Les deux clans, le livre qui montre que la gauche morale fait tout faux

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«Un livre capital: l'analyse politique la plus percutante pour comprendre ce qui se joue aujourd'hui nous vient d'un Anglais». Ce jugement du démographe et historien Emmanuel Todd sur un livre numéro 1 des ventes en Grande-Bretagne, ne peut de provoquer la lecture. Dans "Les deux clans", David Goodhart, ex-journaliste du Financial Times et fondateur du magazine remue-méninges britannique "Prospect", explique pourquoi on en est arrivé au Brexit en Grande-Bretagne, à l'élection de Trump aux États-Unis, aux démocraties illibérales de l'Est, voire aux régimes autoritaires turcs ou russes actuels. Pas mal pour un livre. Or la promesse est tenue. Elle l'est d'autant plus que l'auteur devrait provoquer la réflexion chez les gens de gauche. Car la gauche des valeurs, celle qui pousse toujours plus loin les droits des minorités, se coupe de plus en plus de l'électorat populaire qu'elle est censée servir. David Goodhart explique pourquoi et comment. Sa démonstration est implacable, intelligente, dérangeante.

 

 

 

Il nous parle d'une fracture entre le monde des Partout et celui des Quelque-part, deux clans, qui se comprennent de moins en moins, exposant la société entière «aux risques de chocs et rejets brutaux». Les Partout sont éduqués, urbains, mobiles, aisés, libéraux socialement voire permissifs à tous crins et s'affichent progressistes. Chez eux, une minorité de 5%, la plus extrême, est constituée des "Villageois planétaires". Les Quelque part sont attachés à un lieu, aux valeurs traditionnelles, ont des revenus modestes, sont plus conservateurs et se sentent peu respectés socialement. Ils sont plus nombreux que les Partout mais moins écoutés politiquement. Parmi eux, une minorité est réellement intolérante, voire raciste, ce sont ceux que l'auteur appelle des "autoritaristes endurcis".

Faute d'être écoutés par les décideurs politiques, pronostique-t-il, de plus en plus de "Quelque part" risquent de se radicaliser et de faire grossir cette minorité. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui le populisme. Il l'explique notamment par l'effet retard de la crise de 2008, une désillusion à propos de l'ordre social et économique - ce qui inclut les inégalités, la chute du niveau de vie après la crise, la raréfaction des bons emplois pour ceux qui n'ont pas fait d'études - sont de bons agents de la recrudescence populiste. Celui décomplexé qui est apparu jaillit de la confluence de deux tendances: une politique des partis installés plus étriquée, dominée par l'entre-soi et des technologies qui ont fait tomber les obstacles à l'expression politique directe. Comme l'exprime Michael Lind, cite-t-il: «Si la Nation des Initiés est une nation de technocrates, celle des Exclus est une nation de trolls.»

«Je suis stupéfait du manque de lucidité des Partout, incapables de voir que leurs opinions sont étrangères à celles des Quelque-Part», écrit l'auteur. Un mauvais point pour ceux qui se disent de gauche et en faveur de la justice sociale. Car, constate David Goodhart, sur une question comme l'immigration, centrale dans les motifs du Brexit par exemple, la gauche abandonne ses instincts sociaux et protectionniste pour devenir libertaire. «L'universalisme de la gauche en faveur de l'égalité raciale rencontre l'individualisme de la droite libérale qui prétend que la société n'existe pas». Or, les sociétés ethniquement hétérogènes montrent moins de soutien à la redistribution des richesses (comme aux États-Unis) car le sentiment de compréhension mutuelle, de faire société commune se dilue d'autant plus que les communautés étrangères sont loin culturellement de celle qu'elles intègrent.

Piquant, il ajoute qu'au fond, les valeurs des Partout (ouverture, méritocratie, autonomie, confiance au changement) tend à ne profiter qu'aux individus riches, qualifiés, réactifs, c'est-à-dire les Partout. Pour compenser, les voilà, eux qui aiment par dessus tout à défendre une cause, réduits à défendre les revendications identitaires - genre, race ou sexualité. Une analyse qui explique notamment l'évolution du parti socialiste ou des Verts. EÉtant donné qu'à gauche, le socioculturel supplante de plus en plus le socioéconomique, le discours politique de cette gauche ne parle plus aux Quelque part. Et de conclure: le populisme est de fait le nouveau socialisme...

