27/03/2012

Le plouc reçoit des palmes canardesques

9782832105030.gifOn ne sait pas si "Sarkonaparte" s'en remettra. Mais dans sa chronique d'un quinquennat de correspondant de La Tribune de Genève à Paris, Jean-Noël Cuénod aura accompagné de sa verve critique et moqueuse, le petit président, sa Carla et toute la smala parisienne pour le plus pur bonheur de ses lecteurs suisses et français. Un choix de ses meilleures chroniques paraît en volume pour nous rappeler les grandes et les petites heures d'un pays avec lequel le Genevois a bien des accointances. Son bon sens, qu'on aurait dit autrefois "paysan", lui vaut l'incontestable titre de "plouc". Car le bougre ne manque jamais de souligner les travers de la France des bobos. Dans les allées du pouvoir ou les couloirs du métro, le journaliste furête et débusque ces petits faits qui nourrissent la chronique, dans une langue toujours pleine de néologismes souriants et d'érudition bienvenue. Car le plouc aime la politique, l'histoire et la poésie. De la France, il s'est fait une haute idée: il cite souvent de Gaulle, les principes républicains et quelques grands esprits de ce pays. Autant dire que la France contemporaine ne suscite pas chez lui le même enthousiasme. Et on le comprend. Dans ses lignes, le lecteur attentif apprendra autant de la France que de l'auteur des chroniques, dont on devine les convictions humanistes profondément ancrées, le goût du journalisme judiciaire ou la passion pour les mots. Dans une jolie préface, Edwy Plenel, ci-devant patron du site d'information Mediapart et ex-rédac chef du Monde lui fait un bel hommage. Cela vaut décoration. Le plouc peut la porter fièrement car son indépendance et sa plume valent bien ses palmes canardesques. Je vous recommande donc la lecture de ces petites perles, et particulièrement, la pantalonnade de la Porsche tranquille du DSK déchu ou DSK chaud show, la guerre des deux rosses au PS, le plouc à genoux devant ceux de Ségolène ou l'ovation finale de Le Pen. Entre autres morceaux de bravoure. Les plus cultureux se délecteront de l'outrenoir de Soulages, et les plus hype duplouc faisant le poireau chez Dior. Car le plouc est éclectique. Et toc! Ca va mieux en le disant, non?

"Quinquennat d'un plouc chez les bobos" Jean-Noël Cuénod, chez Slatkine, 2012.

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17/02/2012

L'après Obama

9782746715509.jpgSi vous faites partie de ces gens que les Etats-Unis passionnent et qui suivent, même de loin la présidentielle américaine, lancée par les primaires républicaines, ouvrez sans attendre le livre d'Amy K.Greene sur "L'Amérique après Obama" chez Autrement. Cette blogeuse qui publie sur Potusphere, diplômée de Sciences-Po Paris et de l'université de Pennsylvanie, nous livre un portrait de l'Amérique et de sa transformation qui fera de ce pays, un Etat peuplé pour moitié de non-blancs en 2020. Le récit commence par un portrait bilan du président démocrate, qui suscita de fols espoirs et une haine irrationnelle. Il parle aussi décalage entre le pays réel et son élite. Décrivant la violence de la société américaine et l'appauvrissement d'Etat très endettés. L'auteur nous décrit ainsi des Etats à la dérive comme le Dakota du Sud, l'Alabama ou le Michigan, où le bitume est parfois remplacé par du gravier, par des municipalités plombées par les dettes,  ou encore les "rolling borownouts", des roulements en baisse, et les fermetures de casernes de pompiers pour faire quelques économies sur l'urgence. Ou encore de l'explosion du retour à l'emploi contraint chez les plus de 65 ans, qui n'ont plus les moyens de vivre (2 millions de plus entre 2002 et 2011). Suit une définition du "bon Américain" que tout président se doit d'incarner: il doit ainsi justifier de son brevet en capitalisme (et sur ce point Obama est perçu comme trop socialiste et européen, notamment pour avoir installé une aide médicale d'Etat). Mais aussi faire preuve d'individualisme et de foi religieuse dans ses convictions. Expliquant la victoire de 2008 d'un Obama, qui a su mobiliser les composantes habituelles du camp démocrate, attirer les électeurs indépendants, les indécis, et progresser y compris dans l'électorat du camp adverse, l'auteur pèse aussi ses chances de retrouver cette martingale, moins évidente cette fois. Car le manque de lisibilité de sa réforme de la santé et de sa gestion de la crise lui ont fait perdre les élections intermédiaires en novembre 2010 au Congrès, les Américains moyens estimant qu'il n'avait pas amélioré leur quotidien. L'altérité d'Obama a été alors exploitée par la vague du Tea party à la droite de la droite et ceux qui mettent contre toute évidence en cause sa nationalité (les birthers). En face, les Républicains sont en train de choisir leur candidat. Les portraits qu'en dresse Amy Greene sont parfaits. Mais son livre va plus loin et s'intéresse aux futures figures de la politique américaine, dans chaque camp. Des "youngs guns" comme Paul Ryan, le faucon du budget, le plus dangereux adversaire des démocrates sur ce terrain ; Marco Rubio, celui qu'on surnomme l'Obama républicain ; Andrew Cuomo, un démocrate progressiste qui pourrait être dans la course en 2016 ; Deval Patrick, premier gouverneur noir du Massachussetts, l'Etat des Kennedy. Le livre se termine sur une description du nouveau visage d' une Amérique, très clivée entre celle qui a soutenu Obama et sa vision de l'inclusion sociale, prête à s'adapter au monde et celle qui viellit et campe en gardienne nostalgique des valeurs qui font l'Amérique. Ce clivage se traduit aussi entre les "baby boomers" et les "millennials", ceux qui sont nés après-guerre jusue dans les années 60 et ceux qui sont nés  entre 1980 et 2000. L'auteur envisage enfin deux scénarios, celui de la défaite d'Obama, et celui de sa réélection avec justesse. A lire d'ici novembre et la présidentielle, of course.

"L'Amérique après Obama" Amy K. Greene Editions Autrement, 182 pages, 2011. 

31/01/2012

Drôles de présidents

american.jpgTous les présidents américains ne sont pas restés dans l'histoire. Certains sont même totalement oubliés. Barack Obama qui termine cette année son premier mandat restera comme le premier président afro-américain des Etats-Unis d'Amérique. Et sans doute, comme le président qui exécuta Ben Laden. Il aurait peut-être préféré qu'on se souvienne de lui pour d'autres raisons. Mais bon, comparé à ceux dont l'excellent Bill Bryson parle dans "American rigolos", Obama n'a pas le plus mauvais rôle. Bill Bryon est un journaliste américain qui a passé dix ans en Grande-Bretagne. De retour dans son pays d'origine, il reçut une commande d'un quotidien britannique pour des chroniques sur l'Amérique. Un vrai régal de lecture. Bryson redécouvre son pays dans son quotidien, nous décrit les traits marquants de ses habitants et nous raconte aussi ces petits faits qui nous agacent autant qu'ils nous dépriment, dans notre face-à-face quotidien avec l'informatique ou l'administration, deux sources inépuisables de déconvenues.

Mais revenons à nos présidents américains, qui (le saviez-vous?), ont une journée qui leur est dédiée aux Etats-Unis, le 3e lundi de février. Cette journée des présidents a remplacé deux journées autrefois consacrée aux seules figures de Washington et de Lincoln. Tous les présidents américains sont désormais mis à l'honneur. Les grands et les autres. Comme ce Grover Cleveland, resté dans les mémoires au seul fait qu'il avait l'habitude de se soulager la vessie de la fenêtre de son bureau présidentiel. Ou  comme Zachary Taylor, un élu qui a l'étrange particularité de n'avoir jamais voté! Bill Bryson nous raconte aussi l'admiration qu'il a pour Herbert Hoover, un homme remarquable jusqu'à que son élection désastreuse. C'était la dépression et cela suffisait pour qu'on lui en veule. Pourtant, Hoover avait réagi vite à la crise économique en lançant un programme keynésien de travaux publics et fut même éthiquement irréprochable, faisant cadeau de son salaire à des entreprises de charité. Rien n'y fit. Hoover restera dans les mémoires américaines comme la figure de l'échec d'un président. Il y a aussi des personnages effacés dans cette galerie de portraits, des présidents qui n'ont rien fait. Ainsi, Chester A. Arthur, investi en 1881, se serait contenté de poser sur la photo officielle avant de disparaître totalement des radars. Il y a aussi des présidents qui ont une faiblesse, pour les femmes -JFK) ou pour la dive bouteille. La Russie n'est pas le seul pays à s'être choisi un chef dont l'ivresse fut quotidienne ou presque. L'Amérique en a eu un du même tonneau qui s'appelait Franklin Pierce. Il y eut aussi William Henry Harrison qui refusa de passer un pardessus pour son investiture et mourut d'un pneumonie un mois après...

D'autres chroniques vous étonneront. Comme celle sur la justice américaine où le lecteur apprendra qu'un homme pris avec de la drogue aux Etats-unis risque de le payer d'une peine plus lourde que s'il avait commis un meurtre... La plupart vous feront rire ou sourire, car Bryson a de l'humour et un sens de l'autodérision très britannique. Une chronique à lire chaque jour pour mieux comprendre l'Amérique et les Américains, tout en se délassant vraiment. Vous allez vraiment vous régaler. Particulièrement des chutes de ces chroniques qui  tombent aussi bien qu'une bretelle de robe sur l'épaule de Janet Jackson aux Emmy Awards. Ça va mieux en le disant, non?

"American rigolos, chroniques d'un grand pays" Petite bibliothèque Payot, 370 pages.   

