11/06/2011

Fille à papa

images.jpgIl y a Le Pen. Et il y a Marine. Les sondages lui promettent une bonne place à la présidentielle de 2012. Au pire, la troisième. Elle incarnerait aujourd'hui un Front national "dédiabolisé", débarrassé de ses nostalgies antifrançaises ou coloniales: Pétain, la collaboration, l'OAS. Ou même des skinheads. La dame a un certain talent, comme son père. Pour Caroline Fourest et Flammetta Venner, le visage avenant de la fille du vieux chef n'est qu'un masque. Mais le masque de quoi? C'est peut-être sur ce chapitre que cette biographie trouve sa limite. A force de détailler la personnalité d'une Marine qui a fait d'un nom difficile à porter dans l'enfance et l'adolescence, son étendard, les deux journalistes négligent un peu le contexte. Celui d'une mutation partisane qui a fait évoluer ou naître dans toute l'Europe des formations populistes, défendant désormais une identité étriquée contre un pseudo complot favorisant l'islamisation du Vieux-Continent. Les deux auteures évoquent d'ailleurs à deux reprises l'UDC suisse dont Marine Le Pen fait volontiers un modèle pour le FN. Autant dire que ce "nouveau FN" doit moins à cette Marine qu'à la crise et à l'air du temps européen.

La nouvelle jeune d'Arc française veut donc bouter hors de France les envahisseurs. En réalité, elle a surtout fait partir des militants frontistes qui ne se reconnaissent plus dans un parti qu'ils nomment  d'ailleurs le Front famillial. Les militants du FN qui étaient 45 000 en 1998, ne seraient plus qu'une dizaine de milliers, dix ans après. Ce qui n'empèchera sans doute pas Marine Le Pen de faire un score à deux chiffres à la présidentielle de 2012. Il vaudrait mieux pour elle, d'ailleurs, car le parti en quasi faillite aura bien besoin de l'argent public généreusement distribué par la République aux participants des joutes démocratique pour continuer à nourrir la famille. Si on ajoute à cette hémorragie des cadres, un programme construit sur du sable, comme le montrent les deux auteures, le Front national est mal parti. Même si Marine le veut plus séduisant.

 Marine, comme son père et d'autres proches vit du Front national. Avocate, elle fut grassement rémunérée par le parti et attend l'héritage. Son entourage formé par la famille, d'anciens du GUD (le groupuscule d'étudiants d'extrême droite créé pour faire le coup de poing avec les soixanthuitards à Paris), d'anciens mégretistes rentrés aux bercailles et de jeunes bourgeois fêtards prêts à s'encanailler en politique, n'est pas aussi folklorique que celui son père. Le menhir était en effet entouré d'une faune mêlant d'anciens Waffen SS, des curés intégristes, des soldats perdus de l'Algérie française, ou des camelots du roi.  Les plus cultivés d'entre eux appellent Marine, la nightcleubeuse. Pas gentil. Cette famille de la droite radicale, toujours prête à se déchirer, ne rate pas la nouvelle venue: "Marine Le Pen représente par excellence l'ère du vide. Les médias se l'arrachent parce qu'elle est deux fois divorcée, pour l'avortement et le Pacs, ce qui pour eux est un gage de modernité".

 Marine, ce sont les hommes du FN qui en parlent le mieux. Ca va mieux en le disant, non?

"Marine Le Pen" par Caroline Fourest et Fiammetta Venner, Biographie, Grasset, 428 pages, 2011