27/05/2011

Quand Kadhafi écrivait une nouvelle sur un dictateur

1362969_8048053.jpgNe le cherchez pas en librairie, le livre est épuisé. Au catalogue de l’éditeur romand Favre, on trouve une curiosité littéraire signée Muammar Kadhafi. Le guide libyen se pique en effet d’écriture. Et a livré un recueil de nouvelles publié en Suisse en 1996. Dans "Escapade en enfer", Kadhafi parle d’un dictateur qui lui ressemble. Comme lui, c’est un «pauvre bédouin illettré», qui ne sait «ce que peuvent être les égouts». «Perdu dans une ville moderne», il est sollicité par des habitants qui, chaque fois qu’ils le trouvent, le «déchirent à belles dents: construis-nous une autre maison… élève-nous une route dans la mer…» etc. «Ces foules inclémentes, même envers leurs sauveurs, je sens qu’elles me poursuivent… Elles me brûlent, et même lorsqu’elles applaudissent, je sens qu’elles frappent. » Et le dictateur d’enconclure que «l’oppression exercée par un individu est la forme la plus bénigne de l’oppression puisque, après tout, il ne s’agit que d’un individu que le groupe peut éliminer… Mais l’oppressionexercée par les multitudes est la plus violente, car personne ne peut résister à la force aveugle du torrent qui emporte tout. » Muammar évoque alors «ces foules qui ont comploté contre Hannibal et lui ont fait boire le poison, ont brûlé Savonarole sur le bûcher… envoyé Danton sur l’échafaud… fracturé les mâchoires de Robespierre, son bien-aimé orateur, traîné le corps de Mussolini dans les rues…» On l’imagine aujourd’hui, alors que son peuple s’est révolté, ruminant ces lignes.

Le lecteur de Marx, Proudhonet autres théoriciens de la révolution ajoute: «Que j’aime la liberté des foules, leur élan enthousiaste après la rupture des chaînes, lorsqu’elles lancent des cris de joie et chantent après les plaintes de la peine. Mais comme je les crains et les redoute! J’aime les multitudes comme j’aime mon père, et les crains comme je le crains. Qui serait capable, dans une société bédouine sans gouvernement, d’empêcher la vengeance d’un père contre l’un de ses fils…»

L’écrivain dictateur fait alors une étrange confession, qui résonne aujourd’hui alors que la répression s’abat sur son peuple: il s’est enfui par deux fois en enfer «pour vous fuir et me sauver seul. Vos souffles me gênent… Ils forcent ma solitude… Ils violent ma personnalité… Ils désirent de façon gloutonne et violemment vorace me presser et boire mon jus, lécher ma sueur et aspirer mon souffle…»

La fin est terrifiante: «Moi et mon âme sommes comme deux criminels dangereux dans votre ville. » Parle-t-il de Benghazi? Le chef libyen raconte qu’il a arraché le casque spectral à son dépositaire et la bague qui réalise tous les souhaits. «Si tu demandes des armes, tu obtiens tout… Même le Mirage devient àta merci, sans parler du Mig et du Sukhoi. Tu peux emprisonner ou libérer tous les Anglais que tu veux, malgré Thatcher. En même temps, si tu mets ce casque magique, tu peux dormir en toute paresse, même si tu vois le loup dévorer tes brebis devant tes yeux grands ouverts. » Un frisson parcourt alors le dos du lecteur.

Vous pouvez consultez ce livre dans le fonds arabe de la bibliothèque universitaire de Genève aux Bastions. Ca va mieux en le disant, non?

09:31 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kadhafi, libye, dictateur, livre, nouvelles | |  Facebook