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24/01/2012

La Libye sans la connaître

Incorrigible BHL. Faut toujours qu'il se la joue. Pas prof de philosophie, mais philosophe autoproclamé. Pas journaliste, car trop candide ou trop acteur. Écrivain, sans doute. Homme d'influence, aussi, qui n'hésite pas à faire pression et à jouer de ses réseaux, raconte Pascal Boniface dans un livre récent. Trop parisien, au fond, ce BBHL.jpgHL. Trop BHL. Bref, le nouveau BHL a déjà fait l'objet de tant de pages de quotidiens français (ses réseaux encore), qu'il serait inutile d'y rajouter une chronique, fut-elle critique. La publicité digne d'un film hollywoodien balaiera toute voix discordante. Pourtant, pour m'être intéressé à cet "intellectuel affranchi" (du travail intellectuel) dès les années 80, je ne résiste pas au plaisir d'allonger notre BHL sur son propre divan, puisque dans son journal de "La guerre sans l'aimer", journal d'un écrivain au coeur du printemps libyen, Bernard-Henri ne peut s'empêcher que Ça parle. Et pour un Lacanien, ma foi, c'est assez normal...

Celui qui avait juré dans un livre précédent qu'il ne jouerait pas au conseiller du Prince, l'a donc fait dans cette guerre de Libye auprès du président Nicolas Sarkozy. Et rétrospectivement, il faut bien dire que l'amateurisme de notre Candide fait un peu peur. Bien que la victoire militaire efface bien des  faux-pas. Y compris les siens. Donc, dans ce journal, Ça parle. Et que dit ce ça logé dans la tête et la plume de BHL. Qu'il se sent ridicule, un jour. Que son intervention lui paraît déplacé, un autre jour (ma "petite performance", écrit-il). Qu'il ne connaît rien à la Libye. Qu'il n'est pas l'ambassadeur du président mais un peu quand même. Journaliste aussi, mais entremetteur, franchissant cette fameuse distance que nos pairs respectent comme une ligne jaune. Et enfin qu'il aimerait tant être un d'Annunzio, un Malraux, un Châteaubriand. Après la Bosnie, la Bosnie, la Bosnie, son précédent voyage répété comme le mantra du pacifisme-défaitisme français, notre Rubempré attend son grand événement, sa montée à Paris. Ce sera donc la guerre de Libye. Bernard-Henri Lévy écrit: "Pour la première fois, la guerre, la vraie...Jusqu'ici, je plaidais pour. J'appelais à". Et plus loin: "Le monde, aussi fort que des gens comme moi puissent crier, resterait divisé entre, d'un côté, les Munichois préférant la certitude de vivre couchés à la perspective de mourir debout". Rassurez-vous, BHL est parti en Libye pour mourir debout mais il est rentré ensuite dormir à Paris.

Premières pages et une première hallucinante impudence. Il cite Kadhafi, le citant lui, BHL, à propos du monothéisme. Allons bon. Il y avait donc un "contentieux" à régler avec cet "improbable lecteur"... Cela motivera donc sa guerre à lui, BHL. Quelques pages plus tard, le propos se précise. Pour que cette guerre soit juste, au fond, il suffirait qu'il n'y ait pas d'islamistes, ou de monstres parmi les révolutionnaires libyens. Hélas. "Que faisons-nous là?" demande BHL. "Je ne le sais pas moi-même", écrit-il. Puis vient un réponse que tous ses lecteurs attendaient à une attaque si basse de l'antiBHLien primaire. Pourquoi être si bien habillé, sur un terrain de guerre? "Par respect", écrit l'écrivain qui porte des chemises blanches. Évident, non. Ensuite, il nous rappelle qu'il avait rencontré Massoud l'Afghan et qu'il lui avait proposé de lui faire rencontrer Chirac. L'entremetteur pointait déjà. le projet sera donc de faire se rencontrer les révolutionnaires libyens et Sarkozy. Ce journal rend compte de ce projet répété plusieurs fois durant cette guerre. Il témoigne aussi du rejet de toute vérité qui vient contrarier ce projet. Notamment des journalistes qui ont le tort d'avoir appris que les Libyens sont divisés en tirbus, régions et que leur ciment est l'islam, dans une version plutôt rigoriste à l'est. Cela, BHL ne le supporte pas. L'aveuglement est tel, parfois, qu'il a du mal à accepter que certains de ses interlocuteurs aient pu jouer les mauvais rôles dans l'affaire des infirmières bulgares. Point que la presse n'a pas évacué, non plus. On trouvera aussi relatées par le détail les conversations téléphoniques du Prince et de son Candide. Et le texte des discours que BHL a écrit pour les Libyens. Il y a aussi quelques anecdotes racontées comme cet enfant de Tobrouk prénommé Nicolassarkozy en hommage à cette France qui a pris fait et cause pour la liberté des Libyens. Et BHL qui voit une inscription antisémite. Et se réjouit le lendemain que ses amis libyens l'aient faite enlever. Preuve que ses Libyens ne ressemblent pas à ceux que décrivent la presse. Enthousiaste, certes, devant un peuple qui se libère mais lucide. Enfin, BHl règle ses comptes avec le Quai d'Orsay et le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé. Là aussi, le conflit à des aspects personnels, comme avec Claude Lanzman, opposé à la guerre. Indécrottable BHL, personnalisant tout, à l'excès, faisant tourner la planète autour de son astre. Petit exercice de mathématique pour finir. Sur 627 pages d'un livre consacré à la Libye, comptez le nombre de jours passés par BHL dans ce pays et calculer le nombre de pages rapporté au nombre de jours. Trop cruel?

"La guerre sans l'aimer", Bernard-Henri Lévy, Grasset, 627 pages, 2011.    

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10/01/2012

Les oulémas, pro ou anti Assad?

syrie.jpgQue pensent les oulémas de la révolution syrienne? A cette question, la réponse qui vient spontanément est simple. Quel intérêt auraient des oulémas sunnites à soutenir un pouvoir détenu par une minorité alaouite, c'est à dire chiite, dont l'idéologie est en outre baassiste, une forme de social-nationaliste arabe laïc? La réalité, cependant, est plus compliquée. Comme le montre le livre de Thomas Pierret, issu de sa thèse de doctorat sur l'islam de Syrie face au Baas, une partie de l'élite cléricale urbaine de Syrie, a trouvé un modus vivendi avec le régime.

Elle a fait patiemment son nid, en organisant le service d'éducation, le social et le religieux, en se tenant - la plupart du temps et pour la plupart des groupes - à l'abri de la politique, mais pas des affaires. A Damas et Alep, le régime a des relais et des soutiens chez les oulémas. Lors du soulèvement de mars, d'autres religieux influents ont pris fait et cause pour l'insurrection. Quand le grand mufti Hassun de Damas dénonçait la fitna (discorde) dès les premiers jours du soulèvement, les oulémas des principaux foyers d'insurrection, rapidement assiégés par l'armée, soutenaient les manifestants. L'une des toutes premières manifestations est ainsi partie de la mosquée des Omeyyades à Damas, après le sermon de l'ouléma al-Buti, pourtant proche du pouvoir, qui déligitimait aussitôt le mouvement à la télévision, de crainte de perdre son rôle central dans l'islam syrien. Pendant ce temps, beaucoup d'autres oulémas s'abstenaient de prendre position, en attendant de voir comment les choses allaient tourner. 

Cette révolte levée par le "souffle" du printemps arabe est intervenue en Syrie alors que le régime avait pris des mesures ressenties comme hostiles par les oulémas: interdiction des signes religieux, fermeture les salles de prière des centres commerciaux ou réouverture aux hommes des jardins réservés aux femmes.  En 2010, d'ailleurs, pour la première fois depuis le début de sa présidence, Bachar el-Assad n'avait pas organisé la rupture du jeun du ramadam, en l'hommeur des religieux. Autant dire que les relations s'étaient tendues entre le pouvoir et les autorités musulmanes sunnites du pays. Depuis l'insurrection, Damas a pris des mesures exactement inverses: interdiction d'un casino ouvert récemment à Damas, réintégration des enseignantes portant le niqab, lancement d'une chaîne satellitaire islamiste. On mesure ainsi l'opportuniste du pouvoir, instrumentalisant la question religieuse, au gré de ses "besoins" politiques.

Remontant le temps, Thomas Pierret raconte aussi la défaite des salafistes face à l'islam traditionnel et respecté de Syrie. Il explique aussi dans ce livre que l'insurrection islamiste des années 80 n'a pas été à l'initiative des Frères, comme on le lit souvent. Ceux-ci ne rejoindront le mouvement qu'en mai 80 et n'étaient pas militairement préparés à une action violente. C'est l'Avant-garde combattante, de Marwan Hadid, un Frère dissident qui est à l'initiative d'opérations armées comme le massacre de 85 cadets alaouites de l'école d'artillerie d'Alep, par exemple. Après une tentative de conciliation avec la confrérie d'origine égyptienne et la libération de 500 détenus, la tentative d'attentat contre le président Hafez el-Assad, le père de Bachar, va changer la donne. La représsion va frapper avec le massacre de centaines de détenus islamistes dans la prison de Palmyre, et dans les villes du nord en 1980. Puis en 1982, par le massacre d'Hama (30 000 morts) en point d'orgue de cette séquence historique. De nombreux cadres de la confrérie et d'autres groupes musulmans seront ainsi contraints de s'exiler durant ces années. On en retrouve beaucoup dans l'opposition extérieure au pays, aujourd'hui. Durant toutes ces années, le régime a toujours ciblé les oulémas qui peuvent lui nuire. Comme les héritiers du cheifk Hannabaka dans les années 2000, qui contrôlent les mosquées du Midan. Mais le clan des alaouites va aussi savoir donner plus ou moins de marge de manoeuvre à telle ou telle école. Ce qui explique par exemple les relations ambigues et changeantes du pouvoir avec la Jamaat Zayd, très implantée dans les milieux lettrés de Damas.

