14/06/2011

On ne dit pas la vérité sur le nucléaire



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Corinne Lepage (1) n'a pas tardé à tirer les conséquences de l'accident de Fukushima. Dans "La vérité sur le nucléaire", elle dit ses quatre vérités au puissant lobby qui a fait de la France le pays le plus nucléarisé au monde. D'abord, un accident comme Tchernobyl a fait plus de victimes qu'on ne le dit. Ensuite, le risque d'accident n'est pas  sérieusement pris en compte en France. Enfin, le nucléaire coûte extrêmement cher et certaines dépenses non intégrées dans le calcul du coût de cette énergie ne le rendent plus guère compétitif. Pour couronner le tout, elle descend en flammes le projet Iter dispendieux et d'ores et déjà plombé. Bref, le nucléaire français n'est ni sûr, ni économiquement intéressant, ni porteur d'avenir. Autant dire que la France a tout faux, alors que l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, ont décidé de sortir du nucléaire.

Résumons ses arguments.

- On ne dit pas la vérité sur les victimes du nucléaire. Tchernobyl? 4000 morts? Non, plutôt 900 000 et 7 millions de personnes touchées.

- On ne dit pas la vérité sur les accidents. A Fukushima, on a exclu certaines chaînes d'événements jugés impossibles, négligé des défaillances connues (comme celle de la cuve du réacteur numéro 4) et minoré les contrôles pour diminuer les coûts.

- On ne dit pas la vérité sur le coût d'un accident: entre 300 et 1000 milliards de dollars, selon les calculs pour Fukushima.

- On ne dit pas la vérité sur le coût de l'énergie nucléaire: 5000 à 8000 dollars par kilowatt installé.

- On ne dit pas la vérité sur les autorités du nucléaires: l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) sous-estime systématiquement les risques et les conséquences car elle est chargée de promouvoir cette énergie.

- On ne dit pas la vérité sur l'EPR: le coût de celui de Flamanville a été réévalué de 3 à 6 milliards ; des réserves sont émises sur sa sécurité et celles-ci pourraient ne pas être rectifiées par Areva en raison des surcoûts engendrés.

- On ne dit pas la vérité sur ITER: son coût est prohibitif (il est passé de 8 à 15 milliards) ; il serait inutilisable selon le prix Nobel Georges Charpak, pourtant pronucléaire ; il est dépassé car les Américains ont avancé plus vite sur la fusion par confinement inertiel ; le site choisi, celui de Cadarache est dans une zone sismique.

- On ne dit pas la vérité sur EDF et Areva: les deux fleurons étatiques français sont lourdement endettés.

- On ne dit pas la vérité sur le démantelement des centrales obsolètes: entre 100 et 200 milliards d'euros pour les 58 réacteurs français.

- On ne dit pas la vérité sur l'emploi: la création d'emplois du nucléaire est beaucoup plus modeste que celle des énergies renouvelables.

- On ne dit pas la vérité sur les déchets: il s'accumulent sans retraitement et leur enfouissement dans d'anciennes mines n'est pas une solution comme l'a démontré l'exemple allemand.

Ça va mieux en le disant, non?

"La vérité sur le nucléaire" Corinne Lepage, Albin Michel, 229 pages. 

(1) Ancienne ministre de l'environnement du gouvernement Juppé, avocate des victimes des marées noires bretonnes, Corinne Lepage est une écologiste de centre-droit qui siège au parlement européen.