tente à Paris, une fois sous les bombes à Tripoli. Sur l'Europe, le président aura pris un peu d'ampleur, comme le dit Catherine Nay. Dont acte. Mais peut-on dire qu'il a transporté ses homologues? C'est moins sûr. Beaucoup d'observateurs attentifs pensent que l'Allemagne n'aura pas laché grand chose. Bref, ce Catherine Nay n'est pas aussi indispensable que son volume veut le laisser croire. Les livres sur Sarkozy ne manquent pas. Et tous, Dieu merci, ne cherchent pas la femme... Ça va mieux en disant, non?

"L'impétueux" par Catherine Nay, Grasset, mars 2012, 665 pages.

 

27/03/2012

Le plouc reçoit des palmes canardesques

9782832105030.gifOn ne sait pas si "Sarkonaparte" s'en remettra. Mais dans sa chronique d'un quinquennat de correspondant de La Tribune de Genève à Paris, Jean-Noël Cuénod aura accompagné de sa verve critique et moqueuse, le petit président, sa Carla et toute la smala parisienne pour le plus pur bonheur de ses lecteurs suisses et français. Un choix de ses meilleures chroniques paraît en volume pour nous rappeler les grandes et les petites heures d'un pays avec lequel le Genevois a bien des accointances. Son bon sens, qu'on aurait dit autrefois "paysan", lui vaut l'incontestable titre de "plouc". Car le bougre ne manque jamais de souligner les travers de la France des bobos. Dans les allées du pouvoir ou les couloirs du métro, le journaliste furête et débusque ces petits faits qui nourrissent la chronique, dans une langue toujours pleine de néologismes souriants et d'érudition bienvenue. Car le plouc aime la politique, l'histoire et la poésie. De la France, il s'est fait une haute idée: il cite souvent de Gaulle, les principes républicains et quelques grands esprits de ce pays. Autant dire que la France contemporaine ne suscite pas chez lui le même enthousiasme. Et on le comprend. Dans ses lignes, le lecteur attentif apprendra autant de la France que de l'auteur des chroniques, dont on devine les convictions humanistes profondément ancrées, le goût du journalisme judiciaire ou la passion pour les mots. Dans une jolie préface, Edwy Plenel, ci-devant patron du site d'information Mediapart et ex-rédac chef du Monde lui fait un bel hommage. Cela vaut décoration. Le plouc peut la porter fièrement car son indépendance et sa plume valent bien ses palmes canardesques. Je vous recommande donc la lecture de ces petites perles, et particulièrement, la pantalonnade de la Porsche tranquille du DSK déchu ou DSK chaud show, la guerre des deux rosses au PS, le plouc à genoux devant ceux de Ségolène ou l'ovation finale de Le Pen. Entre autres morceaux de bravoure. Les plus cultureux se délecteront de l'outrenoir de Soulages, et les plus hype duplouc faisant le poireau chez Dior. Car le plouc est éclectique. Et toc! Ca va mieux en le disant, non?

"Quinquennat d'un plouc chez les bobos" Jean-Noël Cuénod, chez Slatkine, 2012.

16:31 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

17/02/2012

L'après Obama

9782746715509.jpgSi vous faites partie de ces gens que les Etats-Unis passionnent et qui suivent, même de loin la présidentielle américaine, lancée par les primaires républicaines, ouvrez sans attendre le livre d'Amy K.Greene sur "L'Amérique après Obama" chez Autrement. Cette blogeuse qui publie sur Potusphere, diplômée de Sciences-Po Paris et de l'université de Pennsylvanie, nous livre un portrait de l'Amérique et de sa transformation qui fera de ce pays, un Etat peuplé pour moitié de non-blancs en 2020. Le récit commence par un portrait bilan du président démocrate, qui suscita de fols espoirs et une haine irrationnelle. Il parle aussi décalage entre le pays réel et son élite. Décrivant la violence de la société américaine et l'appauvrissement d'Etat très endettés. L'auteur nous décrit ainsi des Etats à la dérive comme le Dakota du Sud, l'Alabama ou le Michigan, où le bitume est parfois remplacé par du gravier, par des municipalités plombées par les dettes,  ou encore les "rolling borownouts", des roulements en baisse, et les fermetures de casernes de pompiers pour faire quelques économies sur l'urgence. Ou encore de l'explosion du retour à l'emploi contraint chez les plus de 65 ans, qui n'ont plus les moyens de vivre (2 millions de plus entre 2002 et 2011). Suit une définition du "bon Américain" que tout président se doit d'incarner: il doit ainsi justifier de son brevet en capitalisme (et sur ce point Obama est perçu comme trop socialiste et européen, notamment pour avoir installé une aide médicale d'Etat). Mais aussi faire preuve d'individualisme et de foi religieuse dans ses convictions. Expliquant la victoire de 2008 d'un Obama, qui a su mobiliser les composantes habituelles du camp démocrate, attirer les électeurs indépendants, les indécis, et progresser y compris dans l'électorat du camp adverse, l'auteur pèse aussi ses chances de retrouver cette martingale, moins évidente cette fois. Car le manque de lisibilité de sa réforme de la santé et de sa gestion de la crise lui ont fait perdre les élections intermédiaires en novembre 2010 au Congrès, les Américains moyens estimant qu'il n'avait pas amélioré leur quotidien. L'altérité d'Obama a été alors exploitée par la vague du Tea party à la droite de la droite et ceux qui mettent contre toute évidence en cause sa nationalité (les birthers). En face, les Républicains sont en train de choisir leur candidat. Les portraits qu'en dresse Amy Greene sont parfaits. Mais son livre va plus loin et s'intéresse aux futures figures de la politique américaine, dans chaque camp. Des "youngs guns" comme Paul Ryan, le faucon du budget, le plus dangereux adversaire des démocrates sur ce terrain ; Marco Rubio, celui qu'on surnomme l'Obama républicain ; Andrew Cuomo, un démocrate progressiste qui pourrait être dans la course en 2016 ; Deval Patrick, premier gouverneur noir du Massachussetts, l'Etat des Kennedy. Le livre se termine sur une description du nouveau visage d' une Amérique, très clivée entre celle qui a soutenu Obama et sa vision de l'inclusion sociale, prête à s'adapter au monde et celle qui viellit et campe en gardienne nostalgique des valeurs qui font l'Amérique. Ce clivage se traduit aussi entre les "baby boomers" et les "millennials", ceux qui sont nés après-guerre jusue dans les années 60 et ceux qui sont nés  entre 1980 et 2000. L'auteur envisage enfin deux scénarios, celui de la défaite d'Obama, et celui de sa réélection avec justesse. A lire d'ici novembre et la présidentielle, of course.