Pour tous les lecteurs qui voudraient entrer dans le détail passionnant, mais parfois difficile, de ces relations entre le Baas et l'islam en Syrie, la lecture du livre de Thomas Pierret est essentielle. Il faut parfois s'accrocher, mais cela vaut le coup. Ca va mieux en le disant, non? 

"Baas et islam en Syrie, la dynastie Assad face aux oulémas" par Thomas Pierret, Editions Puf, collection Proche Orient, 323 pages.

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22/11/2011

Une autre Corée du Nord, celle des purs

Corée.jpgPour tout un chacun, la Corée du Nord est l'un des derniers bastions du communisme. Une dictature marxiste, soutenue par les Soviétiques et les Chinois, en guerre froide avec la Corée du sud. C'est aussi un Etat refermé sur lui-même, frappé par la famine, et détenteur de la bombe atomique. Ce portrait n'est pas totalement faux. Mais dans son livre, Brian Reynolds Meyers nous offre une autre grille de lecture pour décrire ce régime, qui paraît beaucoup plus pertinente.

Pour Meyers, les observateurs de Pyongyang s'épuisent à tenter d'interpréter la doctrine du Juché (soit-disant marxiste) qui n'a aucun rôle ni aucune importance dans la réalité. La Corée du Nord est d'abord un Etat raciste. La vision donnée en Occident est "erronée", écrit-il. Malgré les proclamations explicitement xénophobes de "la race des purs" (le titre de l'ouvrage) nos intellectuels s'entêtent à faire de ces dirigeants, les derniers des Staliniens. Pour Meyers, le régime de Pyongyang s'inspire beaucoup plus du Japon fascisant qui occupa la Corée que de la Chine ou de l'URSS. Les journalistes  décrivent aussi la Corée du Nord comme un pays obsédé par l'autosuffisance, alors qu'elle dépend de l'aide extérieure depuis soixante ans. Autre erreur: penser que Pyongyang craint pour sa sécurité et qu'elle veut négocier, quitte à se désarmer. Alors qu'elle n'en a aucune intention. Il est aussi commun d'entendre parler de confucianisme pour décrire la philosophie des Kim. Or, dans cette philosophie, la mère doit obéir à ses fils. Le parti des travailleurs se fait d'ailleurs appeler le parti de la Mère. Et les figures d'autorité maternelle abondent dans la réthorique du régime. Enfin, nous faisons fausse route en pensant que tous les Coréens du Sud voient le Nord comme le diable. Ils voient d'abord des Coréens, plus nationalistes qu'eux. Des frères, même s'ils sont agressifs et pas du tout enviables. Dans un chapitre, Myers explique comment la République démocratique de Corée s'est refermée une première fois en craignant que

la Révolution culturelle chinoise ne contamine le peuple coréen. Ce n'était pas que de la paranoïa, écrit l'auteur, qui fait état d'incursions militaires chinoises. La population fut alors divisée en trois catégories par le régime: les "durs", les cadres dirigeants et leur famille, les "hésitants", les Coréens moyens et les "hostiles", anciens propriétaires et subversifs potentiels. A partir de 1987, la Corée du Nord se trouva fort dépourvue face à la baisse de l'aide soviétique. L'approvisionnement alimentaire se dégradant, le régime aurait pu disparaître. Mais la mort du Cher guide Kim Il-Sung en 94, sauva sans doute le régime. Entre 1995 et 1997, ce fut la famine: un million de morts, soit 5% de la population. Des dizaines de milliers de Coréens du Nord sont alors passés en Chine. 

Kim Jong-Il, le fils du Cher leader, qui dirigeait l'armée, a pris la suite donnant la primauté à la défense, alors que les relations avec l'ennemi yankee, décrit sous des traits qui font penser aux représentations fantasmées des juifs par les nazis, n'ont jamais été aussi bonnes. La politique du rayon de soleil (pour un pays fort et prospère) fut surtout celui du programme nucléaire. Puis vint la crise du boeuf américain, amenant la maladie, qui alimentera opportunément l'antiaméricanisme virulent du nord. Ou les accrochages en mer avec le sud jusqu'au récent bombardement d'une île, pour maintenir cette tension vitale et la preuve de la force du Nord. En fait, écrit Myers, ce fascisme-là, xénophobe, n'est pas expansionniste comme le nazisme ou celui du Japon de la guerre. Le Coréens sont persuadés qu'il ont une pureté d'enfant et qu'il leur faut être protégés par un guide familial pour survivre. Pendant ce temps, dans le sud, décrit comme travaillant sous le joug américain, la prospérité est l'arme fatale pour le nord, depuis qu'elle est popularisée par les satellites à la télévision. Qu'importe. Le nord dispose encore de l'arme de la réunification des deux Corées qui oblige les gouvernements du sud, plus ou moins hostiles à la coopération (aide et zone économique commune) à ne pas rompre, car ce serait rompre avec le nationalisme. Curieuse situation qui explique aussi que ce régime dure encore. Ca va mieux en le disant, non?

 

"La race des purs. Comment les Nord-Coréens se voient" par BR Myers, Editions Saint-Simon, 175 pages. 

  

 

18/11/2011

Après le tsunami arabe, le reflux?

Antoine Basbous, le fondateur et directeur de l'Observatoire des pays arabes à Paris était de passage à Genève le 17 novembre. Il vient de publier "le tsunami arabe", un livre faisant le point sur cet élan soudain des peuples arabes, avides de liberté au point de risquer leur vie pour renverser des régimes honnis. Antoine Basbous cite d'abord Alaa Al-Aswani, l'auteur égyptien de L'immeuble Yacoban, qui relève qu'en 14 siècles d'islam politique, les musulmans n'ont connu de bonne gouvernance que les 31 premières années. Suit une description des régimes renversés ou fortement secoués encore aujourd'hui. Et ce qui frappe, ce sont les points communs: la corruption clanique, le virus dynastique, la privatisation des républiques au profit du premier cercle, des chefs d'Etat qui ne partent pas à la fin de leur mandat (exception faite du Liban), des palais bunkers lourdement armés comme ceux du Libyen Kadhafi ou du Yémenite Saleh, des medias muselés, des partis uniques, la justice et la corruption qui se donnent la main pour protéger les puissants. L'auteur fait ensuite le portrait de ces peuples qui ont soif de liberté, et souligne le rôle des réseaux dans cette mutation. Al Jazira, la chaîne qatarie, le téléphone portable  et internet bien-sûr. Mais aussi, le soutien, notamment américain à l'activisme non violent de soutien à la bonne gouvernance.

tsuanmi.jpgSuivent de longs chapitres sur six peuples en quête d'avenir. Les pionniers ont été les Tunisiens. Antoine Basbous met en garde: bien que détestés et discrédités, les cadres de la police de Ben Ali sont toujours en place. On apprend dans ces lignes que Ben Ali aurait touché un salaire versé par Kadhafi, une révélation tirée du témoignage d'un cadre libyen repenti (La Tunisie jouait en effet le rôle de poumon économique de la Libye). L'auteur fait aussi état d'une tentative de suicide de Leila Trabelsi, la très insatiable femme du président, véritable régente de Carthage, en juillet dernier, près d'Abha, au coeur du désert saoudien. Et de sa séparation avec Ben Ali avant d'aller s'installer à Dubaï, récemment. Entre autres révélations du livre. Sur la Tunisie, toujours, on apprend que la délégation suisse à Tunis a subi des pressions du régime et a du renoncer à rencontrer des opposants. Antoine Basbous raconte également la contre-offensive des Benalistes qui ont libéré 11 000 détenus au lendemain de la chute de leur chef et 800 autres en avril pour semer le désordre.

 Dans le chapitre consacrée à l'Egypte, Antoine Basbous fait état de documents retrouvés par les jeunes révolutionnaires de la place Tarhir qui ont trouvé la preuve du mariage du mufti d'Al Jazira, Al Qardaoui, en 1997, à l'insu de sa famille avec une jeune égyptienne de 36 ans et un autre attestant des dix épouses du mufti de la République égyptienne alors que l'islam n'en autorise que quatre! Antoine Basbous décrit aussi une police du raïs totalement dépassée par les événements, qui se retrouve après trois jours d'émeutes, sans rations alimentaires et sans batteries pour ses talkies-walkies. Le fin connaisseur du monde arabe dévoile aussi dans le livre l'accord tacite ou négocié qui lie les Frères musulmans et l'armée. Dépassés, les militaires ont utilisé les Frères pour contrer les démocrates, ce qui expliquerait le renoncement des Frères à présenter un candidat à la présidentielle. Autre révélation du livre sur les islamistes égyptiens: la confrérie a installé depuis des mois des structures de justice parallèle religieuse sans la dévoiler avant 2011. On apprend encore avec crainte que les salafistes ont eux, ouvert plus d'une centaine de permanences depuis la fin de Moubarak. L'auteur pense que la révolution est détournée par l'armée. Washington aurait d'ores et déjà pris langue avec des généraux appelés à jouer les premiers rôles à l'avenir, comme Sami Hafez Enan, le chef d'état-major des armées. Au chapitre suivant, il fait une description hallucinante du système en place au Yémen, où la corruption est un mode de fonctionnement à tous les échelons et où le danger terroriste est omniprésent, laissant craindre une dérive à la somalienne. Les chapitres sur la Syrie, l'Arabie saoudite ou l'Iran pour finir sont tout aussi passionnants. La seule restriction à cet éloge serait le titre, même si l'auteur s'en explique. Car un tsunami dévaste tout. Or, l'auteur très réaliste, ne se laisse guère aller à l'enthousiasme benêt d'une partie de l'Occident devant ces révolutions. Et prévient qu'il y a des reflux (en égypte) et des dangers (en Libye ou au Yémen) après les grandes vagues populaires. Ne vaudrait-il pas mieux parler de la nouvelle vague arabe pour rester dans les métaphores marines?