Placer la liberté au dessus de la sécurité, la diversité au dessus de la cohésion, l'autonomie au dessus de l'autorité, la créativité au dessus de la discipline, telles sont les opinions typiques des Partout, reprend David Goodhart, reprenant la thèse de Jonathan Haidt. Dans son livre "La dynamique autoritaire", Karen Stenner écrit: «Tous les indicateurs montrent que l'exposition à la différence, les discours sur la différence et le fait d'applaudir la différence sont les meilleurs moyens d'exaspérer ceux qui sont intolérants. Paradoxalement, le meilleur moyen de juguler l'intolérance envers la différence est d'exhiber nos ressemblance et de les applaudir». Autrement dit, la gauche qui fait du multiculturalisme, une valeur, fait tout faux.

Par ailleurs, note l'auteur, parler de racisme pour définir toutes les opinions qui vont de l'esprit de clocher à la haine de l'autre, du sentiment commun d'être plus à l'aise parmi ceux qui nous ressemblent jusqu'à l'épuration ethnique", fait perdre de la force au mot et à ce qui le combat. De même, «le racisme ne doit pas être le point d'arrêt pour comprendre la montée de l'extrême droite, mais le point de départ de l'enquête.»

Très riche, ce livre est aussi une analyse fine de l'état social du Royaume-Uni et un radiographie de l'opinion qui a voté le Brexit. Mais comme vous l'aurez compris au travers de cette chronique, son constat vaut pour bien des sociétés qui ont connu des poussées populistes.

"Les deux clans, la nouvelle fracture mondiale" de David Goodhart, éditions Les Arènes, novembre 201, 395 pages.

Lien permanent 8 commentaires

Commentaires

  • Jeeeezeeees... Votre Goodhart a en quelque sorte réinventé l'eau chaude. Il me semble que ce que vous décrivez là, c'est précisément ce qu'on lit sur les blogs de ceux qui ne sont pas "diversitaires" depuis au moins une bonne dizaine d'années...
    Mais peut-être est-ce dit avec plus de précision et de clarté. "L'Empire du politiquement correct" de Mathieu Bock-Côté est assez bien écrit aussi...Par exemple :
    "La parole publique semble comprimée, étouffée, formatée. La pensée correcte étend son empire et ce sont les conditions mêmes de la liberté d’expression qui se transforment, au moment où cette dernière est redéfinie pour justifier l’institutionnalisation d’un procès permanent contre la culture majoritaire. Les sensibles et les offusqués réinventent à leur manière le blasphème en mettant de l’avant (Ndr : ici on dit « en avant »…) le droit de ne pas être offensé, et plus largement, le droit fondamental de voir l’ordre social les reconnaître tels qu’ils se voient eux-mêmes. Les minorités autoproclamées, engendrées sur le mode de l’identité victimaire par le régime diversitaire (Ndr : opposé à identitaire), réclament un droit de veto sur la manière de les représenter publiquement. C’est ainsi que les groupes identitaires issus de la décomposition du corps politique seront chacun tentés de rendre scandaleux les propos tenus sur la société ou à leur sujet qui entre en contradiction avec leur sensibilité ou leur philosophie. Ces groupes, écrit Patrick Moreau, « privatisent en quelque sorte la censure à leur profit."

  • C'est amusant de lire cela de votre part, mais si vous ouvrez enfin les yeux, mieux vaut tard que jamais.

    Soyez très prudent Monsieur Bot, vous allez vous faire traiter de "sale facho". Dans le meilleur des cas, on dira de vous que vous avez "dérapé" en tenant des propos si "nauséabonds, sulfureux et controversés" .... pour employer le vocabulaire novlangue habituel servant à stigmatiser ceux qui ne pensent pas "comme il faut". Souvenez-vous de ce qui est arrivé à Fernand Melgar quand il a osé se plaindre des dealers de rues à Lausanne!

    Vous devriez surtout en parler de toute urgence à tous vos collègues de la Tdg, du Matin, du Temps, de 24h etc. et bien entendu de la RTS qui sont tellement endoctrinés qu'ils présentent tout personne qui ose ne pas penser selon la doxa comme un membre de ce qu'ils appellent la fachosphère.

    Continuez sur cette voie et vous aurez de plus en plus de lecteurs, car le peuple en a marre du "politiquement correct" à outrance qu'il doit subir 24h sur 24.

