03/12/2012

Blonde ou brune, la droite?

droite brune.jpgEntre la droite décomplexée et un Front national dédiabolisé, il n'y a désormais rien qui empêche l'union. Telle est la thèse du livre de Renaud Dély, ci-devant patron de la rédaction du Nouvel Obs. Cette convergence des thématiques, l'auteur nous la rappelle en quatre temps. Dans un premier quart du livre, le journaliste nous rappelle les tabous tombés durant le quinquennat de Sarkozy. Deuxième temps: portrait de Patrick Buisson, idéologue en chef de ce sarkozysme qui défigure la droite. Troisième temps: la fausse révolution du FN couleur marine. Quatrième temps: retour sur un flirt qui fut très chaud aux régionales de 1998 et sur la montée d'une droite populiste en Europe. Ecrit sans génie, ce livre de synthèse, sans surprise, ni scoop, bien qu'il soit publié dans la collection Enquête de Flammarion, n'amène pas grand chose de plus que la lecture de la presse tirant le bilan du Sarkozysme et du Marinisme lepénien lors de la présidentielle. Depuis la rédaction de l'ouvrage, il y a eu la crise à l'UMP qui court encore. Elle amène à la fois du grain à moudre à Dély mais elle fragilise aussi sa démonstration. Oui, la droite forte de Guillaume Pelletier, enfant de Buissson, passé du FN à de Villiers avant de rejoindre Sarkozy a fait un bon score chez les militants (28%) et arrive en tête. Cependant, on constate que la moitié du parti ne se reconnaît pas dans ce positionnement "décomplexé". Faut-il rappeler qu'en 1998, ce ne sont pas des élus RPR mais bien des UDF qui ont fait alliance ou accepté l'élection avec les suffrages frontistes (Jacques Blanc en Languedoc-Roussillon, en Bourgogne, Charles Millon en Rhône-Alpes, Charles Baur en Picardie). Tous ont été exclus. Tous les leaders de premier plan à l'UMP l'ont répété: ils ne feront pas alliance avec le FN qui a toujours fait de l'UMP son principal adversaire, conscient qu'ils labouraient les mêmes terres électorales. Renaud Dély pourrait le rappeler. Enfin, la guerre actuelle des chefs complique un peu plus la donne. Après moultes défaites électorales, la droite a perdu la boussole, certes. Une recomposition est en cours. Mais il n'est pas certain que le gros des troupes se retrouve dans un parti de droite brune. Bien malin qui peut dire ce dont elle accouchera. Pour dire la vérité et avec un peu d'humour, on peut même se demander si la droite française n'est pas de ces blondes qui inspirent tant d'histoires drôles. Plutôt que cette brune ténébreuse décrite par Dély. 

"La droite brune UMP-FN: les secrets d'une liaison fatale" chez Flammarion enquête, 269 pages, octobre 2012.