Cette somme, un an ou presque après l'immolation d'un petit vendeur tunisien à Sidi Bouzid, le 17 décembre, vient en tout cas documenter utilement le printemps arabe et six peuples en quête d'avenir... Des révélations, du savoir, de la pédagogie et du recul d'analyse, que demander de plus à un livre? Ca va mieux en le disant, non?

"Le tsunami arabe" d'Antoine Basbous, aux éditions Fayard, 375 pages, novembre 2011.

      

08/11/2011

Au souk du salafisme

salafi.jpgLe Salafisme, c'est le souk. Dans ce grand bazar de l'islamisme, on trouve de tout. Avec Samir Amghar, pétri de sociologie classique comme guide dans ses étals orientaux, on y voit un peu plus clair. L'universitaire, docteur à la prestigieuse école des hautes études sise boulevard Raspail à Paris, ne s'est pas contenté de lire pour établir sa typologie du salafisme, en trois grands courants. Il a aussi mené de nombreux entretiens avec des salafistes en France, en Belgique, au Canada et aux États-unis pour connaître leurs motivations et leurs valeurs.

Tout d'abord, le salafisme qui est un fondamentalisme musulman, est décrit par le chercheur comme un mode de socialisation sectaire par cooptation, en rupture avec le reste de la société et ses valeurs, y compris avec les courants dominants de l'islam. Il plaît parce qu'il est à la fois simple et exigeant, qu'il offre une "famille" à des populations en quête d'une identité positive, souvent stigmatisée et dénigrée par leur société d'accueil. "Devenir salafiste semble être un moyen de résister  au sentiment d'échec social et de conjuration d'une image négative renvoyée par les autres", écrit notamment Samir Amghar. En d'autres termes, "porter le qamis et se laisser pousser la barbe permet de se distinguer des jeunes portant jeans et casquettes" Cette identité choisie de "vrais musulmans", qui impose le respect au sein de la communauté, contraste avec l'image dévalorisée du beur de banlieue. Il s'oppose aussi à l'islam des parents, souvent empreint de pratiques et de cultes rejetés par les islamistes, et notamment le culte des saints. Il critique aussi les Frères musulmans, le Tabligh, accusés d'avoir perdu leur force originelle à force de compromis avec la puissance politique. Son évolution récente porte cependant l'auteur à un certain optimisme. Il constate en effet qu'au fil des générations, son radicalisme et son sectarisme s'effritent au contact d'une société ouverte. Tout en restant orthodoxe, il s'institutionnalise. Ce courant qui veut revenir à l'islam originel, progresse en Occident, note l'auteur, alors que ses concurrents islamistes, et notamment les Frères musulmans et le mouvement quiétiste d'origine pakistanaise, le Tabligh, ont tendance à reculer.

Samir Amghar définit trois familles salafistes très différentes les unes des autres, ce qui explique les confusions fréquentes suscitées par l'évocation du salafisme dans la presse occidentale. Le premier courant salafiste est quiétiste. Il s'interdit toute intervention dans le champ politique et veut incarner un prosélytisme du vrai, du pur engagement musulman, au service de la grandeur d'Allah, au quotidien. Le Salafi doit ainsi avoir une pratique rigoureuse et sans tâche de l'islam et de ses cinq piliers. "Pas de foi sans pratique, pas de foi sans enseignement religieux". Ainsi, bon nombre d'entre eux font-ils des études théologiques, essentiellement dans la péninsule arabique et particulièrement en Arabie Saoudite pour ensuite diffuser un enseignement basique, simple mais efficace, dans les quartiers.

Le second courant est politique. "Alors que les salafistes quiétistes expriment leur opposition à l'Occident par l'indifférence politique et le refus d'intégration sociale, les salafistes politiques souhaitent à la fois se retirer du monde et le rebâtir sur des principes et le modèle islamique". Ils exigent ainsi pour leurs frères de pouvoir vivre dans le monde occidental selon leurs règles pour construire leur société sur des principes communautaires. On reconnaît ici tous ces "militants" qui souhaitent imposer des horaires spéciaux pour les femmes à la piscine, des menus halal ou la possibilité de porter le voile. Leur action tient de la communication ou de l'agit prop. Ils veulent atteindre leur but par des modes légaux et non-violents. Nicolas Blancho, le président du Conseil central islamique de Suisse fait partie de ce courant. Il appelle à la création d'écoles privées islamiques et pèse en lobbyiste sur les politiques fédérales. Alors que chez les quiétistes, la perspective de retourner dans un pays de culture musulmane est un but, chez les politiques, on peut quitter un régime hostile en terre musulmane pour s'établir dans un pays démocratique qui autorise une vie communautaire.

Enfin, le troisième courant est le courant révolutionnaire. Ces salafistes-là se considèrent comme des combattants luttant pour l'instauration d'un Etat islamiste. La figure de ce courant est le moujahid, le militant terroriste d'al qaida, des réseaux talibans afghans ou pakistanais. Son noyau dur est constitué d'anciens combattants de la guerre d'Afghanistan, ceux qu'on appelle d'ailleurs "les Afghans", fussent-il saoudiens, yéménites ou tunisiens... Ce courant est aussi porteur d'une forte imprégnation du combat anticolonialiste et de l'exaltation d'un combat "saint" contre les infidèles et les koufirs (mécréants). Ces membres ne se considèrent pas comme des justes mais comme des purs, prêts à passer du statut de moudjahidin à celui de shahid, le martyr. En conclusion de son ouvrage, Samir Amghar note que cette tendance très influencée par les Saoudiens et les écoles hanbaliste et wahhabite constitue une multinationale de l'islam comme les Frères musulmans, et qu'elle est en cours de désectarisation dans bien des pays. Ca va mieux en le disant, non?

 

"Le salafisme d'aujourd'hui, mouvements sectaires en Occident" par Samir Amghar aux éditions Michalon, 280 pages, 2011.

   

  

26/10/2011

La guerre des drones ne fait que commencer

dubuis.jpgIl y a des livres qui tombent à pic. Notre confrère du Temps Etinne Dubuis vient de publier "L'assassinat de dirigeants étrangers par les Etats-Unis", un projet dont on pouvait douter du bien-fondé ou de l'urgence jusqu'en septembre dernier. Le livre compile une vingtaine de projets d'attentats contre des chefs politiques étrangers entre 1916 et aujourd'hui concocté par les autorités américaines et leurs services secrets. Un livre d'histoire, des projets qui pour certains sont restés dans les "cartons" des services. So what?  En ce mois d'octobre, cependant, le livre a tout à coup pris un autre relief. L'assassinat ciblé du cheikh américano-yéménite Al-Awlaqi, le 30 septembre, par un tir de drone, a fait polémique aux Etats-Unis. Le démocrate et très libéral Obama avait donc donné son feu vert à un assassinat après avoir couvert celui de Ben Laden par un "justice est faite" définitif, bien qu'en l'absence de tout procès. Le mot d'assassinat n'est donc plus tabou. Il est même revendiqué, fut-ce par une périphrase. Et voilà Obama s'inscrivant dans la droite ligne d'une politique menée avant lui par le républicain et très conservateur George Bush.

Dans son livre, Etienne Dubuis fait le bilan de cette politique: sept dirigeants tués sur 17 et des cibles dont l'importance va grandissante au cours du siècle. Des irréguliers, des chefs de partis d'abord, des dirigeants forts de pays faibles ensuite. Et des chefs d'Etat de "moyenne importance" aujourd'hui. Les résultats de cette politique varient selon la méthode employée, écrit encore notre confrère qui fait de "l'assassinat au contact", le plus efficace (huit morts). Mais il note que l'assassinat technique coupable de "dégâts collatéraux" a profité depuis les années 2000 de récents progrès, ceux d'armes guidées comme les très précis drones. Contre Al Qaida ou les talibans du Pakistan, ces petits avions pilotés à distance ont fait merveille. Ils seraient selon Etienne Dubuis à l'origine de 80% des assassinats ciblés dans les rangs de l'organisation terroriste. Notre confrère fait ensuite le point sur le bénéfice politique de ces opérations immorales et très risquées d'assassinats ciblés de chefs d'organisation ou d'Etat. Trois succès pour Washington: l'assassinat de Peralte en Haïti, de Lumbumba au Congo et de Trujillo Molina en République dominicaine. Bien maigre bénéfice comparé aux dégâts politiques provoqués par le meurtre ou la tentative de meurtre de Diem au Vietnam, de Schneider au Chili ou d'Aïdid en Somalie. Quant aux attentats ratés contre Castro, Kadhafi ou Saddam Hussein, ils n'ont eu comme effet que de renforcer le combat antiaméricain de ces chefs d'Etat. Si le début de cette guerre des drones a pu passer inaperçu, ce livre vient en souligner le dessein. Va-t-on assister avec la démocratisation de cette technique à des projets d'assassinat concoctés par d'autres Etats que les Etats-Unis? Pourraient-ils viser le locataire de la Maison-Blanche? La guerre des drones ne fait que commencer.

"L'assassinat de dirigeants étrangers par les Etats-Unis. Un siècle de complots au service de la puissance américaine" par Etienne Dubuis, éditions Favre 2011, 364 pages. 