"L'Amérique après Obama" Amy K. Greene Editions Autrement, 182 pages, 2011. 

31/01/2012

Drôles de présidents

american.jpgTous les présidents américains ne sont pas restés dans l'histoire. Certains sont même totalement oubliés. Barack Obama qui termine cette année son premier mandat restera comme le premier président afro-américain des Etats-Unis d'Amérique. Et sans doute, comme le président qui exécuta Ben Laden. Il aurait peut-être préféré qu'on se souvienne de lui pour d'autres raisons. Mais bon, comparé à ceux dont l'excellent Bill Bryson parle dans "American rigolos", Obama n'a pas le plus mauvais rôle. Bill Bryon est un journaliste américain qui a passé dix ans en Grande-Bretagne. De retour dans son pays d'origine, il reçut une commande d'un quotidien britannique pour des chroniques sur l'Amérique. Un vrai régal de lecture. Bryson redécouvre son pays dans son quotidien, nous décrit les traits marquants de ses habitants et nous raconte aussi ces petits faits qui nous agacent autant qu'ils nous dépriment, dans notre face-à-face quotidien avec l'informatique ou l'administration, deux sources inépuisables de déconvenues.

Mais revenons à nos présidents américains, qui (le saviez-vous?), ont une journée qui leur est dédiée aux Etats-Unis, le 3e lundi de février. Cette journée des présidents a remplacé deux journées autrefois consacrée aux seules figures de Washington et de Lincoln. Tous les présidents américains sont désormais mis à l'honneur. Les grands et les autres. Comme ce Grover Cleveland, resté dans les mémoires au seul fait qu'il avait l'habitude de se soulager la vessie de la fenêtre de son bureau présidentiel. Ou  comme Zachary Taylor, un élu qui a l'étrange particularité de n'avoir jamais voté! Bill Bryson nous raconte aussi l'admiration qu'il a pour Herbert Hoover, un homme remarquable jusqu'à que son élection désastreuse. C'était la dépression et cela suffisait pour qu'on lui en veule. Pourtant, Hoover avait réagi vite à la crise économique en lançant un programme keynésien de travaux publics et fut même éthiquement irréprochable, faisant cadeau de son salaire à des entreprises de charité. Rien n'y fit. Hoover restera dans les mémoires américaines comme la figure de l'échec d'un président. Il y a aussi des personnages effacés dans cette galerie de portraits, des présidents qui n'ont rien fait. Ainsi, Chester A. Arthur, investi en 1881, se serait contenté de poser sur la photo officielle avant de disparaître totalement des radars. Il y a aussi des présidents qui ont une faiblesse, pour les femmes -JFK) ou pour la dive bouteille. La Russie n'est pas le seul pays à s'être choisi un chef dont l'ivresse fut quotidienne ou presque. L'Amérique en a eu un du même tonneau qui s'appelait Franklin Pierce. Il y eut aussi William Henry Harrison qui refusa de passer un pardessus pour son investiture et mourut d'un pneumonie un mois après...

D'autres chroniques vous étonneront. Comme celle sur la justice américaine où le lecteur apprendra qu'un homme pris avec de la drogue aux Etats-unis risque de le payer d'une peine plus lourde que s'il avait commis un meurtre... La plupart vous feront rire ou sourire, car Bryson a de l'humour et un sens de l'autodérision très britannique. Une chronique à lire chaque jour pour mieux comprendre l'Amérique et les Américains, tout en se délassant vraiment. Vous allez vraiment vous régaler. Particulièrement des chutes de ces chroniques qui  tombent aussi bien qu'une bretelle de robe sur l'épaule de Janet Jackson aux Emmy Awards. Ça va mieux en le disant, non?

"American rigolos, chroniques d'un grand pays" Petite bibliothèque Payot, 370 pages.   

18:25 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : président, etats-unis, obama, jfk | |  Facebook