11/09/2012

Les feux de l'amour à l'Elysée

imagesCAMS8XLD.jpgLa rivalité entre Valérie Trierweiller et Ségolène Royal valait-elle un livre? Est-on dans les pages d'un magazine people sans grand intérêt ou dans une tragédie racinienne avec Hollande en Titus et Valérie en Bérénice. Avant d'ouvrir le court récit d'Anna Cabana et Anne Rosencher intitulé "Entre deux feux", j'aurai penché pour une lecture inutile. Pourtant, ce que ces deux journalistes montrent assez bien, c'est que le fameux tweet de la compagne du Président, prenant partie pour Olivier Falorni, l'adversaire de Ségolène Royal dans le duel législatif de La Rochelle et défiant l'autorité de son compagnon devenu chef de l'Etat, représente beaucoup plus que ses 140 signes. On est abasourdi de constater à quel point cette rivalité amoureuse a pesé dans la politique française, ces dernières années. A en croire les auteurs, Ségolène Royal ne se serait pas jetée dans la bagarre présidentielle en 2007, sans cette relation de François avec Valérie qui aurait commencé en 2005. Celle qui avait jusqu'ici servi les intérêts de François pouvait donc rompre les amarres. On apprend au passage que c'est elle qui a quitté le domicile conjugal alors qu'il s'écrivait jusqu'ici que c'était lui. Mais peu importe, ce qui compte dans cette affaire, c'est de voir comment une histoire privée a pesé et pèse encore sur l'entourage du président et sur le président lui-même. Chacun à la cour fait attention de ne pas froisser la susceptibilité - grande, apparemment - de Valérie. Hollande lui-même, en amoureux transi, s'interdit quelques gestes qui lui vaudraient les foudres de sa belle. Elle est animée par ce "monstre aux yeux verts", la jalousie sous la plume de Shakespeare. Pourquoi? Parce que la journaliste de Paris Match a d'abord mal vécu d'être la femme de l'ombre avant qu'une photo dans Closer n'officialise sa relation. D'autant que cette période correspond à l'ascension politique de Ségolène Royal vers la candidature du PS de 2007 et qu'elle craint que l'élection de sa rivale n'ait des conséquences directes pour elle. Car Ségolène fait pression pour que Valérie ne suive plus le PS pour Match. Les auteurs ont aussi la cruauté de publier les articles élogieux de la journaliste sur François Hollande, promis à un si bel avenir, alors que leur relation est déjà installée. Joli mélange des genres. Quand on sait que la dame, très fière d'exercer son métier dit-on, veut encore l'exercer aujourd'hui, on peut s'interroger en effet sur sa conception du journalisme. "Bérénice me plut. Que ne fait point un coeur pour plaire à ce qu'il aime et gagner son vainqueur?". Ces vers de Racine ont le mérite de donner un peu d'éclat à l'histoire. Pour les mesquineries, fautes de jalousie, et pour décrire l'ambiance qui règne autour de Titus quand il s'agit de Ségolène et de Bérénice, il y en a plein les pages de ce court ouvrage sur les coeurs noirs aux yeux verts. Ca va mieux en le disant, non?

"Entre deux feux" par Anna Cabana et Anne Rosencher, Grasset, 200 pages.