14/09/2011

Les mots de la place Tahrir

tahrir.jpgLe seul nom de cette place suffit à évoquer la révolution égyptienne. L'Egypte de Tahir: c'est sous ce titre que deux correspondants de presse racontent l'histoire de cette révolution qui a commencé bien avant que des tentes ne soient montées sur cette place. Claude Guibal et Tangi Salaün assistent aux événements et ont le sens du récit. Maalesh, disaient les Egyptiens. Tant pis, c'est comme ça, c'est pas grave: ce mot, ils l'ont entendu des années avant l'explosion. Il y en a un autre qui faisait partie du vocabulaire courant des Cairotes: Wasta, le piston. Obtenir un job? Wasta. Un papier de l'administration? Wasta. Une inscription de son môme à l'école? Wasta. Et puis, il y a eu l'inflation qui a retiré le pain de la bouche aux pauvres, très nombreux en Egypte. Et le pain subventionné, ensuite, mais qui n'a pas suffi à empêcher la révolution de Tahrir. Parmi les vecteurs de contagion de la grogne, ce bon vieil internet qui dit le ras le bol du nizam, le système. Le hiéroglyphe moderne qui fait tomber le pharaon. Ironie. Et puis, il y a eu les grèves, comme avant toute révolution. Elles avaient paralysé toute l'industrie du textile dans le delta du Nil en 2008. Ne manquait plus qu'une étincelle. Elle a jailli en juin 2010. La mort de Khaled Saïd sous les coups des policiers. Les photos du mort courrent internet. Une page facebook "Nous sommes tous des Khaled Saïd" apparaît. La colère monte. Jusqu'au slogan "Moubarak Kefaya", Moubarak, ça suffit.

"Erahl", Dégage! Une mer de chaussures s'élève au dessus de la place Tahrir qui ne veut pas croire que le raïs puisse faire semblant de ne rien comprendre. Dans son discours télévisé, il tente une dernière fois d'apparaître paternel. Les enfants du Nil n'en peuvent plus. Ils le crient. Tombent sous les balles. Mais c'est Moubarak qui finit par tomber après dix-huit jours d'affrontements et de manifestations. Les insurgés découvrent le Medinet Nasr, l'immense centre de la sécurité d'Etat. Ils filment les matraques électriques, les dossiers de filature, les écoutes, les compte-rendus d'interrogatoire de police qui s'entassent sur les étagères. Pendant ce temps, Ramy Essam met cette révolution en chanson. Il chante. C'est la star de la révolution, en concert tous les jours place Tahrir. Et puis, après quelques jours, ce sont les barbus qui sortent du bois. Les Frères musulmans sont là. L'été dernier, l'organisation islamiste était en vedette d'une série télé qui a fait un carton. L'orientation donnée par le pouvoir encore en place est critique. Combien sont-ils? "Demandez au ministre de l'intérieur. Lui, il sait", répondait avant la révolution un des responsables des Frères. Ils sont nombreux. Ils feront bientôt une démonstration de force, piégeant les prodémocrates dans une manifestation unitaire qu'ils détournèrent à leur seul profit. Leur chameau à eux, ce qui les a fait avancer, c'est la plus grande association de bienfaisance islamique qu'ils ont créé pour mettre un peu de baume sur les plaies dans les quartiers populaires délaissés par l'Etat. Place Tahrir, nos reporters retrouvent aussi la mère du terroriste qui a tué le président Sadate, al Islambouli. L'histoire s'arrête et le récit aussi, avec la grande désillusion du referendum sur la "correction" à la marge de la constitution. Le oui l'emporte massivement. Tahrir n'est pas l'Egypte. "On a fait tout ça pour rien", se décourage un révolutionnaire. Les militaires ont réussi à faire passer un toilettage de la constitution alors que les jeunes voulaient tout remettre à plat. On nous a volé notre révolution, disent-ils encore aujourd'hui.

Ce reportage qui joue en flash-backs de la connaissance profonde du pays des auteurs tout en racontant les jours de la révolution égyptienne est passionnant et se lit comme un roman de l'Egypte contemporaine. Ca va mieux en le disant, non?

"L'Egypte de Tahrir, anatomie d'une révolution" par Claude Guibal et Tangi Salaün, au Seuil, 243 pages, 2011. 

05/09/2011

Le paradoxe américano-saoudien du 11septembre

1109.jpgLe déferlement a commencé. Les livres sur le 11 septembre, dix ans après, ne vont pas manquer. Impossible d'ignorer qu'al Qaida veut dire "La base". Que Ben Laden a mordu la main américaine qui l'a nourri en Afghanistan. Ou que la plupart des terroristes des avions missiles étaient des Saoudiens. Dans "Vérités et mythologies du 11 septembre", notre confrère Richard Labevière, ex de la TSR et de bien d'autres médias, se repasse le film, sans nostalgie et revient sur les mythes du 11 septembre. Pas sûr qu'il consacrerait vingt ans de sa vie aux "dollars de la terreur", si c'était à refaire, débusquant leurs comptes en Suisse.

Cette passion du 11 septembre est morbide. Elle a fait de nous des voyeurs d'une dramaturgie extraordinaire, d'un événement "boursouflé", écrit l'auteur, ben Laden incarnant "le mal absolu". Si le 11 septembre n'a pas selon lui la valeur d'un tournant historique, il a cependant enclenché le dessein américain d'un grand Moyen-orient, inauguré par la guerre d'Irak. Les conseillers de George Bush disaient à peu près ceci: puisque le conflit au Proche-Orient entre Israël et la Palestine ne trouve pas d'issue, redéssinons la carte de la région en démocratisant les États qui ceinturent ce point noir des relations internationales. C'était tout le projet des néoconservateurs. La fausse naïveté  du programme - créer une démocratie en quelques années et l'imposer par les armes et l'occupation - a révélé ses failles et ses contradictions depuis. Le choc des civilisations, une invention idéologique qui aura fait des dégâts dans les têtes, a fait pschitt. Mais derrière ce rideau de fumée et de poussière qui s'est levé dans l'effondrement des tours du World Trade Center,ce qui intéresse vraiment Richard Labévière c'est le paradoxe américano-saoudien. L'Arabie Saoudite a financé et finance encore le terrorisme djihadiste au nom du wahhabisme, version rétrograde et radicale d'un islam gouvernant la Cité. Le rôle du prince Turki al-Fayçal, patron des services secrets saoudiens dans la transformation de l'héritier jetseter ben Laden en combattant du jihad international,  constitue le coeur du livre. Ainsi que le pacte de Quincy scellant l'alliance des États-Unis avec la monarchie des Saoud au sortir de la Deuxième guerre mondiale, faisant de l'Arabie saoudite "un intérêt vital des États-Unis". Ce pacte formera le bouclier qui protègera les financiers et soutiens saoudiens et émiratis de ce nouveau terrorisme. Malgré les victimes du 11 septembre pleurées par l'Amérique.

Puis, vint le printemps arabe. Une autre page s'est-elle tournée? Reste à savoir, répond Richard Labévière si "l'islamisme radical est soluble dans la "démocrature" post mondialiste des régimes arabes de demain". Pour lui, le degré de nuisance d'al Qaida dépendra de la présence plus ou moins forte des Frères musulmans dans ces nouveaux régimes. Il n'est guère optimiste pour l'avenir puisqu'il promet au printemps arabe le destin d'un mai 68 générant une contre-révolution libérale, avec une purification ethnico-religieuse en plus. S'égarant parfois au Proche-orient ou en France, Richard Labevière livre beaucoup d'éléments nourrissant sa thèse et rendant compte des dessous de l'événement. On comprend mal que ce travail documenté s'ouvre par des diatribes adressées aux "benêts universitaires et médiatiques". Ces réglements de compte, avec certains experts concurrents étaient-ils nécessaires? Nouveau monde, l'éditeur, aurait sans doute du lui faire la remarque. Ça va mieux en le disant, non?

"Vérités et mythologies du 11 septembre" Richard Labevière, Les enquêteurs associés, Nouveau monde, 301 pages, 2011.

29/08/2011

Comprendre les batailles libyennes

Lors de l'offensive des troupes de Bengazhi, les prises et reprises de villes comme Ras Lanouf, Brega ou Adjabiya ont largement été commentées comme un gel des positions militaires des insurgés et des loyalistes. A la lecture du "choc des révolutions arabes" chroniqué sur ce blog, l'interprétation de ces épisodes apparaît éronnée. En effet, dans son livre, Mathieu Guidère explique que dans la tradition tribale, aucune force ne se voit en force d'occupation durable du territoire traditionnel de l'autre. Selon lui, "l'objectif est avant tout d'investir le territoire pour enlever le maximum de membres de l'autre camp et être ainsi en position de force pour négocier". S'ajoute à cela, la fameuse tactique guerrière du "flux et reflux" utilisée par les Libyens lors de la conquête italienne, sous la conduite d'Omar al-Mokhtar. Voici une nouvelle illustration de la pertinence de cet ouvrage. Ça va mieux en le disant, non?

"Le choc des révolutions arabes" par Mathieu Guidère, éditions Autrement, 210 pages, 2011.