  • Approche très intelligente de la part d'un défenseur de l'élite économique actuelle.

    Montrer que le multiculturalisme a eu pour conséquence une désintégration de la "fibre sociale nationale", accompagné d'une volonté moins forte de solidarité des citoyens en raison du manque d'homogénéité résultat de ce brassage.

    Ce que cet auteur "cache habillement" avec ce discours, c'est la façon dont les élites économiques ont réussi à démolir l'état social en le privant de ressources par des politiques néolibérales successives et grâce à une évasion fiscale toujours plus organisée par la finance internationale.

    Il faut ne faut donc pas se tromper de cible (comme le font justement bien des amateurs de Trump et du Brexit) en s'attaquant aux migrants. C'est bien une certaine aristocratie de la finance qui est à la racine des inégalités croissantes dans les pays occidentaux.

  • A signaler aussi le dernier livre de Caroline Fourest. Il semblerait qu'on a touché le fond et que maintenant, on peut enfin remonter...

  • En effet Géo, il est question ici de réexpliquer le darwinisme social et la sélection naturelle par des métaphores ethnologiques et dans une sensibilité postmoderne.

  • Il était grand temps, en effet, qu'on découvre enfin l'eau chaude et surtout, qu'on en explique le fonctionnement aux partis de gauche. Le Brexit n'aurait jamais eu lieu si on avait bien voulu permettre aux Britanniques de gérer leurs frontières (ah! mais non! c'est nauséabond de faire ça !)(+ recours abusif à un langage pavlovien avec des termes et des modules de phrases prédécoupés, style "le retour aux années -30") . Les partis d'extrême-droite continueront de progresser tant qu'on essaiera de nous faire avaler la libération de la femme grâce au niqab et à la burqa. Les gens sont peut-être cons, mais pas à ce point là....

    Que la gauche et les "humanistes" auto-proclamés défendent bec et ongles une religion qui relègue la femme au rang de bien meuble appartenant à son mari est une aberration. Réveillons-les, bon sang !!!

  • "Il faut ne faut donc pas se tromper de cible (comme le font justement bien des amateurs de Trump et du Brexit) en s'attaquant aux migrants. C'est bien une certaine aristocratie de la finance qui est à la racine des inégalités croissantes dans les pays occidentaux."
    Vous n'avez pas compris que ce sont les élites dirigeantes qui font venir les migrants pour continuer à payer des salaires de misère et donc à faire croître les inégalités. Et ce qui est aussi à l'origine de la croissance des inégalités, c'est la fin de l'URSS.

  • "Il faut ne faut donc pas se tromper de cible (comme le font justement bien des amateurs de Trump et du Brexit) en s'attaquant aux migrants. C'est bien une certaine aristocratie de la finance qui est à la racine des inégalités croissantes dans les pays occidentaux."

    Ce qui dit Daniel est tout à fait correct, à savoir:

    "Vous n'avez pas compris que ce sont les élites dirigeantes qui font venir les migrants pour continuer à payer des salaires de misère et donc à faire croître les inégalités. Et ce qui est aussi à l'origine de la croissance des inégalités, c'est la fin de l'URSS."

    En effet les mondialistes milliardaires (comme George Soros) font venir des migrants:

    -pour avoir une main d'oeuvre corvéable à merci qu'ils peuvent payer avec un salaire de misère en mettant au chômage les gens de l'endroit.

    -mais aussi pour être sûrs que le nombre de consommateurs augmente de manière à ce que leurs entreprises fassent le plus de profit possible: plus on est de monde, plus on consomme! La majorité des migrants étant dépendants d'aides et d'allocations de toutes sortes, c'est donc le peuple qui subit ce fardeau supplémentaire en payant plus d'impôts. Les mondialistes eux s'en moquent pas mal.

    -les mêmes qui font venir les migrants sont aussi ceux qui délocalisent toujours plus pour le profit. Si on n'a pas assez de masques et de médicaments ces temps en Europe c'est justement parce que nos usines ont été fermées et que la production a été délocalisée en Chine!

    Le plus triste dans tout ça c'est que la gauche donneuse de leçons ne voit même pas qu'elle fait le jeu du grand capital en défendant l'immigration de masse! Bref ce sont les idiots utiles du mondialisme qui asservit les peuples.

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