27/06/2012

FOG et les présidents. Sans langue de bois

9782081282568.gifS'il avait pu lire ces "Derniers carnets" de Franz-Olivier Giesbert, François Mitterand aurait reproché à FOG d'avoir encore commis une de ses "pochades politiques" au lieu de se consacrer à la littérature, la vraie. Ces carnets sont une pochade, en effet, qu'on lit vite et avec plaisir. Car FOG a atteint ce moment de la vie où le jeu du pouvoir n'a plus guère d'intérêt et où un individu libre n'a plus grand chose à perdre. Après les repas partagés avec les trois derniers présidents de la République, FOG a pris soin de noter ses conversations avec Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et François Mitterrand. Ce dernier, pétri de soucis métaphysiques, qui a appris "la vie" au journaliste dans les années 80 et "la mort" dans les années 90, lors de conversations à bâtons rompus, est le plus talentueux des trois. "On ne pourra pas dire que je n'ai pas été résistant... au cancer", lui lâche le vieil homme souffrant, brocardé pour son amitié avec Bousquet, un homme de Vichy. Sa méchanceté, Mitterrand la réserve aux siens. Et les quelques formules qui suivent font souvent mouche. Fabius? "J'ai beaucoup misé sur lui mais c'est une chiffe molle". Rocard? "Il ne décide rien, il négocie tout. Il a dépassé depuis longtemps son niveau de compétence qui est celui d'un secrétaire d'Etat aux PTT". Delors? "C'est un chrétien, un vrai. Il n'agit que par devoir. Ce serait un mauvais candidat et un mauvais président. Dieu merci, il le sait". DSK? "Un jouisseur sans destin". Martine Aubry? "Elle est trop méchante pour réussir. Un jour, elle se noiera dans son fiel". Kouchner? "Un GO égaré en politique. Vous verrez, il finira là où était sa vraie place: au Club Méditerranée". Mais la plus grande partie de ces carnets sont consacrés à Nicolas Sarkozy qui n'a eu de cesse de demander la tête de FOG à ses patrons. Les mots sont durs: "Sarkozy n'est fort qu'avec les faibles, les petits et les obligés". C'est FOG qui écrit.. "S'il sent qu'il peut y avoir du répondant, il biaise, il balise". Et le journaliste qui avoue qu'il a une partie de son cerveau qui pense à gauche et une autre à droite, passé sans encombre du Nouvel Obs au Figaro de raconter que le président "l'a insulté, menacé de lui casser la gueule et traité d'enculé au téléphone". Autant de décorations d'indépendance à l'égard du pouvoir pour le journaliste politique qui n'a jamais courru après les breloques de la républiques ou les titres. Sur l'homme qui courrait après ses jambes, ce Forrest Gump de la politique, FOG reconnaît qu'il a parfois été injuste, trouvant que son bilan au fond n'est pas si maigre. Il liste quatre réforme. Et voilà le mauvais coucheur qui reprend le dessus: après ça, j'ai beau chercher, je rame. Puis il laisse la parole à François Fillon. "Chirac, dit-il donnait l'impression d'être un type sympa, il vous prenait par le bras, il vous faisait des risettes, et puis il vous tuait par surprise, dans un coin, sous un porche. Sarkozy a l'air d'un type violent, il vous menace, il vous agonit d'injures, mais à la fin, il ne vous tue pas, il n'essaye même pas".

Dans le livre, FOG évoque aussi une amitié ancienne et sincère pour le socialiste Pierre Mauroy. Les autres? Il ne les ménage pas. Particulièrement Balladur qui a plombé les comptes de l'Etat. On voit aussi VGE qui sous-entend qu'il pourrait faire chanter FOG sur ses "écarts" de couple que le journaliste confesse aujourd'hui sans pudeur. Pas brillant. On retiendra aussi la confession de Chirac daté de 1996. "Pendant les 30 Glorieuses, on a payé la croissance avec de l'inflation et du déficit. C'était facile, on était les rois du monde, les pays pauvres payaient nos turpitudes à notre place. Sans oublier nos classes défavorisées qu'on roulait dans la farine: elles aussi réglaient l'addition puisqu'avec l'inflation, on carottait leurs salaires et elles économisaient toute leur vie pour rien". Après ce constat cynique, Chirac prévient: "Si on ne continue pas une politique de remise à niveau, on va dégringoler la pense du déclin". Et plein de forfanterie: "j'entends bien les cris d'orfraie de tous ces connards qui voudraient que rien ne bouge, ils peut-être majoritaires dans le pays, mains on ne doit pas se laisser intimider par eux, c'est une erreur que je ne commettrais pas". On connaît la suite.

Tous ceux qui aiment la politique débarrassée de sa langue de bois vont aimer ces derniers carnets de FOG. Si, si, il le jure, c'est sa dernière pochade. Après il retourne à la littérature, la vraie. Ca va mieux en le disant, non?

"Derniers carnets, scènes de la vie politique en 2012 et avant" de Franz-Olivier Giesbert, chez Flammarion, 213 pages.