25/08/2011

Autopsie de la Libye

AW10UWLCAX68Y2ICA66JJAJCA95C8IFCA7XTVYNCA46WBOTCAQ7OZ5SCAVLF603CA3A028QCAFFD20TCA8MX7OBCA91NYRGCAQWJEI1CAE8HTD0CAPYWHE5CAYII16SCAYO5EYKCAZIJCJ5CAJZCYBRCA96KCNS.jpgIl y a des diplomates comme ça. La plupart, ose-t-on espérer. Leur mission dans un pays étranger ne se conçoit pas sans un patient exercice de curiosité. Ils apprennent à aimer le pays où ils se trouvent en résidence. Ils apprennent aussi à le connaître de fond en combles. En intitulant "Au coeur de la Libye de Kadhafi", la synthèse qui n'existait pas sur ce pays, Patrick Haimzadeh diplomate en poste durant trois ans à Tripoli montre qu'il a la Libye au coeur, irréductible à la seule figure de Kadhafi. Mais pourquoi donc consacrer un livre à cette Libye de Kadhafi, alors que son régime s'effondre? Sa rédaction récente prend en effet en compte l'insurrection lancée de Benghazi en février dernier. D'abord, parce que le long règne de Kadhafi, dont les séquences ne furent pas toutes stériles comme on le découvre par le détail, c'est deux tiers de la vie du jeune Etat. Autant dire que l'histoire de la Libye qui s'écrira demain se dessine déjà en creux au fil de celle d'aujourd'hui et même d'hier. La rivalité et l'influence de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque se forme dès l'antiquité et au fil des siècles. La rente pétrolière (92% des revenus du pays) de l'Etat distributeur et clientéliste de Kadhafi se renégocie aujourd'hui avec les firmes internationales et les États. Ainsi que le jeu des tribus et des parties du pays dont Kadhafi a usé pour installer son pouvoir, réprimant parfois, écartant aussi du pouvoir et de ses prébandes, les régions où ethnies qui n'avaient pas fait allégeance. La révolte libyenne est ainsi partie de Cyrénaïque, coupable de n'être pas aux ordres et délaissée par Kadhafi. Mais l'assaut de Tripoli est partie du Djebel Nefoussa berbère. Autant dire que les négocations de l'après-Kadhafi seront aussi compliquées que l'équilibre et le fonctionnement des "structures" du pouvoir mises en place par le Guide pour mieux diriger en parfait autocrate. Car Kadahfi est plus qu'un dirigeant fantasque. Et le livre de Patrick Haimzadeh le montre bien. D'ailleurs, peut-on rester au pouvoir 42 ans sans rien comprendre à la population de son pays? Non, Kadhafi a d'abord compris les aspirations de son peuple, dans sa formule révolutionnaire des débuts, à la fois nasserienne, socialiste et panarabe mitigée d'islam soufi. Il a ensuite empêchéà tout contre-pouvoir ou corps intermédiaire de s'installer au nom du "gouvernement du peuple pour le peuple et par le peuple". L'usine à gaz des leviers de la Jamahiriya libyenne laisserait pantois plus d'un politologue chevronné. Sauf que cette tuyauterie originale n'aura finalement servi que le dessein d'un homme, d'une famille, d'un clan, de ses fidèles et de ses tribus vassales tandis que l'appareil sécuritaire était la vraie colonne vertébrale du régime. Autre aspect intéressant du bouquin: comment Kadahfi utilise l'immigration pour rétribuer et vassaliser les toubous, ethnie qui s'est spécialisée dans ce "commerce", comment il a usé aussi de cette arme vis-à-vis des pays européens. Comment il change tout le temps les repères de son peuple pour provoquer sa déstabilisation et sa sidération. "Tout changer pour que rien ne change". Mais cela ne met pas à l'abri d'une chute tout aussi brutale. L'ouvrage se conclut sur les spécificité des villes de Libye, leur mosaïque imbriquée de tribus, d'appétits et de spécificités. Sans cette grille de lecture, impossible de comprendre ce qui s'est passée jusqu'à l'assaut de Tripoli. Autant dire que la lecture de l'ouvrage est essentiel pour comprendre ce pays, qui est à la fois un des plus grands d'Afrique, un des moins peuplés et un des plus urbanisés. Ça va mieux en le disant, non?

"Au coeur de la Libye de Kadhafi" Patrick Haimzadeh, JC Lattes, 2011, 181 pages.

 

 

03/08/2011

Le 89 arabe fait parler

89 arabe.jpgBenjamin Stora, Edwy Plenel:ça, c'est une affiche d'édition. Pour parler du 89 arabe en plus. Les deux compères (ils se connaissent et ont eu des engagements passés en commun) devisent donc aimablement autour des révolutions qui agitent des pays du Maghreb et du Machrek. Les deux hommes ont lu, réfléchissent. On est sûr d'avoir du grain à moudre, en somme. Dommage quand même qu'il faille arriver à la fin de la lecture pour que des avis divergents apparaissent. En l'occurence sur l'intervention française en Libye. Le débat démocratique, c'est d'abord la contradiction, l'échange de points de vue divergents, non? Les livres d'entretien ne sont pas ma littérature préférée. Rarement profonds, souvent vite faits, ils vous laissent sur votre faim. A moins d'opposer deux conceptions du monde. Ce n'est pas le cas ici. Cependant, celui-là peut retenir l'attention. Pourquoi? D'abord parce que Plenel a l'honnêteté de dire qu'il n'est pas un spécialiste du monde arabe et que Stora ne s'intitule qu'historien du maghreb, avec une profondeur algérienne en plus, restant plus modestement observateur quand il parle de la péninsule arabique ou de la Syrie... Pour cette raison, il vaut mieux lire d'autres livres sur la question pour l'aborder. Et lire celui-ci ensuite, car il offre plusieurs perspectives originales. La première est celle d'une période coloniale et d'indépendances confisquées qui serait en train d'être soldées à la faveur de ces événements imprévisibles. C'est une des thèses du livre. Cela n'étonnera pas ceux qui savent l'intérêt et l'engagement intellectuel dans la lutte anticoloniale des deux hommes. Un autre point de vue des auteurs est que les spécialistes de l'islamisme auraient biaisé notre regard sur les sociétés arabes. C'est oublier les analyses fines et largement diffusées après le 11 septembre sur les différents courants de l'islam: du wahhabisme (avec deux h, Edwy!) jusqu'aux confréries soufies, des salafistes au tabligh, piétistes très présents sur le terrain social, des habbachis libanais ou syriens aux mourides sénégalais ou mauritaniens... Plus globalement, les auteurs oublient de souligner le péché originel de l'islamisme: il ne conçoit pas (encore) une séparation du politique et du religieux. Dans beaucoup d'esprit, et pas seulement des plus radicaux, le gouvernement de la Cité doit s'inspirer du gouvernement de Dieu; d'où l'origine coranique du droit musulman, augmenté des haddits, la charia. Ces deux auteurs, hommes de gauche, font-ils preuve d'angélisme concernant l'islamisme comme la gauche le fit sur les questions de sécurité? Peut-être pas. Mais récuser ainsi les "spécialistes" du terrorisme ne fait pas disparaître pour autant la réalité du combat d'une frange de militants islamistes. L'autre thèse est que ces révolutions n'ont pas eu d'avant-garde et seraient donc profondément démocratiques. Faux. En Algérie, en Tunisie, en Egypte, mais aussi au Yémen des militants démocratiques sont allés se former auprès de "révolutionnaires européens de 1989", en Serbie notamment, pour mettre au point des techniques de résistance passive, de révolte pacifique. L'emblème de ces mouvements de jeunes (le poing) copie d'ailleurs celui des jeunes Serbes d'Otpor. Démocratique, oui. Mais l'apparent consensus des premiers mois se fissure et fait réapparaître des fractures, notamment entre islamistes (je rappelle que cela ne veut pas dire radical) et mouvements de jeunes. Et en Tunisie comme en Egypte, l'essentiel de l'appareil d'Etat reste en place ou a repris la main. La révolution n'est pas terminée, cependant. Wait and see. Les auteurs affirment aussi l'absence de dissidences façon bloc de l'est. Tiens donc. Beaucoup d'intellectuels arabes, et ils en citent quelques uns, ont pourtant payé de leur liberté quand ce n'était pas de leur vie leur critique de régimes autoritaires et corrompus. Un passage du livre évoque aussi WikiLeaks dont les auteurs estiment que l'influence ou la portée a été importante. Selon des observateurs sur le terrain, les sites d'opposants sur Facebook ont joué un rôle plus important sur le peuple et les jeunes, WikiLeaks restant l'affaire d'une élite. Enfin, ce monde arabe renouant avec l'exigence démocratique nous vaut un couplet bien connu du journaliste de Mediapart (le seul media qu'il cite, alors que d'autres ont du sortir eux aussi quelques bons papiers sur ces révolutions...) sur la France.Du livre, on retiendra pour finir la mise en perspective historique de ces révolutions en cours, avec ses prémices en Algérie ou en Tunisie dans les années 80, ses freins (le soutien des ex-colonisateurs aux régimes en place par souci d'écarter les islamistes, notamment ou l'éradication des partis communistes dans la période post-indépendance). A lire, pour toutes ces raisons, avec ces quelques réserves... Ca va mieux en le disant, non?

Par honnêteté, j'ajoute à cette critique que je connais professionnellement Edwy Plenel.

"Le 89 arabe, réflexions sur les révolutions en cours" Benjamin Stora, Edwy Plenel, collection "Un ordre d'idées" chez Stock, juin 2011.

