27/05/2011

Images sanglantes de Syrie

Fermée aux journalistes, la Syrie d'Assad réprime dans le sang à l'abri des regards. Ou presque. Quelques images, de qualité médiocre, prises avec des téléphones portables, nous sont parvenues. Mais vendredi, Amnesty international a mis en ligne des vidéos numériques qui ont été prises par des Syriens, et sorties du pays. La thèse gouvernementale, voulant faire passer les manifestants pacifistes pour des groupes terroristes armés tombe. Ce samedi, à Genève, une marche partira du palais des Nations à 14h en solidarité avec le peuple syrien. Pour ceux qui voudraient mieux comprendre la nature du régime de Bachar el-Assad, au pouvoir depuis bientôt onze ans, et la grande diversité de la mosaïque syrienne, il faut lire l'excellent livre de Caroline Donati, "L'exception syrienne" publiée en 2009. Celle-ci explique notamment qu'à la mort d'Hafez, le père de l'actuel président, Bachar el-Assad, les forces militaires et sécuritaires ont pris l'ascendant sur le parti et la présidence. Elles demeurent cependant l'instrument du clan Assad et des Alaouites au pouvoir. Et cela n'exonère en rien la responsabilité du président Bachar el-Assad dans les massacres qui ont fait déjà mille morts à travers le pays dont un tiers dans la seule ville de Deraa.  

"L'exception syrienne, entre modernisation et résistance" par Caroline Donati, La Découverte, 2009, 354 pages.

 

16:36 Publié dans actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : syrie, amnesty international, bachar el assad, livre, donati | |  Facebook

26/05/2011

Le pouvoir de dire non



La culot, le rire, le chant, le sexe ou le sport ont permis dans de nombreux pays à des populations privées de liberté d'expression de défier l'oppression, parfois même de la défaire. Ces "Petits actes de rébellion" sont autant d'histoires courtes éditées par Amnesty international, dans un rapport plus joyeux que celui qu'elle livre annuellement sur les atteintes aux droits de l'homme dans le monde. Elles illustrent des dissidences modestes, des défis minuscules, et parlent de héros souvent ordinaires. Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer quelques-unes.


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- Quand l'écrivain Yachar Kemal dénonça les violences turques contre les Kurdes en 1995 dans l'hebdo allemand Der Spiegel, il fut poursuivi en justice. Pour protester contre ce procès, d'autres auteurs décidèrent de sortir un recueil d'articles interdits dont celui de Kemal. Le parquet dut poursuivre 195 intellectuels. L'affaire prit une telle ampleur que le pouvoir renonça. Depuis 2001, un recueil Liberté de pensée, sort tous les ans en Turquie et les juges reçoivent un gâteau d'anniversaire à la date de leur procès bloqué.

- Au Pérou, à partir de mai 20000, des habitants de Lima se sont rassemblés tous les vendredis pour laver le drapeau national sur une place parce que leur président l'avait sali à leurs yeux. Les actions Lava la banderase se répandirent dans le pays jusqu'à faire chuter le président Fujumori qui fut condamné en 2009 à 25 ans de prison pour des assassinats.

- En Pologne dans les années 80, après l'interdiction du syndicat Solidarnosc, un groupe appelé Alternative orange organisa de fausses manifestations pro-communistes et recouvraient de fleurs les voitures de police pour tourner en dérision le régime du général Jaruzelski.

- A Oxford en 1984, des autocollants apparurent sur les distributeurs de la banque Barclay's avec la mention "Réservés aux Blancs" ou "Noirs" pour dénoncer la collusion de l'établissement bancaire avec le régime d'Appartheid. La banque perdit la moitié des comptes d'étudiants ouverts et finit par lâcher le régime.

- En 1990 en Birmanie, le parti d'Aung San Suu Kyi gagna les élections, mais la junte refusa de reconnaître sa défaite et plaça la Dame de Rangoun en résidence surveillée. Posséder sa photo valait arrestation. Mais les généraux birmans ignoraient que celui qu'ils avaient choisi pour dessiner un nouveau billet de banque était un partisan de l'opposante. Sur ce billet qui devait représenter le père d'Aung San Suu Kyi, père de l'indépendance, le dessinateur donna au visage du papa les contours féminins de sa fille. Et le billet fut truffé de messages cachés, comme ces fleurs dont le nombre faisait allusion à la date du soulèvement héroïque de 1988. Il y avait en tout onze messages cachés sur le billet que les Birmans gardèrent avec fierté. La censure ne décella rien de l'entreprise subversive. Le "billet de la démocratie" finit par être retiré de la circulation. La junte est toujours en place.

- En 2000, l'opposition serbe à Milosevic était très surveillée par la police. Les militants d'Otpor, un groupe de jeunes activistes, multiplia les coups de téléphone pour organiser une importante livraison de tracts et d'autocollants. Quand la police débarqua, elle fut contrainte de saisir des cartons... vides. Pour dénoncer une presse aux ordres, les mêmes publièrent une carte postale avec une photo publiée par un journal officiel présentant des foules immenses de supporters du dictateur. Sur cette carte postale, les visages de personnes figurant plusieurs fois étaient entourés de blanc afin de dénoncer un montage...

- En Ingouchie en 2007, le taux de participation affiché aux élections était de 98% Faux. Alors 90 000 électeurs certifièrent par écrit qu'ils n'avaient pas voté pour dénoncer la supercherie du pouvoir.

-Au Kénya en 2009, pour éviter que les rivalités politiques ne tournent au drame, les femmes firent la grève du sexe pour que les hommes s'entendent. Même l'épouse du premier ministre y participa. Ce fut efficace. Comme au Soudan en 2002 ou dans la ville colombienne de Pereira en 2006.

Classées par genre, ces histoires (il y en a des dizaines d'autres) racontent aussi la résistance pendant la guerre, des procès qui firent date, l'origine irlandaise du boycott, des émissions de télé incensurables, des groupes de rock rebelles, des chants révolutionnaires, qui ont déstabilisé le pouvoir. Toutes ces histoires du temps présent sont plus incroyables et courageuses les unes que les autres. Merci à Steve Crawshawet John Jackson qui ont fait une utile recension. Ça va mieux en le disant, non?

"Petits actes de rébellion, ces instants de bravoure qui ont changé le monde" par  Steve Crawshaw et John Jackson, Editions Balland Amnesty international, 316 pages, 2011.