13/11/2015

Le discours viral de l'extrême droite

Dans le cadre de sa campagne des régionales en région Nord-Pas de Calais-Picardie, la cheffe du Front national, candidate dans cette région, a parlé d' "éradiquer la migration microbienne". Sur la fréquence nordique de Radio France, Marine Le Pen a fait semblant de se justifier sur le fond en évoquant une étude épidémiologique de l'Institut national de veille sanitaire.

 

L'auteur de l'étude en question a réfuté par la suite l'interprétation "sortie de son contexte" et l'utilisation idéologique (qu'elle ne partage pas) de son étude. Mais peu importe pour la leader du FN, car cette justification a posteriori n'est pas si importante que cela. L'important pour elle, c'est le vocabulaire, les mots choisis. Or, un des invariants de l'extrême droite est l'utilisation du vocabulaire médical et de références à des maladies du corps social.

 

Louis-Ferdinand Céline parlait des juifs comme des "microbes sociaux" dans ses pamphlets antisémites. L'extrême droite a toujours utilisé la peur de la maladie apportée par l'Autre et l'image idéalisée du corps sain (de l'Aryen, du blanc, du fasciste etc) dans ses discours. Dans les années Sida, les métaphores n'ont pas manqué à l'extrême droite de l'échiquier politique.

 

Lors de cette crise migratoire, qui n'est pas lieu de nier ici, les sites d'extrême droite s'excitent sur la drépanocytose, qui assimile une maladie aux migrants. Les décodeurs du Monde lui consacraient d'ailleurs une chronique. La contagion des immigrés, brandie par l’extrême droite dans un nombre croissant de discours vient aussi nourrir leur théorie du remplacement des populations "autochtones" par des "étrangers". On retrouve la mention de cette maladie sur de nombreux sites et commentaires ou messages sur les réseaux sociaux. 

 

La vision biologique de la société est partagée par l'extrême droite au travers de différentes périodes de l'histoire contemporaine. Le fantasme du corps sain et de la maladie invasive n'est pas prêt de disparaître du discours de l'ultradroite. C'est dans ses gênes. 

18:13 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : le pen, migration, microbienne, france, politique, extreme droite | |  Facebook

11/06/2011

Fille à papa

images.jpgIl y a Le Pen. Et il y a Marine. Les sondages lui promettent une bonne place à la présidentielle de 2012. Au pire, la troisième. Elle incarnerait aujourd'hui un Front national "dédiabolisé", débarrassé de ses nostalgies antifrançaises ou coloniales: Pétain, la collaboration, l'OAS. Ou même des skinheads. La dame a un certain talent, comme son père. Pour Caroline Fourest et Flammetta Venner, le visage avenant de la fille du vieux chef n'est qu'un masque. Mais le masque de quoi? C'est peut-être sur ce chapitre que cette biographie trouve sa limite. A force de détailler la personnalité d'une Marine qui a fait d'un nom difficile à porter dans l'enfance et l'adolescence, son étendard, les deux journalistes négligent un peu le contexte. Celui d'une mutation partisane qui a fait évoluer ou naître dans toute l'Europe des formations populistes, défendant désormais une identité étriquée contre un pseudo complot favorisant l'islamisation du Vieux-Continent. Les deux auteures évoquent d'ailleurs à deux reprises l'UDC suisse dont Marine Le Pen fait volontiers un modèle pour le FN. Autant dire que ce "nouveau FN" doit moins à cette Marine qu'à la crise et à l'air du temps européen.

La nouvelle jeune d'Arc française veut donc bouter hors de France les envahisseurs. En réalité, elle a surtout fait partir des militants frontistes qui ne se reconnaissent plus dans un parti qu'ils nomment  d'ailleurs le Front famillial. Les militants du FN qui étaient 45 000 en 1998, ne seraient plus qu'une dizaine de milliers, dix ans après. Ce qui n'empèchera sans doute pas Marine Le Pen de faire un score à deux chiffres à la présidentielle de 2012. Il vaudrait mieux pour elle, d'ailleurs, car le parti en quasi faillite aura bien besoin de l'argent public généreusement distribué par la République aux participants des joutes démocratique pour continuer à nourrir la famille. Si on ajoute à cette hémorragie des cadres, un programme construit sur du sable, comme le montrent les deux auteures, le Front national est mal parti. Même si Marine le veut plus séduisant.

 Marine, comme son père et d'autres proches vit du Front national. Avocate, elle fut grassement rémunérée par le parti et attend l'héritage. Son entourage formé par la famille, d'anciens du GUD (le groupuscule d'étudiants d'extrême droite créé pour faire le coup de poing avec les soixanthuitards à Paris), d'anciens mégretistes rentrés aux bercailles et de jeunes bourgeois fêtards prêts à s'encanailler en politique, n'est pas aussi folklorique que celui son père. Le menhir était en effet entouré d'une faune mêlant d'anciens Waffen SS, des curés intégristes, des soldats perdus de l'Algérie française, ou des camelots du roi.  Les plus cultivés d'entre eux appellent Marine, la nightcleubeuse. Pas gentil. Cette famille de la droite radicale, toujours prête à se déchirer, ne rate pas la nouvelle venue: "Marine Le Pen représente par excellence l'ère du vide. Les médias se l'arrachent parce qu'elle est deux fois divorcée, pour l'avortement et le Pacs, ce qui pour eux est un gage de modernité".

 Marine, ce sont les hommes du FN qui en parlent le mieux. Ca va mieux en le disant, non?

"Marine Le Pen" par Caroline Fourest et Fiammetta Venner, Biographie, Grasset, 428 pages, 2011