 

   

 

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26/07/2011

Signé Chirac, signé Furax

jacques-chirac-deuxieme-tome-de-ses-memoires-image-486244-article-ajust_485.jpgSacré Chirac. Neuf avant après avoir été traité de vieux par Jospin, il sort le tome 2 de ses mémoires et fait preuve d'une énergie mordante qui doit le rajeunir un peu. C'est signé Chirac ou plutôt Furax. Voilà le vieillard cacochyme qui règle ses comptes avec l'actuel président de la République. Et le papy en goguette sur ses terres de Corrèze de dire et redire qu'il votera pour le socialiste Hollande plutôt que pour le candidat de son camp. Sarkozy? «Nerveux, impétueux, débordant d’ambition, ne doutant de rien et surtout pas de lui-même. » Le portrait acide de l’actuel locataire de l'Elysée, c’est Jacques Chiracqui le signe dans le deuxième tome de ses Mémoires consacrées à ses douze ans de mandat présidentiel. Dérogeant à la règle qu’il s’était fixée de ne pas critiquer son successeur, l’ex-président ne rate pas son ancien ministre. Reconnaissant à Nicolas Sarkozy des qualités, une ambition «au point de composer son cabinet ministériel» avant d’être nommé, il constate au final: «Nous ne partageons pas la même vision de la France. »

«Trop de zones d’ombre et de malentendus subsistent», constate Chiracalors qu’il examinait une possible nomination du jeune loup à Matignon après sa réélection de 2002. Il se fait d’ailleurs plus précis encore et attribue la sortie dans la presse de l’affaire des biens de son épouse Bernadette, au ministre du Budget Nicolas Sarkozy, qui fit campagne contre lui aux côtés d’Edouard Balladur à l’élection de 1995. «Visant ma belle-famille et moi-même par voie de conséquence, elle n’avait pas d’autre objectif que de salir la réputation d’un concurrent. » Chiracpoursuit: «Les attaques lancées contre Alain Juppé, peu après son arrivée à Matignon, ne devaient rien au hasard, elles non plus. Puis ce fut à mon tour d’être pris pour cible. »

Parmi les mauvais souvenirs, le fin connaisseur des Arts premiers, pour qui la création du Musée du quai Branly fut «l’une des grandes joies de ma vie», se rappelle la sortie sarkozyenne sur le Japon: «J’ai feint de ne pas me sentir visé lorsque Nicolas Sarkozy a cru bon d’ironiser sur les amateurs de combats de Sumos et de dénigrer le Japon, deux de mes passions, comme il ne l’ignore pas. Je me suis dit en l’apprenant que nous n’avions pas les mêmes goûts, ni la même culture. »

Le 6   mai 2007, Nicolas Sarkozy est élu président de la République. «Nous sommes réunis à l’Elysée avec Bernadette et de proches conseillers…, écrit Chirac, pour entendre la première déclaration du futur chef de l’Etat. Chacun de nous écoute avec la plus grande attention chaque phrase, chaque mot qu’il prononce, guettant secrètement le moment où il citera sans doute le nom de celui auquel il s’apprête à succéder, ou même le remerciera du soutien qu’il lui a apporté. Mais ce moment ne viendra jamais… Au fond de moi, je suis touché, et je sais désormais à quoi m’en tenir. »

A part pour Lionel Jospin, décrit comme froid et calculateur, ou Giscard, le vieil ennemi, Chirac n’a pas de mots plus durs que pour le président actuel. S’invitant ainsi dans la campagne de 2012, Chiracrègle quelques comptes. Désormais, c’est le candidat Sarkozy qui sait à quoi s’en tenir. Ça va mieux en le lisant, non?

"Le temps présidentiel" mémoires 2 par Jacques Chirac, Nil éditions, 2011.

21/06/2011

Voyage au bout de l'Inuit

ethno.jpgEt si des peuples qui ne vivent pas comme nous avaient des choses à nous apprendre. Et si des savoirs ancestraux étaient aussi précieux que nos découvertes scientifiques. Voilà bien un propos d'ethnologue, pour qui les croyances de la "géographie sacrée", et les usages en harmonie avec la nature, sont des trésors. Wade Davis est ethnologue et anthropologue. C'est donc aux quatre coins du monde que ce Canadien est allé chercher ces sagesses ancestrales dont nous avons tant besoin. Pour ne pas disparaître, ces sagesses ont besoin de leur langue. Or, la moitié des langues de cette terre sont menacées d'extinction. La langue est la première "espèce menacée" de la diversité terrestre, loin devant les mammifères (20%), les oiseaux (11%) ou les poissons (5%). "Quand on perd une langue, c'est comme si on bombardait le Louvre", écrivait le linguiste Ken Hale. Le voyage anthropologique de Wade Davis commence aux débuts de l'Huamanité avec les Bushmen du Kalahari, un petit peuple dont l'ADN ne porte aucune trace des mutations des hommes qui se déplacèrent pour peupler les cinq continents, comme nous l'apprend la science génétique la plus récente. Les Dieux sont-ils tombés sur la tête? Sans doute. Car nos ancêtres communs ont choisi de vivre dans une des régions les plus hostiles de la planète, faisant preuve d'une incroyable adaptation à ce milieu. Wade Davis nous emmène ensuite en Polynésie qu'il connaît bien. Une civilisation qui s'est répandue sur 25 millions de kilomètres carrés en à peine 80 générations, peuplant presque toutes les îles du Pacifique. Car ce peuple était un peuple de navigateurs, capables de suivre 220 étoiles du ciel, d'interpréter cinq types de houle pour se positionner par rapport au rivage, et de déterminer des longitudes instinctives avant l'invention de tout sextant ou chronomètre. Il nous emmène ensuite dans la forêt des peuples de l'Anaconda, au bord de l'Amazone, ce fleuve nommé par un explorateur qui ne ramena rien d'autre à son souverain qu'une légende, celle d'un peuple de femmes guerrières qui suffit à lui éviter le déshonneur... Là, dans les tribus du bassin amazonien puis dans les Andes, il nous sensibilise à un panthéisme cosmologique, la géographie du sacré, dont nous aurions beaucoup à apprendre pour préserver notre environnement. J'ai appris avec surprise dans ce chapitre que six millions de personnes ont pour langue maternelle, le Quichua, la langue des Incas, une civilisation qui me fascine depuis ma lecture de 'Tintin et le temple du soleil". L'itinéraire se poursuit de rencontre en rencontre, jusqu'au brassage du siècle du vent. Pour la conclusion, il faut revenir au début de l'ouvrage. La voici: "Ce que nous découvrirons au bout de ce voyage"sera notre mission pour le siècle qui vient. Un incendie menace... d'immenses archives de la connaissance et de l'expérience, un catalogue de l'imagination. Il faut les sauver". Cela me rappelle une histoire récente: le Japon a embauché il y a quelques années des personnes âgées car des savoirs ancestraux comme l'art du bouquet ou d'autres, étaient sur le point de disparaître. Ca va mieux en le lisant, non?

"Pour ne pas disparaître. Pourquoi nous avons besoin de la sagesse ancestrale"de Wade Davis, Albin Michel, 229 pages. 

17/06/2011

Une étincelle de livre

ben jelloun.jpgNe parlez plus à Tahar Ben Jelloun du silence des intellectuels arabes. Cette fable occidentale ne le fait plus rire. Il connaît trop de poètes, d'universitaires qui ont payé le pris fort à la cause de la liberté, trop de journalistes et d'intellectuels qui ont eu le courage de critiquer des régimes criminels, en prenant des risques d'une toute autre nature que ceux qui "menacent l'intellectuel parisien", pour supporter qu'on colporte encore cette sottise. Voilà pour le prologue, qui vaut avertissement. Puis, vient le livre. L'étincelle. Joli titre. Le printemps arabe vu par l'écrivain marocain Tahar Ben Jelloun. Alléchant. TBJ écrit dans Die Zeit, Le Monde et la Repubblica ou The independant. Mais ce n'est pas ce chroniqueur de presse qu'on attendait avec curiosité sur le printemps arabe. Non, c'est l'écrivain qui dès les premières pages, nous fait entrer dans la tête de Moubarak et Ben Ali. Quel feu d'artifice. Il fallait un écrivain pour décrypter ces sentiments de vanité, de fatuité de personnes qui ne se rendent plus compte de rien et qui se pensent indispensables à la survie de leur pays, même quand celui-ci les rejette. C'est encore l'écrivain qui parvient dans quelques belles pages à redonner chair à Mohamed Bouazizi, le Tunisien qui s'est immolé ou à l'Egyptien Sayed Bilal, deux figures des révolutions. Il fallait un écrivain pour imaginer à partir du réel, les pensées des deux Chefs d'Etat comme ce que fut la vie presque ordinaire de deux martyrs, ou le chagrin de leurs proches, en un parallèle désormais historique.

Malheureusement, l'auteur de "L'enfant de sable" ne tient pas la longueur. La promesse du regard clair et du mot juste n'est pas tenue jusqu'au bout. Le reste du livre est fait de bric et de broc. Un petit compte-rendu de voyage en Libye ou au Yémen d'un homme vite effrayé de son arrivée en terre kafkaïenne et ubuesque, ou au pays du couteau à la ceinture, resté tel quel depuis l'hégire. Un bel hommage au père de l'indépendance tunisienne, Bourguiba, qui a façonné son pays comme une exception d'un monde arabo-musulman baillonné et sanglé depuis 50 ans. Une évocation un peu timide et bienveillante du Maroc et de Mohamed VI. Difficile décidément d'être juste avec les siens. Dommage enfin que TBJ n'est pas pris le temps de rester sur l'idée de départ car les premières pages sont vraiment réussies. Las, ces ruptures de ton, de parti-pris, et au final de style, gâchent la fête et finissent par éteindre cette étincelle de livre. Relisez plutôt "Par le feu", un autre livre écrit dans l'urgence et inspiré par le printemps arabe du même Ben Jelloun. Chez Gallimard. Ca va mieux en le disant, non? 

"L'étincelle" de Tahar Ben Jelloun Gallimard, 122 pages, 2011

"Par le feu" de Tahar Ben Jelloun Gallimard, 56pages, 2011.

14/06/2011

On ne dit pas la vérité sur le nucléaire



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Corinne Lepage (1) n'a pas tardé à tirer les conséquences de l'accident de Fukushima. Dans "La vérité sur le nucléaire", elle dit ses quatre vérités au puissant lobby qui a fait de la France le pays le plus nucléarisé au monde. D'abord, un accident comme Tchernobyl a fait plus de victimes qu'on ne le dit. Ensuite, le risque d'accident n'est pas  sérieusement pris en compte en France. Enfin, le nucléaire coûte extrêmement cher et certaines dépenses non intégrées dans le calcul du coût de cette énergie ne le rendent plus guère compétitif. Pour couronner le tout, elle descend en flammes le projet Iter dispendieux et d'ores et déjà plombé. Bref, le nucléaire français n'est ni sûr, ni économiquement intéressant, ni porteur d'avenir. Autant dire que la France a tout faux, alors que l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, ont décidé de sortir du nucléaire.

Résumons ses arguments.

- On ne dit pas la vérité sur les victimes du nucléaire. Tchernobyl? 4000 morts? Non, plutôt 900 000 et 7 millions de personnes touchées.

- On ne dit pas la vérité sur les accidents. A Fukushima, on a exclu certaines chaînes d'événements jugés impossibles, négligé des défaillances connues (comme celle de la cuve du réacteur numéro 4) et minoré les contrôles pour diminuer les coûts.

- On ne dit pas la vérité sur le coût d'un accident: entre 300 et 1000 milliards de dollars, selon les calculs pour Fukushima.

- On ne dit pas la vérité sur le coût de l'énergie nucléaire: 5000 à 8000 dollars par kilowatt installé.

- On ne dit pas la vérité sur les autorités du nucléaires: l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) sous-estime systématiquement les risques et les conséquences car elle est chargée de promouvoir cette énergie.

- On ne dit pas la vérité sur l'EPR: le coût de celui de Flamanville a été réévalué de 3 à 6 milliards ; des réserves sont émises sur sa sécurité et celles-ci pourraient ne pas être rectifiées par Areva en raison des surcoûts engendrés.

- On ne dit pas la vérité sur ITER: son coût est prohibitif (il est passé de 8 à 15 milliards) ; il serait inutilisable selon le prix Nobel Georges Charpak, pourtant pronucléaire ; il est dépassé car les Américains ont avancé plus vite sur la fusion par confinement inertiel ; le site choisi, celui de Cadarache est dans une zone sismique.

- On ne dit pas la vérité sur EDF et Areva: les deux fleurons étatiques français sont lourdement endettés.

- On ne dit pas la vérité sur le démantelement des centrales obsolètes: entre 100 et 200 milliards d'euros pour les 58 réacteurs français.

- On ne dit pas la vérité sur l'emploi: la création d'emplois du nucléaire est beaucoup plus modeste que celle des énergies renouvelables.

- On ne dit pas la vérité sur les déchets: il s'accumulent sans retraitement et leur enfouissement dans d'anciennes mines n'est pas une solution comme l'a démontré l'exemple allemand.

Ça va mieux en le disant, non?

"La vérité sur le nucléaire" Corinne Lepage, Albin Michel, 229 pages. 

(1) Ancienne ministre de l'environnement du gouvernement Juppé, avocate des victimes des marées noires bretonnes, Corinne Lepage est une écologiste de centre-droit qui siège au parlement européen.





11/06/2011

Fille à papa

images.jpgIl y a Le Pen. Et il y a Marine. Les sondages lui promettent une bonne place à la présidentielle de 2012. Au pire, la troisième. Elle incarnerait aujourd'hui un Front national "dédiabolisé", débarrassé de ses nostalgies antifrançaises ou coloniales: Pétain, la collaboration, l'OAS. Ou même des skinheads. La dame a un certain talent, comme son père. Pour Caroline Fourest et Flammetta Venner, le visage avenant de la fille du vieux chef n'est qu'un masque. Mais le masque de quoi? C'est peut-être sur ce chapitre que cette biographie trouve sa limite. A force de détailler la personnalité d'une Marine qui a fait d'un nom difficile à porter dans l'enfance et l'adolescence, son étendard, les deux journalistes négligent un peu le contexte. Celui d'une mutation partisane qui a fait évoluer ou naître dans toute l'Europe des formations populistes, défendant désormais une identité étriquée contre un pseudo complot favorisant l'islamisation du Vieux-Continent. Les deux auteures évoquent d'ailleurs à deux reprises l'UDC suisse dont Marine Le Pen fait volontiers un modèle pour le FN. Autant dire que ce "nouveau FN" doit moins à cette Marine qu'à la crise et à l'air du temps européen.

La nouvelle jeune d'Arc française veut donc bouter hors de France les envahisseurs. En réalité, elle a surtout fait partir des militants frontistes qui ne se reconnaissent plus dans un parti qu'ils nomment  d'ailleurs le Front famillial. Les militants du FN qui étaient 45 000 en 1998, ne seraient plus qu'une dizaine de milliers, dix ans après. Ce qui n'empèchera sans doute pas Marine Le Pen de faire un score à deux chiffres à la présidentielle de 2012. Il vaudrait mieux pour elle, d'ailleurs, car le parti en quasi faillite aura bien besoin de l'argent public généreusement distribué par la République aux participants des joutes démocratique pour continuer à nourrir la famille. Si on ajoute à cette hémorragie des cadres, un programme construit sur du sable, comme le montrent les deux auteures, le Front national est mal parti. Même si Marine le veut plus séduisant.

 Marine, comme son père et d'autres proches vit du Front national. Avocate, elle fut grassement rémunérée par le parti et attend l'héritage. Son entourage formé par la famille, d'anciens du GUD (le groupuscule d'étudiants d'extrême droite créé pour faire le coup de poing avec les soixanthuitards à Paris), d'anciens mégretistes rentrés aux bercailles et de jeunes bourgeois fêtards prêts à s'encanailler en politique, n'est pas aussi folklorique que celui son père. Le menhir était en effet entouré d'une faune mêlant d'anciens Waffen SS, des curés intégristes, des soldats perdus de l'Algérie française, ou des camelots du roi.  Les plus cultivés d'entre eux appellent Marine, la nightcleubeuse. Pas gentil. Cette famille de la droite radicale, toujours prête à se déchirer, ne rate pas la nouvelle venue: "Marine Le Pen représente par excellence l'ère du vide. Les médias se l'arrachent parce qu'elle est deux fois divorcée, pour l'avortement et le Pacs, ce qui pour eux est un gage de modernité".

 Marine, ce sont les hommes du FN qui en parlent le mieux. Ca va mieux en le disant, non?

"Marine Le Pen" par Caroline Fourest et Fiammetta Venner, Biographie, Grasset, 428 pages, 2011

06/06/2011

Les hommes devraient plaider coupable

violence.jpgPas un hebdomadaire français, cette semaine,  qui ne traite du machisme hexagonal. L'affaire DSK aurait en effet déclenché une prise de conscience de la violence ordinaire faite aux femmes que les hommes sont d'ailleurs les seuls à découvrir à cette occasion. Les femmes, elles, savaient. Et leurs témoignages suffisent à la démonstration. Dans "Les violences ordinaires des hommes envers les femmes", un homme, psychiatre et thérapeute de couples, "accuse les hommes, mes frères, de violences ordinaires envers les femmes. "Ce que je dénonce, c'est la violence banale et quotidienne, la violence sourde et aveugle à l'existence féminine, héritière d'une domination masculine que beaucoup pensent disparue mais qui reste le ferment de la mésentente conjugale". L'égalité des sexes, pourtant inscrite dans la constitution française n'est presque nulle part une réalité. Dans son livre Philippe Brenot en donne de nombreux exemples bien connus: depuis les tâches ménagères jusqu'à la représentation politique, le constat est le même.

La France est-elle la seule dans ce cas. Hélas, non. Dans toute l'Europe, la violence des hommes est la première cause décès des femmes de 16 à 44 ans, devant le cancer et les maladies cardio-vasculaires. A quand une politique de prévention et d'éducation qui fasse cesser ce scandale. Le lecteur sera cependant surpris d'apprendre que c'est en Allemagne que les femmes meurent le plus sous les coups des hommes: une par jour quand en France, une meurt tous les cinq jours. Effrayant. A l'échelle de la planète, une à deux femmes sur cinq a -ont- subi des  violences. Le psychiatre ajoute qu'il n'y a pas de différence "entre les degrés de la violence, elle est de même nature, qu'elle soit mortelle ou banale". A ses yeux, une des raisons à de tels comportements est l'ignorance de la différence des sexes. Celle des enfants qui peuvent frapper indifféremment un ou une camarade dans la cour de récréation. A l'âge adulte, cette différenciation devrait être acquise. Or...Le psychiatre détaille ensuite les types de violences allant des mots, au silence, de l'absence au harcèlement, donnant moult exemples de couples qu'il a reçus en consultation. Ces violences ordinaires sont à sens unique très majoritairement homme-femme et sont des violences sexistes. L'évolution des positions entre les hommes et les femmes se heurte, selon lui, à "l'absence de volonté politique de dénoncer cette inégalité". En paraphrasant Simone de Beauvoir, l'auteur termine en prônant: "on ne naît pas homme, on le devient". Vaste programme à inscrire, dit-il, dès l'école primaire. Ca va mieux en le disant, non?

"Les violences ordinaries des hommes envers les femmes" de Philippe Brenot, Odile Jacob poche, collection psychologie, 218 pages, 2011.  

11:20 Publié dans chronique de l'écrit | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : dsk, brenot, sexe, femmes, violences, viol | |  Facebook